Jean-Paul II le Grand

CHAPITRE 8

Nous ne pouvons clôturer nos réflexions sur la vie, la doctrine et la personnalité de Jean-Paul II, sans mentionner quelques aspects qui n’ont pas ou n’ont pas été suffisamment discutés. À savoir son encyclique sur la foi et la raison, son engagement pour la liberté religieuse et son zèle pour la restauration de bonnes relations avec le peuple juif.

Jean-Paul II a lutté contre l’oppression de certaines valeurs fondamentales. A propos de la « crise de la vérité », il a rédigé, comme nous l’avons déjà dit, sa remarquable encyclique Veritatis splendor. Avec cela il a réagi contre les tentatives de théologiens de relativiser à la fois le bien et le mal, et de prétendre qu’on ne puisse faire de distinction nette entre le mal et le bien. Dans son encyclique Fides et ratio (1998), il veut explicitement confirmer que nous pouvons en effet connaître et confirmer la vérité. D’où la première phrase : « La foi et la raison sont comme les deux ailes avec lesquelles l’esprit humain s’élève pour considérer la vérité. » En effet la raison cherche naturellement le bon, le vrai et le beau. Ce faisant, il réagit contre la séparation radicale de la foi et la raison. D’emblée, il avertit que l’on ne peut, dans la recherche de la vérité absolue, exclure la pensée rationnelle. Après-tout la foi n’est pas seulement le domaine des émotions et symboles, mais aussi celui d’une justification raisonnable. Par ailleurs, la raison ne peut se limiter à des connaissances scientifiques positivistes et observables, mais doit aussi inclure la métaphysique.

Tout cela semble être une discussion théorique, mais elle a bien un impact sur la vie quotidienne, dans laquelle les attitudes matérialistes et même nihilistes obtiennent parfois une large place, précisément par manque d’une compréhension saine. Dans le chapitre VI, le Pape se consacre à la question de l’inculturation, à savoir la prédication de l’Évangile, tout en respectant la culture locale. Il donne trois critères : l’universalité de l’esprit humain qui est essentiellement le même partout, le respect des anciennes inculturations comme cela s’est produit dans le monde grec et latin, et enfin l’ouverture de la propre culture, qui ne peut se fermer à d’autres bonnes influences de l’extérieur.

Un autre thème concerne le zèle de Jean-Paul II pour la liberté religieuse, qui n’est pas bien comprise par certains. Les ultra-traditionalistes le blâment d’avoir voulu mettre toutes les religions sur un pied d’égalité, ce qui n’était pas le cas. Au fait il a compris que le dialogue avec tous est un moyen nécessaire en vue de l’évangélisation. Il est évident que le dialogue interreligieux ne fut pas toujours pratiqué comme il se devrait. Il y eut progressivement une plus grande clarté dans cette pratique des relations interreligieuses. Il resta en tout cas clairement le défenseur de l’unicité de la foi chrétienne et de l’Église catholique. Autres libéraux cependant accusaient le pape de vouloir élever le catholicisme au rang d’une sorte de religion d’État. Or, il était suffisamment réaliste que pour reconnaître la réalité des sociétés matérialistes. Il ne voulait pas seulement demander la liberté de religion, aussi important cela soit-il. Son but était beaucoup plus profond. Il a compris que personne comme homme ne peut arriver à son plein développement, sans une relation personnelle avec Dieu.

Cette dimension spirituelle profonde, il la considère comme étant un élément fondamental de chaque personne, qu’elle en soit consciente ou pas. Chaque être humain n’est pas seulement corps et âme (psyché), mais aussi esprit. Chaque personne porte en elle la potentialité de la relation avec Dieu. Pour que cette relation puisse s’exercer pleinement et volontairement, il demande la nécessaire liberté. Et le fondement de cette liberté religieuse est tout simplement la dignité totale de l’homme. Un homme est reconnu seulement dans sa dignité, lorsque sa dimension spirituelle est acceptée. La liberté religieuse n’est donc pas l’égalisation de toutes les religions païennes avec la vérité de la foi chrétienne, mais la protection nécessaire de la dignité et la liberté, avec lesquelles Dieu a créé chaque être humain.

Avec ceci, nous touchons à la difficile question de la liberté de conscience, qui a été élaborée dans le document conciliaire sur la dignité de l’homme (Dignitatis humanae). Un homme a le devoir et le droit de suivre sa conscience avec sincérité. Mais il doit continuer à chercher la vérité et accepter que la vérité ne soit pas inventée par lui-même. Personne ne devrait être forcé d’accepter la foi chrétienne. Dieu nous a donné l’intelligence et la volonté pour nous permettre de chercher la vérité de la foi chrétienne et de l’accepter ensuite librement. Dieu ne force pas les gens à entrer dans les cieux. Ceci serait indigne de Dieu comme de l’homme.

