Jean-Paul II le Grand

CHAPITRE 7

La vie et la doctrine de Jean Paul II peuvent d’une certaine façon être résumées par ce qu’il a voulu dire dans deux de ses exhortations les plus fameuses : « Non abbiate paura… » et « Aperite portas… », « N’ayez pas peur… » et « Ouvrez la porte au Sauveur ». Laissez entrer Jésus Christ dans votre cœur, Il n’empêche rien de ce qui a de la valeur dans votre vie, mais permet précisément de le réaliser. Il donne la joie et la paix profondes … Un certain nombre de facettes de ce grand pape, non encore mentionnées, méritent à présent notre attention.

Des reproches bien trop gratuits voulaient le dépeindre comme un prélat froid et misogyne, alors qu’en réalité c’était tout le contraire. La culture occidentale tend vers un nivellement forcé entre hommes et femmes : les femmes doivent faire tout ce que font les hommes et inversement. Des conférences de l’ONU veulent élever l’arbitraire au-dessus de la réalité de la nature humaine. Par des votes, on veut supprimer la distinction entre l’identité de l’homme et celle de la femme, avec des conséquences négatives extrêmes pour le mariage et la société. De là, invariablement, l’opposition radicale et justifiée de la délégation vaticane. Après les dictatures du fascisme, du communisme et du nazisme, voici que menace aujourd’hui une dictature de l’ONU, qui sur base d’un « consensus » renverse les valeurs les plus fondamentales de l’humanité.

Contre cela, Jean Paul II a toujours réagi fermement. Il considérait la vie comme un don précieux de Dieu accordé à la Création, et les deux sexes comme la plus ingénieuse trouvaille du Créateur, ainsi que la révélation judéo-chrétienne nous l’enseigne. Grâce à cette différenciation des deux sexes, la création peut se développer durablement. À l’homme, Dieu a accordé le don de devenir un vrai cocréateur. La richesse de la différenciation des sexes, le pape le développe entre autres dans sa lettre apostolique sur la dignité et la vocation de la femme (Mulieris dignitatem, 1988). C’est un appel à redécouvrir l’identité des femmes. Il parle du « génie » féminin par lequel il signifie la manière propre aux femmes de mettre en pratique l’amour charité et de chérir la vie.

Ici se situe aussi son opposition à l’ordination des femmes (lettre apostolique Ordinatio sacerdotalis, 1994). Les médias ont volontiers présenté cette lettre comme une manifestation de puissance. Le raisonnement de Jean Paul II est toutefois exactement l’inverse. Il y confesse en effet ouvertement son impuissance. Personne, même pas le pape, n’a l’autorisation de changer arbitrairement l’institution divine de la prêtrise, une tradition ininterrompue de presque deux millénaires, pour des raisons d’envie de nivellement soudain par une culture pervertie. Pour le pape, le progrès de la civilisation ne réside pas dans le nivellement mais dans la promotion de l’identité de l’homme et de la femme, sur base de leur égale dignité. De cette façon, il vise un renouvellement original. Et nous pouvons sans problème admettre que beaucoup peut et doit encore être fait afin d’apprécier complètement l’apport des femmes dans l’Église. Mais soyons clairs : cela concerne bien sûr des responsabilités importantes et spécifiques, et non pas la récupération des tâches propres à la prêtrise.

Même le rythme de la vie est menacé aujourd’hui par un désir de nivellement. C’est pourquoi Jean Paul II souligna l’importance théologique et sociale du Jour du Seigneur. Il existe le besoin d’un rythme chrétien, comme aussi la nature est portée par le changement des saisons, par le jour et la nuit, par le travail et le repos, par l’effort corporel et intellectuel. À ce sujet, il rédigea sa lettre apostolique Dies Domini  (1998). Dans ce document est expliquée toute la tradition biblique et chrétienne du jour de repos, sous cinq appellations très clairs : le jour du Seigneur (en action de grâce pour la création et le salut), le jour du Christ (qui apporta l’accomplissement dans la nouvelle création, la résurrection), le jour de l’Église (la communauté des croyants autour de l’eucharistie dominicale), le jour de l’homme (pour nourrir le développement de toutes ses facettes, également les spirituelles), le jour des jours (la célébration de ce jour apporte de la couleur, de la profondeur et de la joie à toute la semaine). C’est notre tâche de nous efforcer de conserver ou rétablir cette précieuse trame de la vie chrétienne et humaine.

