GRATITUDE

23-05-2011

Parfois, j’essaie de me représenter l’histoire de nos premiers ancêtres. Adam et Ève, qui ne les connait pas ? Ils sont probablement les plus connus des êtres humains qui aient jamais vécu, car environ quatre milliards de personnes aujourd’hui croient plus ou moins qu’ils ont existé, et la majorité des autres en ont entendu parler. Cependant, nous en savons très peu sur eux, et personne ne peut déterminer la période approximative de leur existence. Les dernières découvertes semblent désigner une zone autour de l’actuelle Palestine comme leur territoire, et non l’Afrique de l’Est comme il était admis auparavant. Il faudra encore pas mal de nouvelles découvertes avant que la science ne puisse nous fournir des conclusions définitives à ce sujet, et avant que nous puissions faire une comparaison définitive entre le récit de la Genèse et les découvertes archéologiques. Mais laissons cela de côté pour le moment.

Je m’imagine le jeune Adam comme un jeune homme avec une silhouette imposante, d’où émanent force et adresse. Les beaux traits de son visage reflètent aussi bien le sérieux que le joyeux, ainsi que l’extraordinaire force de pensée qui l’habite. Je le vois revenir d’un voyage, chargé d’un riche butin de nourriture et de pierres précieuses, qu’il offrira à Ève, sa future compagne de vie. Pendant un moment de repos, il regarde ses mains et s’impose à lui l’idée de leur perfection et de toutes ces choses qu’il peut accomplir avec elles. Aucune autre créature ne peut rivaliser avec lui. Il n’avait jusqu’ici pas encore bien réalisé tout cela. De même, la conscience de ses autres dons extraordinaires s’impose à lui. Cela lui permet de dépasser de la tête et des épaules ses congénères. C’est seulement en Ève qu’il a trouvé une partenaire à la hauteur, avec laquelle il peut parler une langue que les autres ne comprennent pas.

Cette conscience d’être la plus accomplie des créatures existantes, ne le rend pas orgueilleux, mais cela l’inonde d’un sentiment de gratitude. Il en est pris de vertige, tombe dans un profond sommeil et, en songe, son esprit cherche à entrer en contact avec le Créateur de ces dons extraordinaires. Pendant le profond sommeil d’Adam, Dieu se fait connaître et lui explique ses intentions à son sujet. Il régnera sur toute la Création, mais d’abord il doit prouver qu’il en est digne. La condition que Dieu lui propose est qu’il attende sept ans avant de vivre ensemble avec Ève. Entretemps, il devra cultiver le Paradis, qui deviendra ensuite leur résidence définitive. Adam, plein de respect et de gratitude, accepte cette condition.

En revoyant sa bien-aimée, il raconte à Ève sa promesse. Elle partage sa joie de cette révélation et accepte également la proposition de Dieu. Mais cette même nuit, elle fait elle-même un rêve, ou plutôt deux. D’abord, elle a sa propre rencontre avec Dieu, qui se déroule de la même façon que pour Adam. Ensuite, lui apparaît, dans un deuxième rêve, une très curieuse créature en forme de serpent qu’elle ne reconnaît pas, mais qui l’aborde avec une intelligence ‘extra-terrestre’. Cela réussit à éveiller en elle des sentiments qu’elle ne connaissait pas jusque-là, des sentiments empreints d’orgueil, de cupidité, d’arrogance et de versatilité, qui évincent l’immense sentiment de gratitude qui la remplissait, et qui la font se révolter. Elle se laisse gagner par ce discours mensonger et rejette alors résolument la mission de Dieu, convaincue qu’elle en a pleinement le droit. Orgueil et “hybris” l’aveuglent et lui font penser qu’elle égale Dieu, oubliant qu’elle Lui est redevable de tout. Avec les mots de la créature en forme de serpent, elle sait à son tour éveiller les mêmes sentiments chez son futur époux. Tous les deux enfreignent alors la mission de Dieu, et déclenchent l’enchaînement des funestes conséquences dans lesquelles se débattent depuis lors tous leurs descendants.

Ce récit alternatif à celui de la Genèse est évidemment complètement imaginaire, et l’objectif n’est bien sûr pas de le dépeindre comme “réellement passé”. Il veut seulement illustrer l’importance fondamentale de la gratitude, et les graves conséquences que la perte de gratitude peut entraîner. Le premier péché, qui marque l’humanité pour toujours et duquel nous héritons tous l’essentiel comme « péché originel », n’aurait jamais pu trouver place, si la gratitude était restée bien implantée dans le cœur des premiers hommes.

Dans la petite histoire mythico-anthropologique ci-dessus, nos premiers ancêtres, dans un premier temps, répondent spontanément à ce que le Créateur peut attendre de sa créature : la gratitude emplit leur cœur, associée à l’obéissance. La gratitude est une vertu qui, dans l’ancien catéchisme, était mentionnée parmi les vertus morales courantes, mais que je classerais plutôt comme une part essentielle de la vertu majeure, l’amour charité. Le don de la gratitude est profondément enraciné dans notre être. Elle est indispensable pour des relations humaines saines, et elle forme une part essentielle des ressorts innés et inexplicables sur lesquels est bâtie la vie. Si je donne un morceau de cuisse de poulet à mon chien, ce qu’il apprécie évidemment beaucoup, il se rue immédiatement dessus, mais avant de le prendre entre ses dents, il me lance d’abord un regard. Certains donneront peut-être une autre signification à cela, mais je le considère comme une expression inconsciente et innée de gratitude.

