Jean-Paul II le Grand

CHAPITRE 6

Toute la vie de Jean Paul est faite de foi, de prière, d’adoration du Dieu trinitaire et d’un attachement à Marie comme un enfant. Toute sa vie est amour et engagement social pour ses semblables. Toute sa vie est évangélisation, destinée à chaque homme et à chaque peuple. Ainsi pouvons-nous dire pareillement qu’il fut lui-même un hymne à la vie, et notamment un choix conscient pour la vie et un combat ininterrompu contre la « culture de mort ».

Pour son engagement social, il récolta l’estime, bien que son plus profond objectif, aussi dans ce domaine, ne fut pas toujours bien compris. Il fut le principal moteur de la seule Révolution en Europe qui ne déboucha pas sur de nouvelles violences, haines et vengeances. Il mit en évidence qu’une vraie Révolution est seulement possible à partir de l’esprit de l’évangile, de l’Esprit de Jésus Christ. Il nous apprit que nous pouvions devenir assez forts en Christ pour que l’envie de destruction du communisme n’ait plus aucune influence. Et c’est bien ce qu’on constata. Il frappa le communisme au cœur, en soutenant complètement et ouvertement le syndicat libre de travailleurs « Solidarité », et en veillant à ce que l’esprit de l’évangile ne se perde pas. Et ce fut aussi sans violences. Les enfants apportaient des fleurs aux soldats et allumaient des cierges. Ceci offre un contraste évident avec la Révolution française, la Révolution russe et les nombreuses autres, jusques et y compris les actuelles Révolutions arabes. C’est seulement en Christ que la corruption, la violence et la vengeance peuvent être vaincues sans retomber de nouveau dans la haine.

À partir de la même source – l’évangile et la personne de Jésus Christ – il se prononça aussi sur le don précieux de la sexualité humaine, et sur tout ce qui en découle pour l’Église et la société. L’incompréhension envers cette doctrine fut très grande en Occident. Nous osons prétendre que jusqu’ici probablement personne d’autre que Jean Paul II ne s’est exprimé de manière aussi claire sur la profonde vision biblique sur la sexualité humaine, la transmission de la vie, le mariage et la famille. Ce faisant, il veut confirmer avec insistance le message de Paul VI dans son encyclique « Humanae vitae » (1968). Ses fameuses catéchèses entre le 5 septembre 1979 et le 28 novembre 1984 sont purement et simplement une vision prophétique, qu’il appelle lui-même une « théologie du corps ». En 1981 il fonda à Rome un institut pour les études sur le mariage et la famille (avec entretemps plus de dix filiales dans le monde), de même qu’un conseil pontifical pour la famille.

Nous trouvons déjà les fondements de sa pensée dans son livre Amour et responsabilité (1), une étude sur la morale sexuelle. Chaque homme, créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, est orienté au plus profond de son être pour se donner totalement, dans la liberté et l’amour. Dans le mariage, ceci est empêché par la contraception artificielle. Le développement de ce thème exigerait une contribution séparée.

Ceci fut la principale raison des lourdes critiques à l’égard de Jean Paul II. Les uns lui reprochaient que, comme Paul VI, il continuait à refuser la contraception. Les autres lui reprochaient que son explication biblique originale ne coïncidait pas avec la simple doctrine catholique traditionnelle. Les uns et les autres manquent finalement de fondement. Si le cardinal Wojtyla de l’époque avait obtenu la liberté de la part de la Pologne communiste, de participer à toutes les réunions en rapport avec Humanae vitae, on pourrait espérer des plus hauts dignitaires de l’Église même une meilleure compréhension et une meilleure acceptation de cette doctrine. De son côté, il a en tout cas tout fait pour livrer sa contribution.

En 1980 déjà, il convoqua un synode épiscopal sur la famille. Ensuite il écrivit son exhortation apostolique Familiaris consortio (1981). Celle-ci fut très positivement accueillie dans les pays en développement, mais presque ignorée dans l’hémisphère nord. De nouveau et invariablement, le pape appelle à revenir au respect de toute vie humaine, depuis la conception jusqu’à la mort naturelle. La contraception artificielle, l’avortement, l’euthanasie, les manipulations de la vie comme la fécondation in vitro e.a., les contradictions inhérentes aux relations homos, qui excluent la conception d’enfants mais qui pourtant exigent d’avoir des enfants, … tout cela forme pour lui une culture de la mort qui entame la dignité de la vie humaine. Il se savait là-dessus soutenu, non seulement par la doctrine permanente de l’Église et par le Concile Vatican II, mais aussi par les authentiques valeurs humaines de tous les temps.