Jean Paul II a également donné un témoignage particulièrement fort dans son encyclique sur la splendeur de la vérité, en parlant de quelques questions fondamentales de la doctrine morale de l’Église (Veritatis splendor, 1993). Le premier chapitre livre une sorte de morale générale, au départ de Mt. 9, 16 « Maître, que dois-je faire de bien pour avoir la vie éternelle ? » Dans le deuxième et plus important chapitre, le pape souffle sur quelques constructions artificielles de théologiens modernes, comme on souffle sur un château de cartes. Le troisième chapitre parle de la signification de la Croix du Christ, et le mystère du martyre. En effet, le Christ a placé la barre très haut. Aucun homme, même pas le pape, n’a le droit de fabriquer une « morale humainement praticable » en plaçant la barre si basse que chacun pourrait facilement sauter au-dessus. Celui qui, malgré de bonnes intentions, passe en dessous, peut compter sur la miséricorde de Dieu qui en Jésus est venu à nous, pour sauver et non pour condamner. En plus nous pouvons compter sur la force de l’Esprit de Dieu, qui nous met en mesure de réaliser ce qui excède nos tentatives humaines. Il en ressort que la morale chrétienne est indissociable de la foi, de la spiritualité et de la mystique.

La deuxième et plus importante partie de cette splendide encyclique, peut seulement être comprise en fonction des développements de l’époque. Les théologiens faisant autorité dans nos universités catholiques avaient commencé à développer un ingénieux jeu conceptuel dans le domaine de la morale fondamentale. Nous vous faisons grâce de plus de détails. Le véritable but sous-jacent était de montrer que la contraception artificielle, « en soi », ne pouvait pas être considérée comme mauvaise, ainsi que l’enseigne Paul VI dans « Humanae vitae (1968) ». Ils ont joué un haut jeu intellectuel autour de la liberté et de la conscience humaine, mais sans profondeur spirituelle. Leurs raisonnements étaient surtout caractérisés par le subjectivisme et le relativisme. Ils pensaient eux-mêmes réaliser une percée dans le « personnalisme », vis-à-vis de la – prétendument dépassée – vision « naturaliste » de l’Église officielle. Ceci est cependant une interversion de la vérité. Les théologiens qui détachent des importants aspects de la totalité de la personne humaine, restent bloqués dans une vision naturaliste étroite. Jean Paul II, en revanche, a toujours plaidé pour une vision globale de la personne, dans laquelle tous ses aspects, corporels comme spirituels, forment une unité.

Une saine morale fondamentale a toujours enseigné que la valeur d’une action dépend de l’objet (la « matière première » de l’action humaine), de l’intention (qui est essentielle, bien que la fin ne justifie pas encore les moyens) et les circonstances (les conséquences, qui cependant restent secondaires). Quand vous franchissez un feu rouge avec les meilleures intentions, et que vous provoquez involontairement un accident mortel, vous n’avez effectivement pas commis de meurtre, car un meurtre signifie que vous enlevez consciemment et volontairement la vie à quelqu’un. Néanmoins, la victime est bien morte et votre acte reste bien un mal « en soi », bien que vous eussiez les meilleures intentions. Par une acrobatie intellectuelle, les théologiens mentionnés ont voulu attirer toute l’attention sur la grande valeur de l’intention uniquement. Pourtant, l’intention ne peut être séparée de l’acte lui-même et des circonstances. Et c’est ce qu’ont trop fait nos théologiens (et ils le font encore et toujours). Ils ont ainsi fabriqué un livre de morale plein de brillantes notes de bas de page, mais sans un texte clair. Une analyse détaillée nous mènerait trop loin dans ce cadre-ci.

Depuis plusieurs décennies, il a été chanté publiquement et sur tous les tons que « l’Église actuelle » était rigide et que sa morale stricte était inacceptable pour notre époque. Pensons à la vaste collection de critiques qui se sont abattues immédiatement sur Benoît XVI quand il est devenu pape. Naturellement, il est nécessaire que l’Église apprenne toujours mieux à dire et à vivre la miséricorde de Dieu. Cependant nous devons à un moment avoir le courage de mettre honnêtement la réalité devant les yeux. La morale « catholique » en cours dans l’hémisphère nord diffère radicalement, sur des points essentiels, de ce que Jean Paul II (avec ses prédécesseurs et son successeur) a toujours rappelé.

Le journalisme put traduire cela de manière subtile : « Notre jeunesse n’aime pas ce pape ». Pour y répondre, il suffit d’évoquer la jeunesse qui se réunissait par millions autour de ce pape (comme p.ex. à Manille). Le sens de cette critique était évidemment que ce pape se rangeait derrière une vision de la foi et une morale qui ne sont plus de notre temps. Les deux visions sont inconciliables et l’un ou l’autre doit donc être une erreur qui divise. Les marins d’un navire, qui se casse en morceaux sur les rochers, ne doivent pas attribuer la faute au phare, qui indique dans la tempête la bonne direction. Eh bien, Jean Paul II était et reste pour notre temps comme un phare fiable.

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