Gratitude et orgueil sont contradictoires et s’opposent. Car la gratitude n’est pas possible sans l’humble constatation de quelque chose qui nous appartient, et que nous pouvons utiliser, mais que nous n’avons pas acquis tout seuls. Assez bien de gens, dans notre société sophistiquée, ne savent pas très bien quoi faire avec les sentiments de gratitude. Si quelqu’un les aide, ils vont bien sûr remercier cette personne, mais ils chercheront rapidement à ce qu’il reçoive en retour un cadeau ou une compensation qui soit à peu près de même valeur. En soi ce n’est pas mauvais, mais secrètement il y a la pensée cruciale : “je ne veux de dettes envers personne”. Ceci perturbe en effet l’orgueil, bien qu’il ne soit évidemment pas question ici de “dettes” au sens littéral du terme.

Si, à quelqu’un qui nous a aidé spontanément, nous donnons quelque chose qui puisse être considéré comme de même valeur que l’aide reçue, alors nous nous déchargeons nous-mêmes, en quelque sorte, du devoir de gratitude. Nous lui rachetons, pour ainsi dire, son droit à la gratitude. La gratitude innée pour une aide reçue ne peut cependant pas être rachetée. Chaque action est en effet enregistrée pour toujours dans la Réalité Totale. Nous ne devrions en fait jamais oublier cette aide, et la seule attitude juste est d’en conserver le souvenir et de l’utiliser comme exemple pour nos propres comportements.

La perte de la gratitude innée est un des maux qui ravagent notre société. Beaucoup vivent comme si tout ce qu’ils ont leur appartenait de plein droit. Ils ont perdu toute conscience des multiples actes spontanés de serviabilité mutuelle, qui ont fait en sorte que leur actuelle situation confortable soit une réalité. “J’ai” travaillé pour, est leur slogan. Que beaucoup d’autres se soient dépensés pour faire en sorte que de fait il y ait du travail, leur échappe complètement. Les difficultés que leurs parents ont surmontées pour eux, et les lourds sacrifices grâce auxquels ils ont payé leurs études, sont balayés par leur placement dans une maison de retraite quand ils deviennent une charge, avec éventuellement une visite de politesse de temps en temps. Les enfants des autres sont considérés comme de parfaits casse-pieds, pour lesquels ils doivent en outre payer des impôts. Que ces enfants soient nécessaires pour, entre autres, conserver en ordre de marche notre système de sécurité sociale, et pour les soigner eux-mêmes lorsqu’ils seront âgés et sans enfants, à cela ils ne veulent même pas penser.

Cette disparition de la gratitude et cette culture de l’orgueil coïncident avec la disparition plus générale d’un cadre de référence religieux. L’homme devient ainsi un système fermé sur lui-même qui, comme nos Adam et Ève en leur temps, fixe ses propres règles en fonction de ses besoins et de ses désirs. Le discours utilitaire qui en découle est arrosé avec une sauce de prétendu engagement social, avec laquelle leurs besoins moraux internes sont aussi apaisés. Les idées, qui pourraient un tant soit peu s’adresser à une réalité supérieure dont nous serions tributaires, sont systématiquement renvoyées vers la catégorie des fables pour les gens qui ne sont pas à la page.

Le Christ nous a enseigné “laissez les morts enterrer les morts”. Les morts spirituels d’aujourd’hui prétendent maintenant que Dieu lui-même est mort, se laissent incinérer et font de même avec leur progéniture jamais née. La mort choisie, qui leur est présentée par le serpent qui nourrit leur suffisance bornée, est leur dernier objectif dans le petit cercle de vie insensé qu’ils ont parcouru. Dans cette tragédie spirituelle sans issue dans laquelle se retrouvent beaucoup de nos contemporains, les suicides deviennent habituels, dont une toujours plus grande part sont nommés “euthanasie” par euphémisme.

Mais, au milieu de cette perdition et de cette absence de sens, la gratitude n’est pas encore définitivement enterrée. L’Esprit de Dieu souffle où il veut et touche aussi nos modernes contemporains en des lieux et moments inattendus, souvent quand la situation paraît complètement sans espoir. Des jeunes gens presque morts à cause de l’esclavage de la drogue, reviennent à la vie après qu’ils ont entendu la voix du Christ dans leur for intérieur. « Ca ne peut pas continuer ainsi », dit le Seigneur, « je recherche toujours mes brebis perdues, et pour chacune d’elles que je retrouve, se donne une fête comme il n’y en a pas pour celles qui ne se sont jamais perdues ». Soyons pour cela d’une immense gratitude, apportons à Dieu les offrandes terrestres qu’Il nous demande, gagnons notre paradis céleste, et remplaçons l’aridité spirituelle de nos contemporains par la bénédiction d’une louange de grâce au Créateur, Celui qui non seulement nous a faits mais qui nous aide aussi à devenir parfaits.

IVH

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