L’école de dialogue : enfant bâtard de la déesse de la raison et le démon du pseudo-catholicisme

L’enseignement catholique Belge

Un bon exemple des tensions et des conflits internes qui en sont la conséquence, s’est produit le 04-10-2012 à la KU Leuven, lorsque Fernando Pauwels, collaborateur scientifique à l’Institut de Recherche pour le Travail et la Vie sociale (HIVA) fut congédié. Il était entretemps depuis déjà de nombreuses années converti en évangéliste inspiré, alors qu’il n’y eut jamais aucun signe que cela ait influencé négativement son travail scientifique. Jusqu’à ce que, soudain, son directeur, Hans Bruyninckx, arriva à la conclusion que les conceptions qu’il prêchait (seulement sur son web site personnel) – étaient incompatibles avec une pensée scientifique et … « en plus, nous avons été alertés par un client externe” (sic). Cet évènement très pénible pour l’intéressé illustre bien le fondamentalisme rationaliste se contredisant lui-même dont souffre cette institution “catholique” et les crampes d’anxiété scientifique dans lesquelles elle se débat. On utilise là-bas au nom de la liberté de la recherche des normes qui sont complètement en contradiction avec la morale catholique. On y fait appel sans problèmes à des professeurs qui sont tout sauf catholiques et même au besoin carrément athéiste. Mais la pratique constante d’une croyance chrétienne est considérée comme préjudiciable à son prestige scientifique.

Les conséquences de ce dérangement idéologique interne ne touchent pas que des individus. Il est bien plus grave que le projet global pédagogique et religieux de l’enseignement catholique de notre pays soit dans les mains des universités louvanistes des deux côtés de la frontière linguistique. Une institution qui lutte avec sa propre identité et qui ne maintient qu’artificiellement son lien avec le catholicisme, est donc chargé de la responsabilité de donner une assise à l’identité des écoles du réseau d’enseignement catholique ! Le résultat est le monstre dont on fait la réclame aux parents et aux élèves via tous les canaux possibles, sous l’appellation « école du dialogue ». L’hebdomadaire Tertio y a consacré presque deux pages entières dans son numéro du 12-02-2014.

A la page 4, le professeur de religion Elisa Geyskens, collaboratrice scientifique à la faculté de théologie de Louvain, essaie de convaincre les professeurs de religion qu’ils « doivent réconcilier une identité chrétienne claire avec une solidarité avec les autres conceptions de vie ». Cela semble très beau, mais qu’est-ce que cela contient concrètement et quel en est le résultat pratique ? Les professeurs doivent “repousser toute tendance à la conversion” (ce qui est apparemment considérée comme une activité avec surtout des conséquences embarrassantes et négatives) et doivent avoir une “perspective préférentielle indiscutablement chrétienne” (donc pas de « foi », parce que cela est un choix de vie claire, mais une « perspective »).

Naturellement, c’est devenu moins facile pour un professeur de religion catholique dans le contexte scolaire pluraliste actuel, mais un des objectifs principaux d’une école catholique est logiquement de donner aux jeunes au moins la chance de devenir des adultes catholiques qui savent ce qu’ils croient et pourquoi. Si, pour diverses raisons, cela ne peut plus ou ne doit pas être fait, il existe deux possibilités d’une offre éducative équitable. Soit on supprime dans le nom et la présentation de l’école tout ce qui suggère un projet éducatif catholique, soit les parents et les élèves sont informés dans des accords clairs que l’objectif principal mentionné ci-dessus est expressément poursuivi. La pratique montre depuis longtemps que l’offre nébuleuse de fabrication louvaniste ne donne aux jeunes absolument aucun appui, et certainement aucune vision solide de foi catholique sur laquelle ils peuvent construire leur vie. On crée au mieux des opportunistes de foi et la garantie que nos églises continueront à se vider.

