Le Ciel

12-01-2013

Il y a quelque temps, j’ai pu lire le rapport d’une conférence pour retraités, donnée par le chrétien de base réformateur Paul De Witte. Il gère un site Internet appelé Jebron, où l’on peut faire connaissance avec ses idées progressistes sur l’Église et sa sympathie pour Huub Oosterhuys et d’autres néo-protestants néo-catholiques. Dans son discours, il suggéra que des termes tels que “Ciel” et “âme” était ringards et qu’il vaudrait peut-être mieux les laisser de côté. Puisqu’il s’agit de concepts qui sont difficiles à décrire concrètement. Mais n’est-ce pas le cas avec de nombreux termes que nous utilisons dans un contexte religieux ? Si nous devions tous les laisser tomber, alors il ne resterait que malheureusement très peu de notre vocabulaire chrétien. Le fait que le sens des concepts surnaturels ne soit pas toujours facile à formuler, devrait plutôt nous inciter à davantage y réfléchir, plutôt que de les ranger au placard avec tout ce qui ne colle pas avec un processus moderniste soi-disant scientifique.

Par la parole et par l’exemple, le Christ nous a enseigné comment nous pouvons collaborer au Royaume temporel de Dieu sur Terre, avec comme récompense ultime notre inclusion dans le Royaume éternel des Cieux. Le Ciel n’est certainement pas un dérivé abstrait de la pensée chrétienne, qui aurait fait son temps, mais il en appartient à l’essence même. La même chose peut être dite de l’âme. Les descriptions ne pourront vraisemblablement jamais rendre la plénitude de ces concepts, mais elles peuvent se compléter et s’améliorer mutuellement. Du Ciel nous pourrions par exemple dire ceci : « Ce n’est pas un endroit dans le sens terrestre de ce terme, mais plutôt un état spirituel de béatitude suprême en raison de l’union intime avec notre Créateur, en commun avec d’autres qui ont mérité cet état ». De l’âme : « Elle est l’essence spirituelle de notre humanité, ce que Dieu a spécifiquement et individuellement donné à chaque homme lors de sa conception dans le sein de sa mère, et qui nous permet peu à peu de Le découvrir, de croire en Lui et d’entrer en contact avec Lui par des paroles et des actes, sur une base volontaire ». Il est bon que ces formulations soient enrichies, affinées ou corrigées si nécessaire, par d’autres descriptions ou considérations, sans que cela ne conduise à de stériles discussions théologiques.

Dans de nombreux sermons, il est suggéré que le Ciel commence déjà sur Terre, sans que soit très clair ce que l’on entend par là. Le Ciel ne commence pas ici – il est difficile en tout cas de le remarquer – mais c’est ici qu’il faut le gagner. Il arrive parfois que nous apercevions quelque chose qui puisse ressembler au Ciel, dans des situations qui correspondent à la volonté de Dieu. Ainsi m’a échappée une fois, au cours d’une fête d’adieu où j’avais reçu beaucoup de chaleureuses marques d’amitié, la remarque spontanée : « C’est le paradis de pouvoir expérimenter tant d’amitié ». Les communautés chrétiennes devraient être de tels endroits, des écoles de formation pour l’unité parfaite et l’amour mutuel, des filiales du Royaume de Dieu sur Terre.

À partir de notre foi, nous considérons notre Église catholique comme la communauté chrétienne par excellence qui donne corps au Royaume de Dieu dans le monde (bien que les autres Églises puissent aussi jouer un rôle important). Notre Église ne peut pas se réduire à une organisation de clercs qui fournissent des services liturgiques et sacramentaux, et ce n’est pas une entreprise “rent a priest” à grand échelle. Les clercs nommés par l’Église (prêtres, frères ou sœurs) ne sont pas principalement « des employés religieux », mais des guides, hommes ou femmes, pour le parcours sur Terre de leurs coreligionnaires vers le bonheur éternel. C’est en tout cas l’idéal à atteindre dans leur fonction.

Mais il est vrai qu’en général la plupart des paroissiens n’expérimentent l’influence de leurs guides spirituels qu’une seule fois par semaine. Dans la formation et l’éducation pour devenir disciples adultes du Christ, la famille joue en réalité le rôle le plus décisif. Il s’y passe en effet un processus éducatif continu, habituellement sept jours sur sept. Non seulement le clergé, mais aussi les parents croyants sont désignés sacramentellement pour éduquer leurs enfants à la religion. La préparation la plus importante pour une vie au service du Royaume de Dieu se fait donc dans la pratique religieuse surtout au sein de la famille. Soutenue par les sacrements et la direction spirituelle de notre Église, c’est là qu’est posée la base de nouveaux foyers de foi ardente et d’engagement religieux.

Quelle est la récompense céleste pour cet engagement dans la foi ? Dans le Nouveau Testament, nous en trouvons plusieurs représentations, qui nous montrent que le ciel défie toute imagination humaine. Il s’agit d’une inconcevable “autre réalité”, l’opus magnus de la puissance créatrice de Dieu, dans lequel les siens accèdent à la plénitude de leur « être », en commun avec une foule innombrable de toutes époques, de toutes conditions, de toutes races, qui en furent trouvés dignes. Ils seront passés par le creuset de la vie et purifiés par le sang de notre Sauveur versé pour eux. Même leur pauvre corps périssable sera sanctifié et spiritualisé, comme une approbation divine éternelle de son importance dans l’histoire de l’homme et du monde.

