Le sacrement de mariage

Série de PASTORALIA, la revue de l’archidiocèse de Malines-Bruxelles, année 2011, reprise avec la permission de l’auteur, Mgr Léonard.

PARTIE I

Notre corps de gloire : Grandeur et misère du corps

Un esprit incarné

Certains tempéraments sont surtout sensibles à la beauté du corps humain. D’autres à sa fragilité. Il est plus normal d’être d’abord impressionné par sa grandeur. Prodigieuse complexité de notre corps et de son fonctionnement ! Miracle permanent d’un esprit incarné ! Car je suis dans mes yeux, dans ma voix, dans mes mains. Sans me réduire à lui, je suis en quelque sorte mon corps. Nous ne disons pas : « Mon corps a chaud », mais : « J’ai chaud ». Par mon corps, ce qu’il y a de plus spirituel en moi s’est introduit au cœur de la matière et agit de l’intérieur sur le monde. Le corps, ce cheval de Troie de l’esprit au beau milieu de l’univers physique…

Instrument d’action sur le monde, notre corps est surtout lieu de communication avec autrui. Hochement de la tête ou froncement des sourcils, sourire encourageant ou clin d’œil complice, solide poignée de main ou caresse prolongée : le corps parle. Par la voix, bien sûr, dans le langage articulé. Mais aussi par tout lui-même. Il y a un langage du corps.

Le langage du sexe

Dans ce langage du corps, le sexe a sa place, relative certes, mais parfois décisive. En eux-mêmes, de par leur structure et leur fonctionnement, les organes sexuels masculins et féminins sont une promesse de communication et un gage de fécondité. Ils permettent d’entrevoir l’étreinte possible des corps et des cœurs. Ils contiennent en germe la vie qui peut en naître. Les deux aspects sont d’ailleurs étroitement imbriqués l’un dans l’autre : la sexualité comme lieu de communication physique et spirituelle et la sexualité comme puissance génitale de reproduction.

Les organes sexuels humains, à la différence de ce qui se passe dans le monde animal, sont ainsi disposés qu’ils permettent l’union charnelle face à face, visage contre visage. Ils se prêtent d’eux-mêmes au langage intersubjectif des personnes. Mais, en même temps, la sexualité humaine est objectivement orientée vers la reproduction. La production des spermatozoïdes, le cycle féminin et enfin la physiologie de l’accouplement, expriment l’ingéniosité obstinée de la nature à permettre la fécondation et à garantir la transmission de la vie. Ce langage objectif des corps et de leur rencontre fait indiscutablement partie de la sexualité humaine. La capacité d’engendrer comme celle de donner de la tendresse et du plaisir expriment la grandeur et la dignité du corps en tant que puissance de communication.

Pesanteur et opacité du corps

Mais le corps a aussi ses pesanteurs et ses misères. Pouvoir de communication, lieu d’échange, le corps est aussi facteur d’isolement et source d’opacité. Chacun est en un sens enfermé par son corps. Je suis moi. Et tu es toi. À la distance infranchissable de notre corps à chacun. Qu’est-ce qui se cache derrière ce visage ? Quel mensonge, peut-être, dans cette parole ou dans ce geste ? Même dans l’union sexuelle, les partenaires peuvent demeurer profondément étrangers l’un à l’autre.

Notre corps nous permet d’agir et de transformer le monde. Mais il nous expose aussi à la souffrance et à la maladie et nous entraîne inexorablement vers la mort. Un jour viendra où nos forces déclineront et où notre corps nous trahira. Le corps est action, mais il est aussi passivité et passion.

Anarchie de l’instinct sexuel

Et puis, comment ne pas être bouleversé par les maladies incurables, les graves handicaps, etc. Pauvres corps de misère… Même dans cette puissance d’amour, de plaisir et de vie qu’est la sexualité, il y a des aspects ténébreux qui évoquent la mort. Dans la pulsion sexuelle s’exprime une force qui, heureusement, dépasse la claire lucidité de la conscience. C’est ce qui permet à l’amour sexuel d’être étreinte vitale, extase des cœurs et des corps. Mais la poussée de l’instinct recèle aussi une impétuosité anarchique qui rappelle la sauvagerie animale et dissimule une menace de mort.

Entre la déchéance et la gloire : notre corps présent

Un chrétien ne saurait demeurer indifférent à cette ambiguïté du corps. Il sait en effet que le corps, tel qu’il l’expérimente, n’est pas dans sa vérité définitive. Nous ne sommes que l’ombre de ce que nous serons lors de la résurrection. Et, par ailleurs, nous appartenons, en tout ce que nous sommes, à un univers cassé, à une création « assujettie à la vanité », comme dit Paul (Rm 8, 20). Nous ne connaissons plus l’intégrité du monde originel et nous ne connaissons pas encore la splendeur du monde nouveau. Le corps et la différence sexuelle de l’homme et de la femme font certes partie du projet créateur de Dieu et sont appelés à demeurer pour toujours. Nous sommes des êtres de chair, des hommes et des femmes pour l’éternité.