A la page 11, Bert Roebbe regarde l’enseignement catholique sous la loupe de l’espoir. Il est théologue et auteur de “Scholen voor het leven. Kleine didactiek van de hoop in zeven stappen” (En Français: “Ecoles de la vie. Petite didactique de l’espoir en 7 étapes”). Il y a selon lui un “besoin d’une communication de foi adulte entre Catholiques sur la vie en société et sur l’enseignement” et le patron nouvellement nommé du VSKO, Lieven Boeve, doit y travailler. L’objectif de cette « communication » est clair, parce que son contenu a déjà été fixé à Louvain et nous est systématiquement remâché. Celui qui n’est pas d’accord, n’y a encore manifestement rien compris. Il n’a pas la moindre idée de la « dimension communicative de l’école du dialogue » et de la « recontextualisation du projet de construction catholique ». L’auteur pose quand même la question « Travaillons-nous aussi bien que nous le pensons généralement ? » et schématise alors en grosses lignes la situation actuelle. Dans celle-ci un « modèle pré moderne de prédication de la foi sous les clochers, avec influence directe sur l’école, est dépassé ».

Son remède est “un ressourcement radical de l’aspect chrétien de l’enseignement catholique moderne contemporain”, allant de pair avec une “recontextualisation du récit chrétien” (mots de Lieven Boeve). Le professeur entre pour cela en discussion avec ses pupilles via une « herrschaftsfreie Kommunication », et cela ne peut certainement pas “déboucher sur des prises de position normatives”. A cet effet, il doit être disposé dans une large mesure, à avoir “un doute sain, une conscience du provisoire et un engagement partiel”. Il doit, ensemble avec des collègues intéressés à la spiritualité chercher “le sens plus profond du projet de formation catholique”. Bert Roebbe lui conseille de ne pas avoir peur, pas de défendre sa conviction catholique,mais biend’y perdre son identité et celui de son école” (sic). C’est que cette identité, il la retrouve « dans la rencontre avec les ‘fellows’ – avec les collègues et les amis, qui sont également en recherche du lien inspiré dans leur travail avec les enfants et les jeunes ». (Cela fait un peu penser au “Fellowship” (Cameraderie) dans la série cinématographique “Seigneur des Anneaux ». Quelles « quêtes” nous attendent encore de la part de ce coin “intellectuel catholique” ?).

Pour donner également un support religieux institutionnel à cette rhétorique louvaniste postmoderne, l’auteur revient enfin sur Vatican II, source inépuisable des interprétations et des visions de foi les plus divergentes.  Ici, ce théologien trouve la ligne dynamique forte de la « communication de foi adulte ». Ce qu’il veut dire précisément par là est seulement connu de celui qui maîtrise le jargon théologique louvaniste. Celui qui n’a pas besoin de « recontextualisations » et de « réinterprétations » religieuses continues, a raté pour de bon le bateau de la pensée postmoderne et n’est par conséquent pas suffisamment « adulte » pour pouvoir communiquer à ce sujet de façon valide. Il peut déjà s’estimer heureux qu’il puisse confier ses enfants à ceux qui ont vu la lumière à Louvain et qui sont parvenus là-bas à la véritable « maturité religieuse ».

Malheureusement, l’auteur ne se laisse pas du tout inspirer dans son interprétation de la “maturité catholique” par les documents d’Eglise dans lesquels il est clairement indiqué quelles sont les caractéristiques d’un enseignement religieux catholique adulte et efficace. Ces documents ne parlent pas du tout le même langage que celui de l’école du dialogue louvaniste. Nous citons ici notamment un extrait du document à ce sujet du 28-12-1997 de la Congrégation pour l’Education catholique :

« La complexité du monde contemporain nous convainc de la nécessité de redonner consistance à la conscience de l’identité de l’école catholique. C’est de l’identité catholique, en effet, qu’émergent les traits d’originalité de l’école qui se « structure » comme sujet ecclésial, comme lieu d’une authentique action pastorale spécifique. » Également dans d’autres documents à ce sujet, les plus hautes autorités catholiques se sont exprimées clairement en ce qui concerne la méthodique et les obligations de l’enseignement catholique (*). Ce qui est maintenant, au contraire, présenté au cours de religion suit le “modèle de dialogue”. Cela consiste pour un tiers en la connaissance des principales religions mondiales, un autre tiers est consacré aux “valeurs chrétiennes”, et, dans la dernière partie, le professeur “coache” ses élèves à se bâtir leur propre conviction (peu importe laquelle). Un modèle qui s’intègre parfaitement à une école publique semi-neutre.

