La tyrannie de la miséricorde aveugle

03-08-2015

“L’homme n’est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête”.  Cette pensée célèbre d’un des plus géniaux scientifiques qu’il n’y ait jamais eu, Blaise Pascal, est toujours pleinement d’application. L’homme est toujours un être à deux faces, d’un côté très intelligent, mais d’un autre côté ayant à peine dépassé le stade animal, d’un côté assez altruiste, mais aussi s’occupant en grande partie de sa petite personne. Dans le domaine de la foi, nous voyons également des contradictions similaires continuellement à l’œuvre : beaucoup se déclarent être des « croyants catholiques » convaincus, alors qu’ils défendent de manière irréfléchie des hérésies ou se comportent d’une façon qui ne correspond pas à leur supposée piété.

Ces contrastes peuvent être considérés jusqu’à un certain point comme normaux, puisqu’ils font partie de l’imperfection inhérente à la nature humaine. On peut les compenser en grande partie en relativisant soi-même, par une saine autocritique, de bons conseils ou par le repentir. Cela devient plus grave si certains abusent de leur statut intellectuel ou de leur position dans la société pour présenter avec assurance des convictions comme des « vérités », qui vont à l’encontre de la doctrine à laquelle ils prétendent adhérer, ou qui ont pour but de défendre un mode de vie qui n’y est pas conforme. En ce qui concerne ce mode de vie, la communauté des fidèles catholiques a eu ces dernières années plus qu’assez d’exemples pénibles à digérer, depuis les plus basses jusqu’aux plus hautes instances religieuses. Il est important ici de se rendre compte que les erreurs doctrinales et les comportements incorrects s’influencent mutuellement en continu.

En ce qui concerne les erreurs doctrinales, nous avons également été plus que bien servis ces dernières décennies, même par des figures médiatiques dont on peut supposer qu’elles ont reçu une bonne éducation catholique. Ou bien cette dernière est déjà oubliée et un recyclage urgent s’impose, ou bien les auteurs concernés sont devenus, pour des raisons inconnues, les praticiens de l’art ignoble de synchroniser autant que possible la doctrine avec « l’opinion générale » fluctuante. Nous en avons encore reçu quelques exemples récemment, de la part d’un trio de nos spécialistes en communication catholiques de premier plan : Mark Van de Voorde, Luk Vanmaercke et Geert De Kerpel.

Mark Van de Voorde publie des articles d’opinion sur la foi de qualité variable sur le site de la VRT, Deredactie.be. Dans l’édition du 13-07-15, il donne sa vision de l’actualité religieuse sous le titre : “Als de paus van huis is, dansen de muizen…” (Quand le pape n’est pas là, les souris dansent…). Cette vision est gravement partiale et utilise une image caricaturale du pape actuel, qui – comme nous l’avons déjà dit précédemment – est une création des rêves modernistes. Il parle par exemple d’un « changement radical de direction » qui serait « irréversible ». Cette irréversibilité serait selon lui « ancrée » par le pape de différentes manières : la modification du droit canon, « l’actualisation » de la doctrine (dans ce contexte donc, « l’adaptation à notre temps »), la création de nouvelles structures et la nomination de nouveaux évêques.  

Ces possibilités appartiennent bien au pape et il n’y a rien d’anormal à cela, puisqu’elles ont également appartenu à la plus grande partie de tous les papes précédents. Elles n’ont cependant jamais mené à des changements doctrinaux fondamentaux, sans quoi l’Eglise aurait depuis longtemps été noyée dans un océan de contradictions. Un tel scénario ne se produira pas non plus avec le pape François. Ce qui est incongru et même dangereux dans cette argumentation est la supposition sous-jacente que la doctrine de l’Eglise pourrait être « actualisée » par un seul homme (le pape), pour la faire mieux correspondre aux nouvelles « idées » séculières.  Cette pensée est-elle inspirée par un désir inconscient de sensation, ou par une sorte de prosélytisme moderniste ? Elle n’est en tout cas pas réaliste. Le seul résultat concret d’une telle intervention papale qui aurait l’effet d’un tremblement de terre serait en effet un schisme religieux formel et ce n’est probablement pas la « nouvelle image de l’Eglise » dont Mark et son entourage progressiste rêvent.  Ce n’est en tout cas pas le rêve du pape François.

