Belgique

Abus

28-01-2012

Si l’on pouvait vérifier quel mot durant l’année 2011 a été rencontré le plus souvent dans des déclarations publiques, alors le mot « abus » a certainement une bonne chance. En effet, il existe de nombreuses formes d’abus et le terme lui-même est souvent utilisé de manière abusive. Concentrons ici notre attention critique sur un certain nombre de ces formes.

Abus sexuel de mineurs

Tout d’abord, nous allons bien sûr parler de celui qui est sans doute le plus odieux : l’abus sexuel des mineurs. C’est un crime qui avilit profondément la victime autant qu’il stigmatise irrévocablement l’agresseur. Cela se produit à travers des relations d’autorité dans des milieux très divers. Les plus flagrants sont les abus qui se déroulent dans un contexte ecclésiastique, étant donné qu’ils sont en contradiction directe avec la morale chrétienne. On pourrait cependant contester sérieusement le fait que l’attention à ce grave problème, par les politiciens et les médias, aient porté presque exclusivement sur les faits survenus dans les organismes de l’Église. Presqu’aucun effort n’est fait pour au moins sauver l’apparence d’une position neutre. L’Église a été et est visée jusqu’à l’absurde, ce qui a abouti à certains événements grotesques, telles que l’effraction du tombeau du cardinal Mercier dans la cathédrale de Malines, à la recherche de “documents secrets”. Le juge d’instruction concerné sembla presque tenir la vedette dans une suite au film « The Da Vinci Code ».

Notre élite politique vit sa chance d’améliorer sa lamentable image au détriment d’une Église qui s’est retrouvée sur la défensive par suite d’erreurs graves de gestion. Une commission parlementaire spéciale fut mise en place “sur le traitement des abus sexuels et des actes de pédophilie au sein d’une relation d’autorité, en particulier au sein de l’Église”. Ce dernier ajout parle de lui-même et en dit long sur le degré de neutralité et d’objectivité de la dite commission d’enquête, sachant que la plupart des cas connus d’abus ne se passent pas au sein de l’Église, mais dans la société en général et dans le milieu familial en particulier. Les commis du Parlement allèrent immédiatement un pas plus loin en proposant l’abréviation « Commission Église », ce qui ne fut pas adopté. C’est pourtant ce sigle qui affiche bien la vraie nature de cette « enquête ». Dans la presse fut presque unanimement utilisé le terme « Commission parlementaire sur les abus sexuels dans l’Église ». Peu de gens de la presse se posèrent la question évidente de savoir pourquoi les abus dans les familles, les clubs de jeunes et les clubs sportifs, les institutions non-religieuses de l’éducation et du social, le monde médical, … ont été à peine mentionnés. Quel était le but principal de cette action politique ? Était-ce vraiment le souci du bien-être des victimes d’abus ? Il semble plutôt que la véritable motivation en ait été l’agacement des cercles anticléricaux par rapport au statut de l’Église dans notre société. Avant que les premières décisions de la commission soient présentées, le verdict tout prêt était déjà communiqué et propagé via les médias. L’Église avait perdu toute autorité morale, ainsi fut-il dit, évidemment aussi par la bouche revêtue d’autorité de l’inévitable professeur émérite Etienne Vermeersch, élevé au-dessus de tout soupçon de partialité.

Une Église se maintient ou disparaît évidemment avec l’autorité morale qui lui est reconnue. Les réactions à des articles de journaux indiquent que l’autorité de notre Église a atteint pour beaucoup un point le plus bas. En accuser de manière unilatérale les politiciens et la presse ne serait pas juste. L’Église doit en effet se frapper la poitrine pour son action laxiste contre les prêtres pédophiles et pour le secret excessif associé. Mais cela n’empêche pas que l’on puisse parler d’un « abus de l’abus », dans le sens que beaucoup de gens ont fait tout pour salir l’image de toute l’Église, sur base de crimes d’un faible pourcentage de son clergé (1). Même au sein de l’Église elle-même fut abusé du dossier des abus pour « mettre en question l’institution de l’Église ». Surtout le célibat obligatoire devait payer les pots cassés. Il fut sans plus établi un lien direct entre cette obligation du clergé et les abus révélés, en ignorant que la plupart des abus dans notre société sont commis par des personnes mariées, même par des ex-prêtres mariés (comme le montre le rapport du comité Adriaenssens). Par ailleurs, une telle affirmation est un affront à toutes les personnes célibataires. Que d’autre part, en ce qui concerne les abus dans l’Église, une corrélation forte exprimée en pourcentage peut être établie entre l’homosexualité et la violation de l’intégrité des mineurs, c’est une conclusion que les prétendus démolisseurs des structures ecclésiastiques ignorent de façon conséquente. Cela est en effet dur à avaler pour les progressistes, et en plus il n’est pas politiquement correct de venir avec de telles conclusions « discriminatoires ».

