Belgique

Lieven Boeve dévoile la “vraie raison” de l’abdication du pape Benoît XVI, avec un nième échantillon de pédantisme théologique.

22-07-2014 Traduction: J.L.C.

Si un homme se retire à l’âge de 85 ans de ce qui est probablement la fonction la plus lourde au monde (chef de l’Eglise catholique, point d’ancrage moral reconnu mondialement), faut-il donc y rechercher absolument une “raison secrète » ? Même si le même homme avait déjà annoncé quelques années avant la possibilité de son abdication ? Pour Lieven Boeve apparemment oui, et, avec l’auto-certitude d’un théologien louvaniste chevronné, il dévoile cette raison secrète dans son dernier livre “Theologie in dialoog”. Dans l’hebdomadaire Tertio du 2 juillet 2014, pages 10 et 11, il l’explique, avec une explication circonstanciée sur la “dissonance cognitive” qui aurait fait “craquer” Benoît XVI. A y regarder de près, cela revient à ceci : le théologien de premier plan qu’était et est encore le pape précédent, avait enfin compris ce que Lieven Boeve nous présente depuis longtemps : « La meilleure manière de convertir le monde à Dieu est de convertir l’Eglise au monde de Dieu » (sic, à la fin de l’article dans Tertio).

Intelligent comme il est, Lieven Boeve ne parle du “monde de Dieu” qu’à la fin de son commentaire. Ainsi, il se décharge de la nécessité de spécifier quelle est la différence entre le « monde de Dieu » et le « monde » tout court. Ce professeur très apprécié dans la “science” du Tout-Puissant, semble ne pas ou pas bien se rendre compte que l’enseignement du Christ ne peut pas conclure de “deal” avec le « monde ». L’enseignement du Christ affronte le monde au contraire et le défi, le met dans l’embarras, au besoin au prix de la propre vie (ou par exemple le statut de théologien de pointe très honoré). C’est une donnée de base à l’intérieur du Christianisme, pas la sorte de « dialogue » dont Lieven Boeve fait étalage.

S’il avait un peu plus d’autocritique et un peu moins de vanité théologique, il verrait que dans son concept de “dialogue”, il n’y a pas de place pour une quelconque réprimande du monde, mais qu’il a plus le caractère d’une imitation approbatrice. Son histoire (et celle de la théologie louvaniste en général) est comparable à celle des Pharisiens, qui eux aussi “savaient” tout, mais en fait trimballaient le peuple, pendant qu’eux-mêmes étaient tout sucre tout miel avec le « monde » des puissants d’alors. Le centre de gravité du pouvoir actuel glisse de plus en plus du domaine purement militaire « masculin » vers le domaine plus « féminin » des médias, de la communication et de « l’image building » professionnel. Dans le monde occidental, une grande partie de cela est dans les mains du libéralisme organisé (et capitalisé) ou non. C’est, en pratique, le “monde” avec lequel, selon Lieven Boeve, l’Eglise doit entrer en “dialogue” de façon si “soft” et si humble que possible.  

A la notion de « dialogue », avec lequel il aime tant s’escrimer tant dans sa vision théologique que sur le plan de l’approche pratique de l’enseignement catholique, il donne le contenu qui sied le mieux à sa « boutique » théologique. Cela revient simplement à laisser autant que possible la parole au « monde » et à « l’ennuyer » le moins possible avec des opinions « dissonantes ». Sur le plan théologique, le tampon du jargon théologique utilisé empêche de mettre ceci au clair de façon irréfutable. Le monde des idées sous-jacentes parait surtout dans ses affirmations concrètes, comme maintenant au sujet de l’abdication du pape Benoît XVI.

“Dialogue” y reçoit la signification de “conversion”, non pas du monde à Dieu, mais de l’Eglise de Dieu au monde (qui, pour l’occasion est promu “monde de Dieu”). Sur le plan éthique, la manipulation de la notion de « dialogue » apparait encore plus clairement. Egalement dans cette prépublication de son livre, il ne mâche pas ses mots : “Ainsi par exemple les points de vue sexuels-relationnels et biomédicaux semblent plus utilisés pour renforcer l’identité de l’Eglise et son autorité sur le monde que pour, ensemble avec le monde, servir la cause de l’amour dans les relations entre partenaires et de l’intégrité de la vie humaine ». La façon dont il espère réaliser ceci avec un monde qui, entre autres, veut bétonner le droit à l’avortement comme un droit de l’homme acquis et qui se contorsionne pour servir et porter aux nues tout ce qui n’est pas hétérophile, ou bien fait partie de son monde fantaisiste théologique, ou bien ce n’est pas son problème. Si « l’Eglise » et son pape se taisaient et se pliaient aux normes et aux conseils de la “théologie postmoderne”, tout irait, selon Lieven Boeve, automatiquement beaucoup mieux…