En outre, Mark donne une image tout sauf belle de ce qui se passe à l’intérieur de l’Eglise.  Là, il a partiellement raison, mais il inverse les rôles. Au lieu de mettre au pilori les manipulations intolérables des « progressistes » pendant le dernier synode sur la famille, il accuse les « traditionalistes » d’avoir saboté le pape en dévoilant son encyclique Laudato Si prématurément sur le site de L’espresso. Il est loin d’être clair comment est-ce que de ce fait « l’opposition politique et économique (au pape) » a été « réveillée », comme il l’affirme à plutôt bon marché.  On n’en remarque en tout cas pas grand-chose. Il y a toujours d’un côté le camp du cardinal Walter Kasper (qui selon lui est « la main droite du pape ») et d’un autre côté, le beaucoup plus grand (à notre avis) camp des évêques qui rejettent ses positions populistes. Cette polarisation existe déjà depuis longtemps. Le seul résultat éventuel de telles vaines imputations est que tout qui n’est pas d’accord avec les réflexions de Mark est placé dans le coin suspect des « confusions d’intérêts économiques ». Il n’y a rien ou si peu dans son article qui en justifie le titre, mais dans son paragraphe final, le pape est dépeint comme jouant le cavalier seul qui donnera bientôt une leçon aux « souris qui dansent derrière son dos ». Pas réellement une analyse de l’Eglise édifiante, instructive, unificatrice ou exaltante donc.

Le deuxième article que nous voulons brièvement discuter ici a été écrit par Luk Vanmaercke, tout comme Mark Van de Voorde, éduqué et façonné dans le camp politique « Chrétien-démocrate ». Prenant la succession de Bert Claerhout, il est devenu depuis le 1er mai le nouveau rédacteur en chef de Kerk & Leven.  Nous avons déjà publié une réaction circonstanciée à son Standpunt (Editorial) dans K&L du 17-06-15 sur le « mariage » homosexuel, dans notre rubrique “Témoignages ». Aussi Mgr. Léonard s’est vu obligé de prendre clairement ses distances par rapport à cet article. Sous le titre “Levensstaten hebben niet dezelfde waarde” (Tous les états de vie n’ont pas la même valeur) dans le numéro du 22-07-15, il a dénoncé quelques sérieuses idées fausses.  

La première idée fausse est que l’égalité entre les hommes signifie que tous les comportements et tous les états de vie auraient la même valeur. Avec sa deuxième idée fausse, Luk Vanmaerke part du principe que l’extension légale du mariage aux autres unions que celle entre un homme et une femme serait positive pour l’appréciation du mariage dans notre société. Mgr. Léonard écrit à ce sujet : “… c’est uniquement par abus de langage que certains législateurs donnent le nom de « mariage » à ces partenariats (les unions homosexuelles donc)”. Il remarque aussi qu’il est “beaucoup trop vague de voir l’essentiel du mariage comme étant deux personnes qui se choisissent à long terme. Une telle définition peut en effet s’appliquer à diverses formes de partenariat, de vie commune ou de soutien mutuel”.

Mgr. Léonard rappelle que la doctrine catholique sur le mariage se trouve dans le Catéchisme de l’Eglise Catholique. Il se réfère en particulier aux articles 1601 à 1666 sur le mariage, 2197 à 2257 sur le quatrième commandement et 2331 à 2400 sur le sixième commandement (*). L’archevêque actuel termine sa réaction avec une remarque très pertinente : “L’idée d’une régionalisation (ecclésiale) de ces thèmes (« mariage » homosexuel et similaires) au profit du continent européen me semble être une forme extrême d’eurocentrisme. Toutes ces questions sont liées à la condition même de l’homme, indépendamment du continent où il vit”.

