Jean-Paul II le Grand

CHAPITRE 4

Au sujet de l’engagement social de Jean Paul II, on ne reçoit en général que des louanges. Presque unanimement, est reconnu son rôle majeur dans la chute du communisme. Et pourtant il est bien triste que tant de choses superficielles soient délivrées à ce sujet dans les médias.

Beaucoup de politiciens parlaient alors fièrement de la victoire de la démocratie, telle qu’ils veulent encore toujours présenter l’Union Européenne comme le résultat magnifique de la Révolution française. Les racines chrétiennes sont passées sous silence. On veut presque nous faire croire que nous devrions remercier la Révolution française pour notre vie. Non, l’effondrement des dictatures communistes est un triomphe de la foi chrétienne, et l’Église est la plus ancienne institution européenne, celle qui a vu naître (et peut-être verra mourir) toutes les autres institutions et tous les autres États. Les universités ont toujours été les grands stimuli du développement. Or, toutes les grandes universités européennes ont été créées comme établissements de l’Église, et se sont épanouies grâce aux fondements de la foi chrétienne.

C’est pourquoi nous ne devons pas chercher le cœur de l’engagement social de Jean Paul II, ailleurs que dans la défense de la totale dignité de chaque être humain, dans la lumière de la foi chrétienne. Aucun conflit d’importance n’a échappé à sa sollicitude. Au Nord comme au Sud, à l’Est comme à l’Ouest, il a parlé de justice, de droits de l’homme, de liberté et de dialogue. Il n’a pas gardé sa langue dans sa poche, même quand son hôte était un dictateur assis au premier rang.

Comme ancien travailleur dans une usine Solvay en Pologne, il savait ce que travailler veut dire. Il développa sa véritable vision sociale principalement dans trois encycliques. Tout d’abord, la dignité du travailleur, avec l’importance de l’entrepreneur et le sens profond du travail (dans Laborem exercens, 1981). Le pape plaide pour une participation plus grande du travailleur dans l’entreprise. La dignité de l’homme peut seulement être comprise et réalisée dans la lumière du salut par le Christ. Le travail est une participation à la création et à la résurrection dans le Christ.

Ensuite, il explique comment les deux systèmes dominants doivent être réformés en profondeur (dans Sollicitudo rei socialis, 1987) : aussi bien le système capitaliste libéral occidental, que le système marxiste collectiviste du Bloc de l’Est. Dans celle-ci, il développe entre autres une théologie de la solidarité. Elle suppose la conscience d’une interdépendance universelle, aussi bien qu’une responsabilité : tous sont responsables de tous. Il souligne aussi l’option préférentielle pour les plus pauvres dans l’authentique tradition de l’Église.

Enfin, il plaide notamment pour la destination universelle des biens terrestres, et tire les leçons de l’effondrement du communisme (dans Centesimus annus, 1991). La destination universelle des biens terrestres prime sur la propriété privée. Cette dernière ne peut jamais être un droit absolu. Même si vous avez amassé vos biens de la manière la plus honnête, et que vous êtes devenu très riche, vos biens doivent toujours servir pour la subsistance des autres. En outre, il ne voit pas les principales raisons de la chute du communisme dans un échec économique ou politique, mais dans le non-respect de la profonde dignité de l’être humain. Puisque chaque être humain a aussi une nature spirituelle. Sans Dieu, l’être humain ne peut se comprendre lui-même, et ne peut non plus organiser son vivre ensemble de manière saine. Un refus de Dieu résulte inéluctablement dans une limitation du développement de l’être humain. Telle est sa vision.

La doctrine sociale de Jean Paul II, n’est rien d’autre que le couronnement actualisé de la méritoire « doctrine sociale de l’Église », initiée de manière universelle par l’encyclique prophétique « Rerum Novarum » (1891) du pape Léon XIII. On y note évidemment quelques évolutions au fil des années. Un rejet initial inconditionnel de tout ce qui touche au marxisme, et une louange radicale du droit à la propriété privée, furent progressivement nuancés. En outre, la solidarité reçut une importance toujours plus profonde et plus large.

Un accent tout personnel sur la totale dignité de l’être humain fut mis dans la lettre apostolique « Salvifici doloris » (1894). C’est une méditation profonde sur la valeur libératrice de la souffrance. Ce qu’il écrivit alors, il le vivra lui-même réellement dans les dernières années de sa vie. Alors que notre civilisation occidentale cherche à dissimuler et à nier la souffrance et la mort, il a montré ce que veut dire s’abandonner dans l’amour à la souffrance et à la mort, et le vivre de manière digne jusqu’à la fin.

Ici aussi, il prend Jésus Christ comme inspiration et exemple. Aussi stupide que cela puisse paraître pour ce monde, le Christ a vaincu la souffrance et la mort en acceptant son agonie par amour et librement. La croix du Christ est la vraie et la plus profonde libération parce qu’elle nous mène vers la résurrection. Jean Paul II a courageusement vécu sa décrépitude. Il était prêt à abandonner sa tâche si cela était souhaité, mais il était aussi prêt, dans sa grande faiblesse, à s’investir jusqu’à la fin. Lui qui fut un athlète et un acteur vigoureux, était devenu un être fragile, dans un corps plein de souffrances. Ainsi vécut-il par sa propre souffrance en solidarité avec tous ceux qui souffrent, et témoigna-t-il de l’inaltérable dignité de chaque homme, créé à l’image et à la ressemblance de Dieu.

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