Jean-Paul II le Grand

CHAPITRE 5

Il n’est pas très difficile d’écrire toute une série de considérations au sujet de la vie et de l’enseignement de Jean Paul II. Ils offrent une abondance de matière. Il est cependant assez difficile de tout classer correctement et de l’évaluer à sa juste valeur. Le but de notre propos reste que nous devrions à notre tour l’imiter, avec autant de courage et de foi profonde. C’est pourquoi nous avons présenté ce pape comme un véritable grand pape (Chap.1), qui a mené un admirable combat de la vie (Chap. 2), qui nous a légué une claire vision de la foi (Chap. 3), et qui nous a ouvert la route d’une lutte sociale juste (Chap. 4). Maintenant nous nous laissons inspirer par son désir d’évangélisation.

Certains pensent que le lien avec son prédécesseur est trop peu souligné, ce que je peux confirmer sans avoir personnellement approfondi la question. Jean Paul Ier, le pape rieur, avait mis dans ses principes et dans sa vie, l’humilité à la place d’honneur, et avait écrit avec beaucoup de créativité des lettres fictives à des personnalités célèbres de l’Histoire. Il ne voulait pas de tiare et ne voulait plus être transporté cérémonieusement. Il était un homme plein de surprises et d’insolite. Il voulait vivre et agir selon l’humble fidélité à la foi en Jésus, et sous la direction de l’Esprit Saint, comme précisé entre autres dans Vatican II. Le collège des cardinaux n’était apparemment pas assez conscient des très graves problèmes de santé du cardinal Luciani, quand il l’a choisi comme pape. Il aurait aussi dit avec humour qu’il voulait être plein d’indulgence envers les cardinaux qui lui avaient infligé cela. Il y a une autre plaisanterie qui dit qu’il fut si effrayé quand il vit son traitement mensuel qu’il en fit un arrêt cardiaque. D’autres saisirent l’opportunité de créer la sensation en décrivant son décès dans le style d’un roman policier. La simple vérité est que son extrême faiblesse de santé n’était pas en mesure d’assumer cette tâche, et qu’il succomba déjà après 33 jours. On raconte que Karol Wojtyla, quand il apprit la mort de ce pape, fut pétrifié comme s’il pressentait qu’il en serait le successeur.

Il est certainement vrai qu’il reprit consciemment le nom de son prédécesseur, et voulut pousser plus loin le travail de Jean Paul Ier, avec toutes ces bonnes qualités, notamment à partir de la même foi solide, de la même fidélité à Vatican II, avec un cœur aussi grand ouvert pour tous les hommes, avec un aussi surprenant et insolite style de vie.

En 1979 déjà, Jean Paul II parla de la nécessité d’une nouvelle évangélisation aux évêques de l’Amérique latine. Depuis lors, il ne cessera d’utiliser cette expression, aussi bien pour les anciennes Églises chrétiennes, où un profond processus de déchristianisation a pris place, que pour les jeunes Églises qui risquent de suivre le même chemin. Cet appel du pape fut accueilli assez tièdement dans nos médias. On n’était à vrai dire pas contre, mais les icônes de notre monde médiatique de l’Église considérèrent le souhait papal plutôt comme un très ennuyeux vœu pieux.

Le dialogue était pour Jean Paul II le chemin à suivre vers l’unité si ardemment souhaitée par Jésus : « Puissent tous être un afin que le monde croie ». À cela se consacre son encyclique sur la nécessité œcuménique (Ut unum sint, 1995). Il prit lui-même contact avec les Églises sœurs partout où il pouvait, même si ces contacts n’ont pas toujours été immédiatement fructueux.

Rien de moins qu’innovants ont été les pas qu’il a faits vers les Juifs. Il fut le premier pape à visiter la synagogue de Rome (1986) et, à l’exemple du pape Jean XXIII, les appela « nos frères les plus âgés ». Sa visite en Israël/Palestine (2000) témoigna de son incroyable sensibilité et son tact, ce qui fit apprécié aussi bien par les autorités israéliennes que palestiniennes. Un commentateur juif déclara alors : « Ce pape a fait en une semaine ce que l’Église a omis de faire en 20 siècles ». Le document conciliaire « Nostra Aetate », avec la permanente reconnaissance de l’élection du peuple juif, n’était pour lui pas seulement un décret (qui n’aurait pas dû exister, comme le pensent encore certains intégristes catholiques dans leur aveuglement), mais le début historique du rétablissement de l’unité originelle de l’Église. L’Esprit Saint a de ce fait allumé un feu qui peut seulement brûler toujours plus haut. Son successeur le pape Benoît XVI a immédiatement suivi le même chemin, sans faiblir. À juste titre, Jean Paul II a aussi demandé pardon pour l’inacceptable rejet du peuple juif et de la foi juive par « l’Église des chrétiens » durant tant de siècles. Ce pas était une purification nécessaire.