Dans l’hebdomadaire chrétien d’opinion Tertio du 01-07-15le rédacteur en chef Geert De Kerpel n’est pas non plus resté en arrière. Sous le titre Ware Liefde (Amour vrai), il a publié un Standpunt (Editorial) qui sape – de façon apparemment involontaire – la doctrine de l’Eglise en matière de mariage et de mœurs. L’auteur y utilise des termes tels que “l’amour consacré entre personnes de même sexe” et “leur relation vécue fidèlement”, comme s’il s’agissait de certitudes avérées vérifiables chez les couples homosexuels qui, pour ainsi dire, obligent l’Eglise à une “attitude positive par rapport au prochain homosexuel”. Forcément nous ne pouvons pas discriminer notre prochain, mais cela ne signifie pas que nous ne pouvons pas formuler de réflexions sur la « nature de leur orientation » ; ou que nous ne pourrions pas considérer cette orientation comme « désordonnée », tel que ce fut le cas au moins depuis le temps des patriarches de la Bible, surtout dans les religions monothéistes, mais également en dehors de celles-ci. Dans certains cas, le résultat de ce « désordre » fut que les homosexuels ont reçu un statut religieux privilégié. En outre, ils sont également bien représentés dans les cercles élitistes sociaux dans notre mélange culturel contemporain, où l’athéisme et le relativisme religieux tiennent le haut du pavé.

D’un point de vue biblique, l’homosexualité est un des nombreux « désordres » auxquels tous les hommes sont sujets dans une mesure plus ou moins grande. Il n’y a jamais en conséquence de ce point de vue, été question de « discrimination » par l’Église, ni par le passé ni maintenant, comme l’affirme Geert plutôt sans nuances. Un désordre dans le sens chrétien est une situation qui est contraire à la volonté du Créateur en ce qui concerne la vie et le vrai bonheur des gens.  Pour un Chrétien, il est toujours la conséquence d’actions erronées ou de péchés, qui peuvent être aussi bien récentes que datant de temps ancestraux. La science n’a encore toujours trouvé aucune explication concluante pour l’existence de nombreuses formes d’homosexualité. D’un point de vue chrétien, nous savons que ces causes ont toujours en premier lieu une dimension spirituelle et qu’on ne peut donc, avec le respect nécessaire pour le caractère propre de chacun, combattre efficacement les désordres en résultant qu’avec des moyens spirituels tels que prières, offrandes et bonnes actions.  

Dans les discussions relatives au « mariage » homosexuel, on part particulièrement beaucoup de concepts très théoriques et chargés émotionnellement, tels que le « vrai amour ». On néglige autant que possible les faits courants bien documentés, tels que l’abus d’enfants ou d’adolescents comme cause possible d’une certaine « orientation » sexuelle, ou les fondements psychologiques très divergents de l’homosexualité, ou le niveau élevé de promiscuité dans les milieux homosexuels, etc. Est-ce que tous ces faits confirmables scientifiquement doivent être passés sous silence au nom d’une non-discrimination comprise de travers ? Est-ce que c’est réellement dans l’intérêt de notre « prochain homosexuel » ?

Les leitmotivs beaucoup utilisés dans ce genre de discussion sont ceux de « miséricorde » et « d’humanité ». Ce sont sans aucun doute de très belles vertus.  Mais une vertu qui en refoule d’autres telles que celles de « prudence », « objectivité », « justice », « conscience religieuse », « obéissance à Dieu », « humilité », « chasteté », s’altère bien vite en un vice tyrannique aveugle, qui n’améliore aucun de nos semblables. Un Chrétien conscient ne se laisse pas mettre des œillères par le discours de divers groupes de pression idéologiques ou pseudoscientifiques de tout poil, mais recherche les vérités pertinentes fondamentales sur le psyché et le comportement des hommes en premier lieu dans la parole de Dieu.  

(*) Nos lecteurs qui ne disposent pas du Catéchisme peuvent le télécharger sur: http://www.fichier-pdf.fr/2012/05/25/catechisme-de-l-eglise-catholique-1992

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