Dieu dans l’Occident apostat

06-09-2012

Sous le titre : « Nous allons faire revenir l’Occident vers Dieu », l’hebdomadaire Knack (8/8/2012) a publié une interview du cardinal Rino Fisichella. Il y est décrit comme « l’idéologue officieux » du Vatican, un titre approprié pour des associations politiques, mais qui ne convient pas pour une communauté de croyants. En réalité, il est depuis 2010 le président d’un nouveau “dicasterium” (“dicastère”) : le Conseil pontifical pour la Nouvelle Évangélisation. Il a fait une annonce importante : l’Église démarre à partir de l’automne 2012 une grande offensive pour la rechristianisation de l’Occident. Notre archevêque Léonard y coopère également. Entre le 7 et le 28 Octobre, se réunira un Synode spécial des évêques au Vatican.

Avec le mot « Occident », comme dans beaucoup d’autres cas, on ne renvoie pas à une région géographique définie, mais à la « culture occidentale », issue de l’Europe occidentale mais répartie sur plusieurs continents. En fait, le projet de ré-évangélisation cible tous les pays qui “sont nés de la civilisation chrétienne” (également ceux de l’Amérique du Nord et du Sud, et de l’Australie). Cette description pourrait être une erreur de traduction de l’italien, car elle suggère que le christianisme serait une communauté de foi constituant des Etats. Le christianisme est là pour servir le Royaume spirituel de Dieu et non pour délimiter des territoires politiques.

La teneur du déluge de réactions, après la publication d’un résumé de cette interview sur le site de Knack, était en grand partie très négative. La plupart des plus de 200 commentaires, répartis sur plusieurs jours, ont été explicitement haineux, parfois carrément vulgaires ou banals. Les auteurs de ces réactions se décrivent volontiers comme sceptiques ou scientifiques, mais la pratique nous enseigne que parmi les prétendus incroyants de nombreuses formes de superstition sont pratiquées. Entre autres, les cartomanciennes gagnent bien leur vie dans ces milieux, et les histoires sur les extraterrestres se vendent comme des petits pains chez les anticléricaux. Heureusement, il y a eu quelques commentaires plus sages et réfléchis. Parmi ceux qui ont défendu l’Église, il y avait même quelques athées honnêtes et raisonnables.

Un petit échantillon des commentaires négatifs : « Totalement perdu le contact avec la réalité » – « Dieu n’habite plus dans vos églises » – « La religion est la plus grande erreur de l’histoire humaine » – « Et cette bande de fous va ramener l’occident à Dieu » – « Dieu n’a pas créé les hommes, les hommes ont créé Dieu » – « Ce sera question de changer ou disparaître » – « Secte morbide avec une telle puissance que personne n’ose commencer à la démanteler » – « On va réintroduire l’Inquisition » – « Svp enfermons ces fous dans leur mini-État » – « Ils peuvent commencer avec la réintroduction du bûcher » – « En fait, ils feraient mieux d’apporter Dieu à l’occident que l’inverse » – « La seule bonne chose qu’ils ont faite et font encore, c’est la bière trappiste » “- « La religion est la drogue la plus dangereuse qui existe » – « Commencent-ils enfin à comprendre que leur produit ne se vend plus » – « Le curé disait au bourgmestre : maintenez-les pauvres et moi je les maintiens stupides » – « Ne nous envoyez certainement pas des vautours aussi “compréhensifs” que Léonard » – « Il meurt chaque jour plus de gens des conséquences de ce que les religions apprennent aux gens » – « je suis croyant, mais je ne crois plus dans l’Église » – « La foi est pour les imbéciles » – « Tant que l’Église protège les pédophiles, et trouve cela plus important que les victimes, elle aura encore besoin de beaucoup de synodes et de choses pareilles pour survivre » – « Notre temps sur cette planète est trop court pour faire de la bigoterie » – « Allons-nous recommencer avec les croisades ? » – « La fabrique d’église n’est rien d’autre qu’une mafia profiteuse, seules la raison et la science feront progresser le monde et l’humanité » – « Ils ont choisi le plus brave et l’ont envoyé dans un monastère dans les Ardennes … un coup marketing remarquable » …