Avec l’Islam également il chercha le contact, à partir de son souci d’évangélisation et de dialogue. Il visita la grande et somptueuse mosquée des Omayades à Damas (2001). Il y a embrassé le Coran, ce qui irrita beaucoup de gens. C’est en effet un geste discutable. Mais en aucun cas, nous ne pouvons soupçonner ce pape d’avoir reconnu l’Islam ou le Coran comme un chemin équivalent vers le salut. Il a trop souvent et trop clairement parlé de la foi en Jésus Christ, le Seigneur mort et ressuscité comme unique Sauveur de tous les hommes. Il a voulu tenir ouvert le dialogue, être un père pour tous les hommes, et aussi montrer de l’estime aux musulmans pour leurs bonnes et sincères tentatives.

C’est dans le même esprit que nous devons voir les rencontres pour une Journée interconfessionnelle de la paix avec les dirigeants de toutes les religions à Assise (1986, 1993, 2002). Ces rencontres devaient être raffinées par la suite, afin de ne pas donner l’impression que chaque foi ait la même valeur (1).

« Le dialogue a une importance fondamentale pour l’Église… » déclara le pape Jean Paul II, le 3 mars 1983, dans un discours à une réunion plénière du secrétariat pour les non chrétiens. Ce faisant, il se rangeait résolument derrière le dialogue inter religieux, qui fut déjà initié par Paul VI. Lui aussi fut un pape de signes prophétiques inattendus. Il a un jour retiré de son doigt l’anneau papal, et l’a glissé à un patriarche à ses côtés. Il lui est aussi arrivé de s’agenouiller pour embrasser les pieds d’un haut dignitaire d’une autre Église. Mais la présence du pape Jean Paul II à Assise, resta pourtant une épine dans le pied, aussi bien de certains « conservateurs » que de certains « progressistes ». Les premiers voyaient dans ce dialogue inter religieux une possible contestation du caractère unique de la foi chrétienne et de l’Église, les autres trouvaient que l’ouverture n’était pas assez grande. Ils considèrent l’Islam comme le chemin du monde arabe vers Dieu, tout comme l’hindouisme et le bouddhisme seraient le chemin vers Dieu en Inde, et le christianisme le serait alors pour l’Occident.

Jean Paul II se hâta de préciser l’exacte doctrine missionnaire de l’Église, dans la lignée du décret missionnaire du deuxième Concile Vatican (Ad Gentes, 1965), et de l’exhortation apostolique toujours très actuelle de Paul VI sur l’évangélisation (Evangelii nuntiandi, 1975). Jean Paul II insista sur la nécessité permanente de la mission dans son encyclique « Redemptoris missio » (1990). Dans celle-ci, il défend fermement le fait que Jésus Christ soit l’unique Sauveur, et l’Église le sacrement universel vers le salut. En même temps, il continuait à insister sur la nécessité d’un dialogue et d’une cohabitation marqués par l’amour pour tous les hommes, y compris les non chrétiens, comme une première impulsion vers l’évangélisation. (Comme l’avait souligné d’ailleurs Paul VI dans « Evangelii nuntiandi »). Il l’appelait ‘semer’ sans pouvoir ‘moissonner’. Pour certaines Églises dans les pays musulmans et en Asie, c’est la seule possibilité de contact et de communication. Mais ce dialogue inter religieux n’est pas du tout pour Jean Paul II un remplacement de l’évangélisation explicite.

Comme lors du grand Concile de la réforme de Trente, au 16ème siècle, quand un nouveau missel, un nouveau droit canon et un nouveau catéchisme Romain (pour les ‘pasteurs’, qui en avaient le plus besoin) s’ensuivirent, de même veilla Jean Paul II à la rédaction d’un nouveau missel, d’un nouveau droit canon pour l’Est et l’Ouest, et d’un nouveau catéchisme universel (2). Ce dernier est vraiment un exposé unique de la tradition de la foi catholique pour notre temps. Dedans, nous y trouvons, eh oui, de véritables déclarations prophétiques au sujet de la relation de l’Église avec l’élection durable et inachevée d’Israël (p.ex. les numéros 528, 597, 673, 674). Cela a pris du temps avant que les théologiens réputés et beaucoup de chrétiens ont pu apprécier ce catéchisme à sa juste valeur.

Jean Paul II est devenu, comme aucun autre, un missionnaire voyageant dans le monde entier. Nous pouvons sans problème appliquer les paroles de Paul VI dans Evangelii nuntiandi à son pontificat : « L’évangélisation est la raison d’être de l’Église ».

(1) Ndlr. Depuis ce premier jour de réunion en 1986, la communauté de St Egidius organise des journées annuelles de réunion interconfessionnelle dans différentes villes.

(2) Ndlr. Depuis ce premier jour de réunion en 1986, la communauté de St Egidius organise des journées annuelles de réunion interconfessionnelle dans différentes villes. (2) Ndlr. L’édition standard latine (Editio tipica) du catéchisme de l’Église Catholique a été officiellement approuvée et publiée par le pape Jean II le 15-08-1997. C’était le fruit d’années de travaux préparatoires, menés par le card. Joseph Ratzinger, et la coopération des épiscopats du monde entier. La première édition a déjà été publiée en Français en 1992.

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