Enfin, Jean-Paul II s’est explicitement et à plusieurs reprises impliqué en vue d’une relation renouvelée avec le peuple juif. Pendant sa jeunesse en Pologne, il eut des relations étroites avec des amis juifs. En tant que pape, il a maintenu ces amitiés. Par le décret conciliaire Nostra Aetate, la fondation a été posée pour la nouvelle relation officielle entre l’Église et le peuple juif. A Caracas, il parla de la manière la plus forte de cette déclaration conciliaire: « Je tiens à confirmer avec la conviction la plus extrême que l’enseignement de l’Église au cours du Concile Vatican II, publié dans la déclaration Nostra Aetate, pour nous, pour l’Église catholique, l’épiscopat et le pape, doit être toujours enseigné et être suivi et accepté comme une nécessité, non seulement parce que c’est approprié, mais bien plus parce que c’est une expression de la foi, une inspiration de l’Esprit Saint et la parole de la Sagesse divine ». Un mois plus tard, il répéta encore une fois les mêmes mots.

Il est vrai que l’Église, depuis Paul, n’avait plus jamais parlé aussi positivement au sujet de l’élection du peuple juif, mais cette attitude chrétienne et catholique a été un aveuglement tragique de vingt siècles, qui maintenant, sous la direction de l’Esprit Saint, a été supprimé. Les précédents papes, Jean XXIII et Paul VI, étaient également conscients de cela. Nous ne pouvons pas accepter la révélation divine dans sa plénitude, lorsque nous ne reconnaissons pas la place particulière de l’élection unique du peuple juif. Le Concile, dans sa constitution dogmatique sur l’Église (Lumen Gentium), a posé d’une part que l’Église est sainte, mais d’autre part, qu’elle doit sans cesse se purifier. Jean-Paul II a bien compris que la reconnaissance explicite de l’élection continue du peuple juif, est pour notre temps une de ces nécessaires purifications. Une image claire de ceci est exprimée dans le Catéchisme universel de l’Église catholique (p. ex. dans le n° 528).

Jean-Paul II a personnellement et passionnément montré l’importance et la nécessité de cette nouvelle attitude. Le 11 juin 1999, à Varsovie, il a récité une prière pour le peuple juif, dans laquelle il mit tout son cœur. En mai 2000, il a rendu visite à Israël. Il tint un discours au Musée de l’Holocauste Jad VaSjem, où il parla de la nécessité du rappel silencieux de l’horreur de la destruction de tant de personnes innocentes, et de l’héritage commun inestimable, dérivé de l’autorévélation de Dieu. Il exprima aussi sa tristesse pour tout le mal que l’Église a commis contre les Juifs. Un aveu et une prière pour le pardon, il les écrivit sur un papier placé dans le Mur des lamentations, après en avoir déjà parlé publiquement à Rome, le 12 mars. En reconnaissance de l’élection continue et inachevée du peuple juif, et en reconnaissance de la culpabilité de gens de l’Église, il voulut même aller plus loin, mais son entourage ne le suivit pas. L’Église, aussi bien à sa tête que parmi ses membres, a besoin de temps pour reconnaître et accepter la nécessité de purification.

Enfin, nous voulons, comme promis, poser la question de la part d’ombre. Jean-Paul II a-t-il commis des erreurs ? Sans aucun doute, sinon il ne serait pas homme. Les reproches connus qui lui ont été faits, concernent la soi-disant non-reconnaissance de la théologie de la libération, son attitude soi-disant peu critique sur le dialogue interreligieux et en particulier envers l’islam, son attitude « conservatrice » sur la morale sexuelle et le sacerdoce pour les femmes, sa préférence, comme acteur né, pour les méga-événements et les shows … tout cela nous le laissons ici de côté. Nous croyons avoir suffisamment démontré, dans les parties précédentes, que sa vision et son engagement s’élevaient au-delà de la satisfaction de l’opinion publique. Il voulait rester fidèle à la doctrine pure de la foi chrétienne et aussi utiliser tous les moyens pour prêcher l’évangile. Que cela ait pu parfois être fait d’une manière différente ou mieux, est bien possible. Cependant, ce qu’il a fait et comme il l’a fait, reste intact comme un résultat brillant de ses efforts.

Ses éventuels défauts ne pèsent pas lourd au regard des mérites exceptionnels de ce pape. Sa vie fut un exemple de lutte héroïque pour la vérité, la liberté, la bonté et la beauté. Sa doctrine était un témoignage courageux de compréhension chrétienne authentique pour notre temps. Les fruits de sa vie offrent une contribution durable à la construction du Royaume de Dieu ici sur Terre, par l’Église de Jésus-Christ. Dans la solitude de sa jeunesse, il est resté fidèle à lui-même, par la foi en Christ et une dévotion filiale à Marie. Il a été un exemple comme prêtre et évêque dans des conditions de vie difficiles. Grace à sa foi, il a joué un rôle décisif dans la victoire sur le communisme. En tant qu’ami de Dieu, il a travaillé pour devenir un ami de tous les hommes et de tous les peuples. Il était grand jusque dans sa dernière agonie. A juste titre nous l’appelons Jean-Paul II le Grand.

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