Dans toute cette féroce violence verbale – apparemment provenant principalement de personnes qui souhaitent exprimer certaines frustrations (avec lesquelles l’Église ou la foi n’ont probablement aucun rapport) – l’essentiel a été oublié. En fait, le titre de l’article met le lecteur sur la mauvaise piste. Il ne s’agit pas de « ramener l’Occident à Dieu » et certainement pas « ramener Dieu à l’occident ». C’est que Dieu est partout, au milieu de nous. Les gens doivent simplement réapprendre à devenir conscient de Sa présence. S’ils supposent qu’Il n’existe pas, cela devient évidemment difficile, parce que ce dogme d’incrédulité trouble la faculté de perception objective. Dieu est entre autres observable dans la splendeur de l’Univers et surtout dans la nature sur notre planète. Les incroyants croient dans les lois que la science découvre dans la nature, mais de façon non scientifique nient la conclusion logique que doit exister un législateur qui a défini ces lois. L’intelligence sans pareille que montre la vie, témoigne aussi de l’intelligence de Celui qui l’a créée. Mais surtout la bonté désintéressée pour ses semblables devrait être pour beaucoup d’athées une indication qu’il y a plus que la seule matière physique observable.

Si nous voulons mener nos populations et compatriotes vers les richesses spirituelles de la foi chrétienne, nous devons fonder en premier lieu notre confiance sur la sagesse toute-puissante de Dieu Lui-même, et non sur des “techniques de marketing”. Celles-ci peuvent donner des succès temporaires, mais à long terme ils renforcent l’impression que notre religion est une sorte de commerce. En outre, nous devons surtout nous ressourcer auprès des premiers chrétiens, eux qui ont vécu leur foi dans des circonstances beaucoup plus difficiles que nous. Leur caractéristique la plus frappante a été ainsi décrite : « Voyez comme ils s’aiment ». C’est cette attitude d’amour vécu de façon conséquente qui attirait leurs semblables comme un aimant. Elle est le contrepoids idéal à la tentation d’un athéisme qui pousse l’homme moderne au nihilisme, au libertinage, à l’individualisme et à d’autres maux typiques de notre époque.

Nous ne devons pas apporter Dieu à l’Occident, Il est en effet ici parmi nous. Ce que nous devons essayer, c’est de ré-ouvrir au Christ les cœurs de nos semblables. Il a donné de l’Amour, comme l’essence de son Père et du nôtre, une manifestation concrète dans un monde de dureté, de sorte que les gens autour de Lui devenaient conscients de la présence bienveillante de Dieu et de son accessibilité par le chemin de la foi. L’amour qui caractérise les chrétiens n’est pas un sentiment humain à bon marché. C’est l’amour d’un enfant pour ses frères et sœurs, dans la conscience que nous sommes tous les enfants d’un même Père aimant. Il n’est pas un amour qui vise l’obtention d’un maximum de droits humains artificiels. La pratique de la charité chrétienne consiste dans l’exécution joyeuse, humble et obéissante des devoirs naturels de l’homme, auxquels nous sommes appelés par notre Créateur dans notre conscience.

Ici nous rencontrons d’emblée un obstacle majeur. Beaucoup confondent l’amour avec la permissivité. Une personne vraiment amoureuse est tolérante, sachant que personne n’est parfait. La tolérance est une forme de douce patience, mais elle ne doit pas être associée avec l’indulgence. Ce qui est faute et péché reste faute et péché. Tout ce qui est en contradiction avec l’amour, qui prend forme dans le soin prévoyant et le respect pour la vie humaine, est dans le cas. Cela doit être combattu, non par une violence inappropriée, mais avec de bons arguments et surtout par nos exemples. Nous vivons en « Occident » dans des sociétés démocratiques pluralistes dans lesquelles nous ne pouvons arbitrairement imposer nos valeurs chrétiennes. Le temps de l’inquisition et des guerres de religion est – heureusement – définitivement révolu pour les chrétiens, et espérons qu’une prise de conscience similaire puisse pénétrer de plus en plus d’autres religions. Notre meilleur atout dans la proclamation de notre foi réside – outre dans une grande confiance en l’aide de Dieu – dans notre propre exemple édifiant.