Nous sommes confrontés à un phénomène complexe de méfaits qui empoisonne toute notre société. La mission de l’Église est de réagir vigoureusement contre cela. Alors que cela fut fait ouvertement dans les siècles précédents, ce fut fait en secret depuis l’élection de Jean XXIII. Par ailleurs, il ne fut pas tenu compte de l’évolution des relations entre l’Église et l’État, et les infractions sexuelles dans l’Église furent gérées en dehors de la Justice séculière. Deux erreurs capitales donc, datant de la période du Second Concile du Vatican. Selon l’historien hollandais de l’Église Peter Nissen (2) l’appel pour la libération sexuelle qui, à partir de ces années résonna toujours plus fort dans tous les secteurs de la société et donc aussi dans l’Église, n’aurait rien à voir avec le pic de scandales pédophiles dans l’Église qui ont été récemment mis en lumière et qui se situent principalement dans la seconde moitié du XXe siècle. Il nie aussi cette situation, mais sans justifier ceci avec des chiffres concrets. Il est très douteux qu’il existe des chiffres utilisables sur des faits qui se seraient passés il y a à peu près un siècle. Même pour le passé récent, on travaille avec des estimations du nombre réel de cas d’abus. P. Nissen affirme en tout cas que l’augmentation des cas de maltraitance des enfants dans les institutions religieuses serait due principalement à la hausse du nombre de pensionnats, au remplacement des sacristains par des enfants de chœur, et à la croissance des activités d’Église pour les jeunes, ce qui signifie que plus d’enfants se trouvèrent dans une situation qui facilita les abus (3).

Tout cela remonte déjà au dix-neuvième siècle. Il donne une explication spéculative qui peut inclure certains éléments de vérité, mais qui sont principalement destinés à démontrer que les « conservateurs » ont tort quand ils affirment que la révolution sexuelle fut la principale cause de la cascade de scandales qui nous a inondés. Pour renforcer son argument, il accourt avec des documents qui prouvent que les abus sexuels existaient déjà auparavant dans l’Église, Comme si quelqu’un avait dit le contraire. Quant au glissement spectaculaire des abus hétérosexuels vers les homosexuels, il doit bien en convenir, mais on ne trouve pas d’explication satisfaisante de cela dans son discours. Il parle de la ” sexualité désordonnée des prêtres et des religieux », comme si à ce sujet une étude universellement approuvée avait été faite par des sexologues.

Peter Nissen fonde son argumentation sur l’idée que « l’occasion fait le larron ». Pour la plupart de ces dictons tirés de la « sagesse populaire », il est clair que dans la pratique ils ne sont pas très exacts. Il y a beaucoup plus d’occasions que de voleurs et c’est généralement le contraire qui est la règle, à savoir : « le larron crée l’occasion, la cherche ou en profite ». Si on regarde les choses de façon réaliste et non pas selon une perspective progressiste biaisée, nous voyons plusieurs facteurs qui peuvent avoir eu une influence sur les nombres d’abus à partir du milieu du siècle dernier. Tout d’abord, il y avait la permissivité croissante déjà mentionnée, même vis-à-vis des formes d’expérience sexuelle qui étaient auparavant taboues. Dans le domaine de la pédophilie ce fut tout simplement remarquable. Etienne Vermeersch, la figure de proue revêtue d’autorité de la philosophie athéiste flamande, plaida ouvertement à cette époque pour l’impunité criminelle de certaines formes de pédophilie ; il y eut plusieurs associations de pédophiles constituées ; même la revue paroissiale « Kerk en Leven » fit un plaidoyer pour la compréhension des pédophiles et de leurs sentiments. Le renversement s’est produit au moment du procès Dutroux. Deuxièmement, régnait encore à cette époque la « culture du silence » concernant les cas de relations sexuelles avec des enfants, tant de la part des parents concernés que des victimes. Il régnait d’ailleurs dans les familles (souvent nombreuses à l’époque) en général un silence pudique sur la sexualité et certainement sur les actes pédophiles commis par un clerc. Troisièmement, dans les premières décennies après la Seconde Guerre mondiale, on trouvait dans les milieux catholiques encore beaucoup de jeunes conduits à la prêtrise par de gentilles pressions psychologiques, sans que l’on ne se souciât vraiment de savoir s’ils pouvaient supporter l’obligation du célibat.