Mais, dans la condition présente de notre corps et dans l’exercice présent de la sexualité, il se trouve des composantes qui sont liées au monde déchu où nous sommes pris. Elles disparaîtront au jour de la résurrection et peut-être étaient-elles absentes de l’existence humaine avant le péché. Parlant du monde nouveau de la résurrection, Jésus ne dit-il pas : « Ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection des morts ne prennent ni femme ni mari ; c’est qu’ils ne peuvent plus mourir, car ils sont pareils aux anges » (Lc 20, 35-36) ? Ce qui ne signifie pas que, dans la vie éternelle, nous n’aurons plus de corps et ne serons plus des hommes et des femmes, mais bien que, n’étant plus menacés par la mort, nous ne devrons plus conjurer celle-ci par la reproduction sexuelle. Bref, un disciple de Jésus sera particulièrement sensible au fait que, dans le monde présent, le corps et le sexe, tout en étant foncièrement bons, sont marqués par une certaine ambiguïté : Grandeur et misère du corps.

Et pourtant, c’est bien ce corps-là que, selon la foi chrétienne, Dieu destine à la gloire et auquel il donne, dès à présent, une incomparable dignité, jusque dans sa dimension sexuelle, à tel point que nous pouvons parler du christianisme comme d’une « religion du corps ».

Le christianisme : une religion du corps

L’exaltation chrétienne du corps

On accuse parfois l’Église de déprécier le corps et la sexualité. Bien sûr, des dérapages sont toujours possibles et il arrive que des esprits pessimistes ne retiennent de l’ambiguïté présente du corps et de la sexualité que ses traits négatifs. Mais, pour l’essentiel, l’Église de Jésus véhicule la conception la plus positive, dans toute l’histoire humaine, de la condition charnelle de l’homme.

Une personne divine a un corps et une femme est mère du Verbe incarné !

Comme chrétiens, nous affirmons que, en Jésus, Dieu a un corps, pour l’éternité. Car Jésus est le Fils de Dieu fait chair dans notre histoire. Le corps de Jésus est donc vraiment le corps de Dieu. Quelle audace explosive dans cette religion de l’incarnation qu’est la foi chrétienne : un corps humain, le corps de Jésus, est le corps de chair d’une Personne divine !

Le corps de Jésus est né d’une femme, la fiancée de Joseph. Certes, Marie est vierge, car, en tant que vrai homme, Jésus a besoin d’être enfanté par un corps féminin, mais, en tant que vrai Dieu, il ne peut avoir d’autre père que Dieu, qu’il appelle d’ailleurs « son Père » d’une manière unique. Mais il reste que l’Église vénère en Marie la mère de Jésus et donc – puisque Jésus est Dieu – la mère de Dieu. Il y a donc une femme de notre race qui, dans son corps réellement vierge et réellement maternel, a porté le corps de Dieu et a ainsi véritablement enfanté le Fils de Dieu fait chair.

Corps de Jésus qui guérit, corps humilié et glorifié

Parce que le corps de Jésus est le corps humain de Dieu, il est source de guérison et de gloire pour toute l’humanité. Les foules ne s’y trompaient pas, elles cherchaient à le toucher parce qu’une force sortait de lui qui les guérissait tous (cf. Lc 6, 1). N’est-ce pas non plus en son corps de chair outragé, flagellé, crucifié, transpercé, qu’il a porté nos péchés sur la croix, afin que, morts à nos péchés, nous vivions pour la sainteté, lui dont les meurtrissures nous ont guéris (cf. 1 P 2, 24) ? Et n’est-ce pas ce corps de Jésus, né de la Vierge Marie, torturé sur la croix, que le Père a ressuscité, révélant en lui la condition finale de l’homme, sa condition de gloire ? Audace de la religion chrétienne de l’Incarnation : dans son corps crucifié, Jésus, Fils de Dieu, a porté tout le poids de nos péchés et de notre mort, et, dans son corps glorifié, il en a triomphé et a inauguré la vie impérissable du monde nouveau !

Corps réellement présent dans l’Eucharistie

Ne croyons surtout pas que, depuis la Résurrection et l’Ascension, le corps de Jésus plane dans les cieux, devenu étranger à notre condition présente. Non ! Tout en appartenant à l’univers de la résurrection, le corps de Jésus nous demeure accessible dans l’Eucharistie que nous offre l’Église. Quand nous consommons l’hostie consacrée, nous mangeons le corps d’une personne divine, nous communions au corps de Celui qui a porté nos péchés sur la croix. Quand nous buvons le vin consacré, nous buvons le sang de Jésus qui a coulé de ses mains, de ses pieds et de son côté transpercé. Quand nous recevons l’Eucharistie, nous recevons le corps de gloire de notre Seigneur ressuscité. Et quand nous adorons le Saint-Sacrement, nous adorons le corps très saint du Premier-Né d’entre les morts, de Celui qui nous accueillera un jour dans ces cieux nouveaux et cette terre nouvelle qui ont commencé en lui le jour de Pâques.

La gloire de notre corps

Mais il y a plus encore. Depuis notre baptême, nous sommes incorporés à la vie de Jésus et promis à la même transfiguration. Dès maintenant, notre corps est un temple où habitent les trois Personnes divines.

Merveilleuse dignité de notre corps, même dans l’humilité et l’ambiguïté de sa condition actuelle ! Notre corps dont l’Esprit du Père et de Jésus fait sa demeure, notre corps nourri du Corps ressuscité du Seigneur, notre corps créé pour la gloire… Car nous sommes promis à la résurrection, à la suite de Jésus. Dieu n’a pas fait notre corps pour la poussière de la mort. Non, il a fait ton corps à toi, ton corps unique, pour la vie qui ne finit pas. Qui, en dehors de l’Église, tient un langage aussi audacieux sur l’infinie dignité et la destinée éternelle du corps humain ?

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