À partir de la connaissance et du vécu des valeurs évangéliques, il est de notre devoir de rendre les cœurs de nos frères réceptifs aux enseignements du Christ. Il est le Fils de Dieu, qui a droit à la plus belle place d’honneur dans chaque cœur humain. Mais dans le cœur de beaucoup d’Occidentaux modernes, les meilleures places sont déjà occupées par les démons de leurs dépendances ou les demi-dieux adorés issus du monde des illusions du showbizness, des paillettes et de la célébrité médiatique. Souvent, ils ne sont pas en principe contre le Christ, mais ils cherchent à utiliser ses paroles selon leurs propres fins. Ils déforment et réinterprètent l’histoire de sa vie, font de lui une superstar et de sa doctrine un bric-à-brac où leurs mauvais penchants peuvent être justifiés. L’incroyant ou le demi croyant dit « oui » à une vie qui lui donne le maximum de satisfaction et qui nie tout ou partie des commandements de Dieu. Un véritable chrétien croyant, au contraire, dit « oui » à la vie que Dieu nous offre. Il en fait le meilleur usage dans le respect de la volonté de Dieu. Le premier pense à courte vue qu’il est le plus intelligent, mais le second sait qu’il pratique la vraie sagesse qui mène au vrai bonheur.

L’Église en Occident a encore d’autres atouts. L’un d’eux vient d’une source plutôt inattendue, à savoir la migration croissante. Dans la mesure où celle-ci vient de régions islamiques, cela n’est pas vraiment accueilli avec enthousiasme par une grande partie de la population. Les valeurs culturelles qui sont importées à partir de là ne s’adaptent pas à bien des égards aux visions démocratiques et aux traditions chrétiennes sur lesquelles reposent nos sociétés. Mais un grand pourcentage d’immigrants proviennent de pays avec une échelle de valeurs chrétienne similaires aux nôtres. Parmi eux, il y a beaucoup de catholiques romains, et des chrétiens qui sont proches du catholicisme. Dans nos pays européens, ils forment des groupes qui vivent leur foi dans le style traditionnel ou le folklore de leur pays d’origine. Pas mal de paroisses dans nos grandes villes ont, Dieu merci, ouvert grand leurs portes à ces communautés de foi qui, souvent, font preuve d’un dynamisme contagieux et d’une spontanéité que l’on trouve rarement dans nos célébrations dominicales locales.

Cependant, il y a quelques problèmes sérieux qui rendent difficile une nouvelle évangélisation. Deux d’entre eux sont l’image actuelle de « l’institution Église » et l’apparente contradiction entre la foi et la science. L’Église catholique romaine est en effet une « institution », ce qui signifie qu’elle a été instituée selon certaines règles d’origine, qui n’ont pas été inventées par après, mais descendent directement de son Fondateur. Ce qui y a été insufflé au cours du temps ne peut en tout cas pas les contredire. À propos de la relation entre la foi et la science beaucoup d’encre a coulé. L’Église a laissé loin derrière elle et définitivement sa « période Galilée », et a appris, en tant qu’institution religieuse ou communauté de croyants, à ne pas intervenir dans les discussions qui sont purement de nature scientifique. On ne peut pas en dire autant de certains scientifiques qui persistent encore toujours dans l’illusion que la lutte contre la foi en Dieu est un passe-temps scientifique (de célèbres « spécialistes » dans ce domaine sont par exemple le biologiste évolutionniste Richard Dawkins, ou le philosophe Etienne Vermeersch). Leur soi-disant scientificité prend toutefois des formes douteuses lorsqu’ils sont confrontés à des arguments qui établissent la probabilité d’un Dieu créateur.