Dans ce contexte social, une carrière cléricale était une option très attrayante pour les personnes ayant des tendances homosexuelles ou éphébophiles. Ceux qui ont suivi cette impulsion sont arrivés presque automatiquement dans des situations de pouvoir où les possibilités d’abus étaient nombreuses et alléchantes. Il est impossible de déterminer scientifiquement et statistiquement dans quelle mesure ils ont, comme individu ou comme groupe, délibérément recherché ces possibilités. Mais un historien de l’Église aimant la vérité prend en compte, non seulement le nombre d’occasions, mais aussi l’attitude des abuseurs de ces occasions et l’effet des habitudes sociales durant la période concernée. Si nous mettons tout bout à bout de façon pondérée, nous arrivons à la conclusion que la cause sous-jacente du nombre élevé de cas d’abus ecclésiastiques commis dans la seconde moitié du siècle dernier, est une combinaison de plusieurs facteurs. Citons notamment : un pourcentage élevé de membres du clergé avec une tendance homosexuelle, une époque d’évolution sociale dans laquelle une permissivité sexuelle croissante a été associée à une préservation de la culture du silence. Ceci alla main dans la main, au sein des organes ecclésiastiques, avec une obligation de confidentialité d’une part, et d’autre part une attitude laxiste. Le grand nombre de possibilités d’abus, en raison de l’énorme succès des institutions ecclésiastiques d’éducation, est venu en surplus. Parmi ces facteurs, celui qui est en même temps caractéristique pour cette période donnée, et la cause immédiate la plus évidente, est sans aucun doute l’augmentation considérable de la permissivité sexuelle.

Le secret n’est pas quelque chose de mauvais a priori. S’il en va des abus dans l’Église, alors c’est toujours présenté ainsi, mais quand il s’agit de cas de pédophilie dans d’autres secteurs, on nous parle rapidement de « discrétion » et de « devoir éthique de confidentialité ». Ce sont alors les droits inviolables des suspects, des accusés et même des coupables qui sont appliqués. Quand il s’agit de membres du clergé, et plus spécifiquement à propos des prêtres catholiques, alors on ne tient tout à coup plus compte de cela, et chaque soupçon de culpabilité dégénère en un énorme show médiatique. C’est ce que nous avons récemment vécu avec « l’affaire Vangheluwe ». Dans les titres de journaux, l’ancien évêque de Bruges, fut sans plus accusé d’avoir, en plus de son neveu, abusé de plusieurs autres enfants d’un orphelinat. Du texte en-dessous ressortait ensuite qu’il y avait juste des soupçons et qu’il n’y avait encore aucune preuve pour cela. Un évêque déchu a apparemment perdu tout droit à une information honnête et doit être dépeint le plus diaboliquement possible : on abuse des abus au profit du sensationnalisme pervers, de l’hostilité envers l’Église et du tirage des journaux. Bah !