Apparemment, les instructions ecclésiastiques précitées sont donc directement mises aux archives à Louvain (ou classées verticalement ?). Elles parlent pourtant aussi d’un « dialogue adulte », mais pas entre collègues ou fellows, mais un dialogue où on écoute également les questions des parents profondément catholiques, des ministres de l’Église qui osent prendre leurs responsabilités en union avec la direction de l’Eglise universelle et de tous ceux qui ne sont pas encore contaminés par les conceptions et les doutes de foi modernistes.

Conclusion

 L’enseignement catholique se trouve au carrefour où la collision entre le syncrétisme postmoderne et la foi catholique authentique est presqu’inévitable. Dans notre pays, la question est en grande partie tranchée. L’aliénation d’une grande partie de notre intelligentsia de leurs racines catholiques est généralisée et va très profondément, à la fois moralement et idéologiquement. Cela a conduit au syncrétisme de Louvain, dans lequel la déesse de la raison a une relation extraconjugale avec un démon pseudo-catholique. Elle a donné naissance à un enfant bâtard : l’école de dialogue. On y dialogue sur tout et sur rien, mais très peu sur des choses qui ont à voir avec les fondations substantielles de la foi catholique, ou les préceptes qui en découlent. Celles-ci perturbent la douce paix au sein de cette relation, où – quand on met les points sur les i – la déesse de la Raison (d’état) a le dernier mot.

C’est une conclusion peu optimiste, mais à la place de cacher la tête dans le sable, nous ferions mieux de faire face à la réalité de ce profond malaise. La plupart des écoles belges appartiennent au réseau d’enseignement catholique et peuvent ainsi profiter encore de sa bonne renommée. Nous parlons de « encore » parce que, avec l’affaiblissement ou la perte de leur identité religieuse, nous voyons aussi la qualité de l’éducation se détériorer. Cela se reflète le plus fortement dans les leçons de la religion. Des entrevues montrent que presque aucun jeune diplômé d’une école secondaire du réseau catholique ne peut répondre de manière satisfaisante aux questions de base sur la foi chrétienne.

La plupart des parents pratiquants le savent, mais apparemment se résignent, ce qui entraîne une adaptation rampante à la situation inadmissible décrite. Un épiscopat belge censé être le gardien de l’enseignement catholique, mais transigeant politiquement et doctrinalement entre ce qui est proclamé dans la Cité du Vatican et ce qui est proclamé à Louvain, donne peu d’espoir d’une amélioration rapide (**). Mais même en temps d’affaiblissement sévère de la foi, le Christ n’abandonne pas son Église. Ici et là, nous voyons émerger de nouvelles initiatives scolaires véritablement catholiques et aussi parmi les écoles établies de longue date, on peut probablement encore trouver des institutions avec un projet éducatif qui peut être appelé plus ou moins catholique. Dans d’autres articles, nous allons entrer dans plus de détails.

(*) Nous nous référons ici entre autres au document du concile Gravissimum Educationis du 25-10-1965, aux documents L’Ecole catholique du 19-03-1977, The religious dimension of education in a catholic school du 07-04-1988, L’ecole catholique au seuil du troisième millénaire du 28-12-1997, Catechesi Tradende du 16-10-1979 et enfin le Canon 793-821 du Droit cannonique.

(**) Cette politique de l’église de plus en plus « progressiste » a commencé sous le Card.  Leo Suenens.  Le Card. Godfried Danneels en est devenu la figure de proue. Pendant les 5 années que Mgr André-Jozef Léonard était l’archévêque, il y a eu un tournant temporaire vers plus d’orthodoxie catholique. Depuis 2015, le Card. Jozef De Kesel, ancien bras droit du Card.  Danneels, poursuit à nouveau sa transigeante politique de l’église.

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