Pour beaucoup de gens d’aujourd’hui, rationnels, techniquement scolarisés ou ayant une formation scientifique, tout cela ressemble plutôt à un conte de fées. Cependant, ce soi-disant conte de fées s’applique à eux aussi. Le plus grand obstacle qui les en sépare, c’est l’abandon de la foi au Message de Dieu, incarné dans le Fils de l’Homme. Ils s’accrochent à ce qu’ils considèrent comme des « certitudes scientifiques » et se fabriquent un environnement moral dans lequel la volonté de leur Créateur ne joue aucun rôle. Au lieu d’un paradis sur Terre, ils finissent par créer un purgatoire ou un enfer, car seul là où la volonté de Dieu est accomplie, peut apparaître ce qui reflète par avance le Ciel.

Beaucoup de nos contemporains sont spirituellement complètement coupés de la joie intérieure et de l’espérance qui font partie d’une vie vraiment chrétienne. Ils s’abritent dans le château de cartes idéologique d’un bonheur terrestre réalisable et utilisent les capacités qu’ils ont reçues de Dieu pour réaliser leurs rêves de bonheur à courte vue, sans tenir compte de Lui. Lorsqu’ils sont confrontés à une réalité qui fait s’envoler en fumée leurs souhaits, il ne leur reste souvent rien de plus que mettre fin à une vie qu’ils éprouvent comme dénuée de sens. L’augmentation du nombre de suicides (éventuellement maquillés en euthanasie légale) au sein de la « société éclairée » dont se prévalent nos décideurs, est pour une grande part proportionnelle à l’augmentation de l’athéisme.

Est-ce que cette société éclairée apporte plus de bonheur à ses fils et ses filles ? L’illusion qu’il n’y ait qu’une seule et trop courte vie, et que nous soyons donc tenus de jouir de la vie autant que possible, conduit surtout à l’individualisme, à jouer des coudes et à beaucoup de frustrations. La poursuite du paradis terrestre se révèle, dans de nombreux cas, une source de misère, surtout pour ceux qui passent par dessus bord et qui ne peuvent concrétiser leurs idéaux matérialistes. Mais même pour ceux qui se considèrent comme ayant « réussi », la richesse accumulée ne donne aucune garantie pour plus de bonheur. Atteindre et maintenir un bien être matériel apporte son lot de maux de tête, amène à l’usage de moyens illicites et excite dangereusement la jalousie des autres. Le résultat vérifiable est que les gens appartenant à des populations plus défavorisées (les plus pauvres ici laissés pour compte) affichent généralement plus de bonheur de vivre que les riches.

Le véritable paradis terrestre, après la chute de nos premiers parents, n’a pas entièrement disparu. Il subsiste paisiblement dans le cœur des purs en esprit, ceux qui, consciemment ou non, continuent à chercher Dieu. Ensemble, ils forment le terreau fertile sur lequel le royaume terrestre de Dieu peut s’établir, lequel en premier lieu, de même que le royaume des cieux définitif, est de nature spirituelle. Le royaume de Dieu germe, grandit et s’épanouit dans les âmes des hommes de bonne volonté. Il les encourage à des actes de bonté et d’humanité, à la découverte, à la compréhension et au respect de la parole de Dieu, et au renoncement de leurs tendances mauvaise, innées ou acquises.

Ceux qui appartiennent au royaume de Dieu reçoivent des dons qui peuvent mener à diverses formes de bonheur intérieur. Cela ne veut pas dire qu’ils vont mener une vie pleine de roses. Beaucoup ont payé leur courage chrétien de bien des douleurs et même de la mort. D’autres ont courageusement supporté la souffrance que la vie leur a apporté. D’autres encore se sont soumis volontairement à de grandes mortifications. Ils furent réconfortés par les Béatitudes du Christ : “Heureux ceux qui pleurent, ceux qui apportent la paix et la justice, ceux qui sont persécutés à cause de moi … Réjouissez-vous et soyez heureux, car votre récompense est grande dans les Cieux.” Ici-bas, les chrétiens fidèles mènent un combat indécis et parfois dur, mais ils vivent dans la certitude que leurs fardeaux sont passagers, tandis que les paroles de Jésus ne passeront point, et la récompense éternelle les attend.

Avant d’être lapidé, Étienne, le premier martyr chrétien, cria : « Je vois les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu ». Si grande était sa foi qu’il put, même avant sa mort, avoir une vision de la gloire indescriptible dans laquelle il fut accueilli un peu plus tard, après avoir demandé à Dieu de pardonner à ses bourreaux. Gardons à l’esprit ce magnifique exemple, lorsque le doute ou le découragement nous assaille. Réjouissons-nous de temps en temps pour ce bonheur éternel que Dieu nous a réservé et louons-Le avec gratitude pour cela.

IVH

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