Au niveau institutionnel, il y a encore beaucoup à faire au sujet du « problème » de la non-admission des femmes au sacerdoce. Certains prétendent qu’il s’agit d’une forme de discrimination, bien que le Christ Lui-même ait introduit cette règle en ne désignant que des hommes comme apôtres. Comme nous le savons tous, le lien entre la mère et l’enfant est l’un des liens les plus forts qui soient sur Terre. Ce lien est si fort et dominant que beaucoup de mères mettent leur enfant au-dessus de tout. C’est une réalité indéniable qu’il est difficile de concilier avec les paroles du Christ : «“Si quelqu’un vient à moi sans haïr son père, sa mère, sa femme et ses enfants, ses frères, ses sœurs et jusqu’à sa propre vie, il ne peut être mon disciple ! » Par « haïr » Il voulait dire, bien sûr, que l’on devait pouvoir s’en détacher pleinement (comme il le fit Lui-même). Les quelques disciples qui répondent littéralement à ce critère exigeant sont des célibataires, prêtres, moines ou moniales. Le fait qu’une femme fertile puisse toujours devenir mère, pourrait être l’une des raisons pour lesquelles le Christ a appelé seulement des hommes à être ses apôtres, qui en son nom ont consacré leurs successeurs. Cette réflexion n’est évidemment pas une certitude, mais seulement une possibilité, parmi d’autres, dont nous avons déjà parlé par ailleurs sur ce sujet. Dans tous les cas, la discussion sur ce sujet a définitivement été déclarée comme close par notre précédent pape, puisque l’Église ne peut être la véritable Église du Christ que dans la mesure où elle répond fidèlement à la volonté de son Fondateur. Qui veut vraiment servir l’Église accepte cela et évite de nouvelles divisions.

L’Église enseigne et agit selon des critères qui, à certains égards, ne sont pas conformes à la pensée occidentale dominante. Elle est entre autres hiérarchique depuis l’origine et non pas « démocratique », ce qu’on peut d’ailleurs parfaitement considéré comme logique. Chez nous, son autorité est malheureusement minée des personnes qui d’un côté enseignent le Droit Canon ou occupent une fonction dans une faculté de théologie, et qui d’un autre côté répandent à tous propos dans nos médias leurs critiques sur l’institution ecclésiastique. Dans presque chaque nouvel événement ecclésial, ils sont d’abord consultés par nos médias, à la place des dirigeants officiels de l’Église. Les croyants ordinaires regardent cette situation intolérable avec consternation, en se demandant pourquoi nos dirigeants de l’Église ne réagissent pas fermement contre cela. L’attitude trop passive de nos dirigeants ecclésiastiques apparaît comme un signe de faiblesse et porte davantage atteinte à l’image de l’Église.

Comme dernier facteur qui nuise à la réputation, nous ne pouvons éviter de mentionner la vague de scandales d’abus sexuels. Ils sont la cause que beaucoup ont tourné le dos à l’Église. Les auteurs de ces crimes ne sont en fait qu’une toute petite minorité du clergé, mais le dommage qu’ils ont causé à l’Église est immense. Le contraste de leurs actes avec les enseignements et les commandements de l’Institution à laquelle ils ont juré allégeance ne peut pratiquement pas être plus grand. Pour de nombreux non-croyants ou des personnes d’autres religions, l’Église était plus ou moins une balise morale. Cette lumière est aujourd’hui malheureusement éteinte pour longtemps. L’exagération délibérée des faits par une Presse avec une attitude largement anticléricale y a sans aucun doute contribué pour sa part.

Dans d’autres articles sur ce site a déjà été expliquée notre position sur ce sujet. Selon notre analyse, l’énorme vague de scandales d’abus est clairement liée à la permissivité sexuelle depuis la moitié du siècle dernier qui a touché aussi bien nos sociétés occidentales que les églises. L’Église catholique est portée par des millions de simples croyants. La principale source d’inspiration pour leur vie religieuse sont des prêtres qui sont supposés mener une vie sainte. Si certains d’entre eux sont démasqués comme des individus qui souillent des enfants, alors le coup porté à la confiance des fidèles laïcs ordinaires est évidemment terrible.

La réponse de Mgr Fisichella à ces défis est ferme : « Nous allons redécouvrir quelle grande richesse de culture et de foi nous avons accumulée au cours des deux mille dernières années. Je ne suis pas un romantique, et je ne suis pas sentimental : je ne pense pas que le changement soit proche. La crise durera vingt ou trente ans. Peut-être encore plus. Mais je vis maintenant, et c’est le moment du changement. J’ouvre résolument la porte et m’engage au dehors. Maintenant ! »

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