Abus d’autorité politique et théologique

Les abus d’enfants sont souvent associés à l’abus de position d’autorité. Ce dernier arrive aussi dans d’autres domaines, tels que la politique et la finance. Quelques exemples sont : le cumul de plusieurs postes élevés et lucratifs, l’empochement de primes non méritées, l’exploitation du secret bancaire, le travail avec des ouvriers clandestins sous-payés … Il y a naturellement bien plus dont on peut abuser, entre autres choses, des mots et des dénominations. On essaie alors de prouver ou de démontrer quelque chose via une argumentation, dans laquelle le sens commun des termes est détourné à son profit. En matière religieuse, on savait clairement jusqu’à une époque récente quelles étaient les opinions des gens qui, sous une appellation généralement acceptée, appartenaient à une certaine confession. Des spécialistes dans la confusion de la foi – aidés par le discours dilué et la politique à courte vue de certains dirigeants de l’Église – on fait en sorte que seule une minorité de fidèles catholiques aient conservé une vision claire et cohérente de leur foi.

Tout ce qui ne colle pas avec l’étal de la théologie moderniste est rangé dans le sac de « l’institution de l’Église », et ce qui la convient est attribué à la « base » ou « la société civil ». Ceux dont on considère qu’ils appartiennent à ces « groupes » sont présentés comme les vrais catholiques, croyant dans les enseignements qui leur sont distribués à partir des cercles théologiques, et dont bon nombre sont en complète contradiction avec les enseignements officiels de l’Église catholique romaine. On peut comparer cette méthode des modernistes avec celle d’une entreprise qui vendrait un produit sous une marque connue, mais de nature et de qualité très différente du produit original. Cet abus du nom de « catholique » se passe avec la collaboration coupable de certains évêques et le silence complice d’autres. Mais cet épisode de l’histoire de l’Église reste encore à écrire…

Abus des médias

Une dernière forme d’abus sur lequel nous voulons attirer l’attention est l’abus de la capacité d’orienter l’opinion publique. Peter Nissen trouve apparemment un développement positif dans le fait que cette capacité aurait été déplacée des institutions religieuses vers les médias. Ceux-ci auraient en partie repris le rôle moral de l’Église et l’auraient forcé à rendre des comptes, ce que l’Église n’aurait jamais souhaité faire. Ce dernier point contient beaucoup de vérité (pas totalement), mais l’affirmation de cet historien de l’Église que les médias en seraient venus à fonctionner comme la « conscience sociale et le chien de garde morale de la société » est très tirée par les cheveux. Il y a probablement peu de médias, voire aucun, qui ne soient régulièrement coupables de partialité, de sensationnalisme, de baratin de remplissage des colonnes, de rapports incontrôlés, de porte-parole de certains groupes d’intérêts, de publicité pour des activités pas du tout « morales » et encore beaucoup d’autres pratiques pas très jolies. Un historien de l’Église, qui n’épargne pas sa critique à une Église qui au cours de plusieurs siècles a rempli un rôle actif important dans l’Histoire, mais qui sans esprit critique élève des organes (qui en grand partie ne font que des commentaires sur les activités des autres) au rang de “chiens de garde morale”, pourrait bien employer un peu de critique sur son parti pris progressiste.

Nous en resterons là de cet exposé sur le terme « abus ». Bien sûr, nous ne pouvons pas faire face à toutes les formes d’abus ici. L’intention était de mettre ce sujet actuel dans une perspective large et objective pour nos lecteurs. Espérons que nous n’avons pas « abuser » de leur temps. Toutes les réactions bien intentionnées sont, comme toujours, les bienvenues.

(1) Les pourcentages publiés ne sont pas toujours sans ambiguïté, mais ne montrent généralement pas de différences significatives dans les abus entre les différentes communautés religieuses, entre les institutions ecclésiastiques et laïques, etc. Les rapports publiés montrent une forte augmentation, des années 1950 aux années 1980. Cela correspond aux débuts de la « révolution sexuelle » et aux premières révélations de scandales d’abus à grande échelle et à leurs réactions.

(2) http://www.peternissen.nl/lezingen/lezinge-in-2009/150-een-stroom-van-verhalen-over-seksueel-misbruik

(3) Une description plus équilibrée et objective de l’abus dans le contexte de l’Église peut être trouvée à : https://fr.wikipedia.org/wiki/Abus_sexuels_sur_mineurs_dans_l%27%C3%89glise_catholique#Proportion_par_rapport_au_nombre_total_de_pr%C3%AAtres

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