La grande erreur de Benoît XVI a été, selon ce cerveau théologique, qu’il a réalisé trop tard que son approche ne fonctionnait pas. Il a “produit une Eglise qui est devenue la proie de sa propre forme d’orgueil : celle de vouloir parler d’en haut, au nom de Dieu, à un monde qu’elle méprise”. Au nom de qui l’Eglise doit-elle donc parler, ça, ce n’est pas mentionné (peut-être au nom de Lieven Boeve et de ses partisans ?).  Il conclut un peu plus loin : L’Eglise s’avère finalement ne pas être mieux d’un poil que le monde qu’elle veut convertir”. Il se réfère ici aux scandales internes qui ont été mis à jour ces dernières années. Il se rend par-là coupable d’une généralisation porteuse de confusion. Il devrait se rendre compte que les méfaits en question n’ont pas été commis par ou au nom de “l’Eglise”, mais sont le travail d’individus qui vivent en contradiction avec les directives divines que l’Eglise défend.  C’est le point de vue logique du pape précédent. Mais, suivant Lieven Boeve, c’est une erreur, parce que cela ne colle pas avec sa vision théologique de « dialogue », par laquelle l’Eglise doit reconnaître « sa culpabilité » autant que possible.

Ainsi notre grand penseur sur Dieu et sur le monde en arrive à la conclusion que Ratzinger a été confronté à une “dissonance cognitive”, puisque l’Eglise n’a pas satisfait en pratique aux grandes exigences et attentes qu’il avait. La pression psychologique qui en a résulté l’a finalement conduit à la « réduction de dissonance » via son abdication. Est-ce que Benoît XVI aurait été réellement si étranger au monde ou si naïf au point qu’il n’aurait rien appris de l’histoire de l’Eglise et qu’il ne se soit pas aperçu qu’aussi l’Eglise actuelle est plus que probablement infiltrée par un certain nombre de carriéristes et de gens aux intentions pas particulièrement “saintes”, avec toutes les conséquences pour sa crédibilité ? L’idée que ce leader religieux intellectuel d’envergure mondiale ne soit arrivé qu’à l’âge de 85 ans à la conclusion qu’à l’intérieur de l’Eglise se passaient pas de mal de choses pas exemplaires et que cela aurait été en fait la raison de son abdication, ne peut survenir que de la logique de quelqu’un qui est lui-même prisonnier d’un cadre de pensée où les concepts théologiques priment sur la conscience de la réalité. Cette sorte de théologien revendique “d’être sur la piste de la vérité”, via leur interprétation de ce qu’un « dialogue » devrait être.

Au lieu de critiquer la politique du pape précédent, Lieven Boeve ferait mieux d’évaluer d’un œil critique le résultat de la politique d’identité dans l’enseignement catholique, assis sur le modèle de dialogue dont il est l’inventeur et/ou le parrain. Selon estimation, plus de 10 000 jeunes gens, dont très vraisemblablement la plupart issus de l’enseignement catholique, se sont convertis les dernières années à l’Islam. Dans beaucoup de messes du dimanche, on peut compter les jeunes sur les doigts d’une seule main. De plus, l’enseignement catholique de notre pays est aussi taraudé par l’abus des enfants que l’institution religieuse critiquée, ou même plus. Donc assez de raisons pour le commun des mortels de devenir la proie d’une forme sérieuse de “dissonance cognitive”, mais pas pour ce génie théologique. Celui-ci est d’ailleurs bien trop occupé à détecter les dissonances chez les autres et à “être sur la piste de la vérité en dialogue avec le monde”.

Celui qui lit l’Evangile et le prend vraiment au sérieux (donc pas suivant les concepts louvanistes à la mode) sait que le conflit entre l’Eglise et le Monde a toujours existé et existera toujours. Le Christ nous l’a très clairement fait comprendre, dans des passages qui cependant ne cadrent pas très bien avec les recettes théoriques dont le patron actuel du VKSO nous rabat les oreilles. Lisez entre autres Matth.5 :11 : « Heureux êtes-vous quand on vous insultera, qu’on vous persécutera, et qu’on dira faussement contre vous toute sorte d’infamie à cause de moi ». Ces mots du Christ reflètent la vraie réalité du soi-disant « dialogue » entre l’Eglise et le monde. Les innombrables Chrétiens persécutés à travers le monde peuvent en parler. Ecoutons les avertissements de l’Homme « qui n’a pas été accepté par le monde » et laissons de côté avec un profond soupir la prose de Lieven Boeve et de ceux qui tirent fermement les ficelles de notre enseignement autrefois catholique. Peut-être est-il bon d’y ajouter la prière suivante : “Père, pardonne-leur, car ils ne se rendent pas compte de la folie de ce qu’ils débitent ».

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