Dans le même esprit, il laissa rédiger par le cardinal J. Ratzinger, de la congrégation pour la doctrine de la foi, l’importante instruction Donum vitae (1987), au sujet du début de la vie humaine et de la dignité de la procréation. La science médicale, selon cette instruction, ne reçoit pas sa légitimation de son efficacité ou de son utilité, mais de l’ordre moral. Une intervention parfaitement réussie n’est pas pour cela moralement justifiable. Chaque homme est un miracle unique et ne peut jamais être utilisé comme objet, par exemple au service de la science. Dans la procréation humaine, la médecine peut « aider », elle ne peut pas « remplacer », autrement s’édifierait un inacceptable mécanisme d’oppression, par lequel les scientifiques pourraient se comporter comme « producteurs » qui veulent créer et toujours améliorer leurs « produits », avec des pratiques niant la dignité humaine que nous avons déjà expérimentées avec le nazisme.

L’union conjugale naturelle est le seul berceau digne pour la naissance d’un être humain et aussi la meilleure garantie pour la protection de l’équivalence de chaque enfant. D’ailleurs, les parents n’ont au sens strict aucun « droit » à des enfants, comme ils pourraient en avoir à des biens matériels. Mais les enfants ont le droit d’être conçus, reçus, portés, nés et élevés exclusivement dans une communauté d’amour fixe et conjugale d’une mère et d’un père. Pour la préparation de cette instruction, une commission fut instituée avec un certain nombre d’experts. Détail piquant : certains théologiens flamands furent indignés parce qu’ils n’y étaient pas, comme si on pouvait y agir en tant qu’expert quand on ne saisit pas ou qu’on n’accepte pas les points de vue élémentaires de la morale catholique.

En accord avec cette instruction, Jean Paul II rédigea en 1995 son importante encyclique au sujet de la valeur et de l’inviolabilité de la vie humaine (Evangelium vitae). Il commence par un cri d’alarme au monde : « Écoute, le sang de ton frère crie de la terre vers Moi… » Il décrit la profonde crise culturelle, les agressions tragiques contre la vie, les guerres et les exterminations de vies humaines innocentes tout au long du 20ème siècle. Il lance un appel prophétique, comparable à celui de Léon XIII lors de la terrible oppression des travailleurs au siècle précédent. Celui-ci appela alors vigoureusement à la justice dans son encyclique Rerum Novarum (1891), ce qui fut le début d’un changement radical. Aujourd’hui, il est nécessaire, de la même manière, que tous les hommes de bonne volonté se lèvent pour protéger tous ceux qui sont sans défense, et en premier lieu les enfants à naître. Jean Paul II savait par expérience combien meurtrière peut être une dictature et il se demanda quelle valeur la vie sociale peut encore avoir tant que perdure l’horreur des avortements de masse légaux. Quand ceux qui méritent la plus haute protection peuvent arbitrairement être tués, alors il n’existe plus de raisons de dire qu’un citoyen ne puisse pas tuer un autre citoyen innocent. L’encyclique se termine avec un appel pour « une nouvelle culture de la vie humaine ».

Aussi fort que fut son combat contre toute atteinte à la vie humaine, aussi passionné résonne son hymne à la beauté de la vie. Ainsi rédigea-t-il encore avant son « Évangile de la vie » susmentionné, une chaleureuse « Lettre aux familles » (1994) où il veut encourager les époux de manière exceptionnelle, et bénir et embrasser leurs enfants. Les Nations Unies avaient proclamé 1994 comme Année de la Famille, et le pape s’est empressé de saisir cette occasion pour saluer les familles avec une chaleureuse affection et d’appeler à une civilisation de l’amour.

(1) Écrit par Karol Wojtyła avant qu’il ne devienne pape, avec une préface remarquable de son ami Henri de Lubac.  L’œuvre a été publiée en polonais en 1960.  

Version française : Amour et responsabilité : étude de moral sexuelle. Éditeur orig.: Éditions du Dialogue (1978). Nouvelle édition : e.a. Parole et silence (2014).

Version anglaise : Love and Responsibility. Éditeur orig.:  Farrar, Straus et Giroux, Inc., New York (1981). Nouvelle édition : William Collins Sons & Co. Ltd, London and Farrar, Straus and Giroux, Inc., New York City (2013).

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