Monde

Les religieuses de Tuam: réponse au journalisme d’égout anti-catholique

08-06-2014

Il y a une petite semaine, une nouvelle mondiale choquante s’est répandue comme une trainée de poudre. 800 cadavres d’enfants avaient été trouvés dans la fosse d’aisance d’un ancien home catholique irlandais, St Mary’s mother-and-baby home, où les sœurs de Bon Secours ont recueilli des femmes célibataires enceintes entre 1925 et 1961. Un message d’horreur sensationnel qui fut repris rapidement et avidement par tous les médias, en particulier les médias anticatholiques et ex-catholiques (e.a. De Standaard), sans aucune vérification préventive des sources, nuance ou interprétation objective. Au contraire – comme chacun qui dispose d’un browser sur son ordinateur peut le vérifier – on y a encore ajouté quelques couches pour amplifier le caractère cruel et même assassin de la psychopathologie religieuse dont souffraient les religieuses concernées, naturellement en conséquence de l’endoctrinement catholique.

Entretemps, la source unique de cette campagne internationale de ragots, l’historienne locale Catherine Corless, en a pris expressément ses distances, disant qu’on lui a attribué des paroles qu’elle n’a jamais prononcées. Qu’a-t-elle donc trouvé et quelle en est la portée historique ?

Il s’agit d’une période de 36 années, commençant entre les deux guerres et finissant 16 ans après la fin de la deuxième guerre mondiale. Seulement une infime partie de nos contemporains peut parler d’expérience quant aux conditions de vie et de la mentalité qui régnaient à cette époque, encore moins quand il s’agit de situations dans d’autres pays. Mais concentrons-nous d’abord sur les faits concrets révélés par l’enquête de Mme. Corless. Nous nous basons pour cela sur les rapports les plus détaillés et les plus pondérés à ce sujet, qu’on peut notamment consulter sur: http://www.irishtimes.com/news/social-affairs/tuam-mother-and-baby-home-the-trouble-with-the-septic-tank-story-1.1823393?page=3 .

Cela ne concerne certainement pas une « découverte récente », comme le suggèrent les nouvelles qui circulent. Madame Corless, elle-même originaire des environs de Tuam, a rassemblé en tant qu’historienne des données sur l’ancien home.  Dans sa propre jeunesse, elle a été dans la même classe que certains enfants qui y vivaient et elle admet qu’elle-même a aussi participé à l’attitude discriminante courante en ce temps-là à l’encontre de ces pauvres petits, qui étaient qualifiés de « bâtards ». (Rien de nouveau sous le soleil, quand on pense au harcèlement dans nos écoles actuelles…)

De son enquête, il apparait que 796 enfants du St Mary’s home sont décédés, mais qu’on n’avait pas trouvé leurs corps dans les cimetières officiels locaux. Elle a donc supposé qu’ils furent enterrés dans la cour derrière le home, comme cela se passait davantage dans les conditions de vie misérables de l’Irlande de cette époque. Les habitants catholiques de Tuam ont pris l’habitude depuis quelques décennies d’y planter des roses et d’autres fleurs et ils ont érigé une grotte dans un coin en l’honneur de Marie. Mme Corless a écrit un article en 2012 avec ses conclusions. En réaction, un comité catholique a été constitué l’an dernier avec l’intention de collecter 15.000 Euros pour une plaque commémorative avec les noms de ces enfants oubliés.

Bien avant cela, en 1975, deux jeunes coquins de Tuam qui jouaient sur le terrain du home démoli entretemps ont trouvé une plaque en béton qui a attiré leur attention. Quand ils l’ont soulevée, ils ont trouvé les squelettes d’au plus une vingtaine de corps d’enfants (donc certainement pas 800). Mme Corless avait déjà appris cela, mais ce n’est que cette année qu’elle a eu un contact avec un de ceux qui avaient trouvé la fameuse plaque. Il s’agit vraisemblablement, selon l’historienne, du couvercle d’une ancienne fosse septique qui fut utilisée jusqu’en 1937. Par la suite, le home fut raccordé au réseau d’égouts, de telle sorte que la fosse n’était plus nécessaire. Entre 1925 et 1937, 204 enfants sont morts dans ce home. Il semble plus qu’improbable que tous ces petits corps aient été “jetés” (comme l’affirme la presse de bas étage anticatholique) dans une fosse septique en usage, comme le fait remarquer l’enquêtrice à juste titre. La plupart des corps, parmi lesquels se trouvent également ceux de quelques mères selon les dernières nouvelles, se trouveraient dispersés dans l’ancienne cour. Voilà les faits connus à l’heure actuelle. Une enquête archéologique doit éventuellement encore débuter.  

Dans la campagne de diffamation, on a affirmé aussi tout bonnement que les enfants du home ne “pouvaient pas être baptisés ». Pour ceux qui se rappellent encore quelque chose du catéchisme de l’Eglise catholique : il y est indiqué littéralement qu’en cas d’urgence, on peut et même on doit baptiser. Même le baptême par quelqu’un qui n’est pas baptisé est valable. Comment se pourrait-il donc que des religieuses catholiques, soi-disant “endoctrinées”, auraient été en contradiction si flagrante avec leur propre doctrine ???  Sur quelle preuve se base cette accusation ? N’est-il pas de plus qu’improbable que des sœurs dans l’Irlande ultra-catholique auraient proposé à l’adoption des enfants qui n’étaient pas repris dans le registre de baptême ?

On parle naturellement en long et en large de la “négligence” de ces enfants qui aurait causé la mort de beaucoup d’entre eux. Sur les photos parues à ce sujet, on voit des enfants vêtus pauvrement, mais ils ne montrent aucun signe visible de malnutrition. Il apparait selon le propre témoignage de Mme Corless qu’ils recevaient une éducation scolaire. Selon une des histoires extrêmes et insensées qui sont diffusées abondamment, les enfants qui urinaient au lit étaient obligés par les religieuses de courir toute la nuit dans la pluie jusqu’à ce que leurs draps aient séchés (??), avec comme conséquence beaucoup de cas de bronchite mortelle. 

Objectivement et historiquement parlant, dans le contexte de la réalité sociale de l’Irlande pauvre du début du siècle passé, il y a peu de choses à reprocher à ces sœurs, qui se sont dévouées bénévolement pour les enfants de femmes rejetées. Plus que probablement, elles ont commis des fautes contre les normes actuelles sur le plan des droits de l’enfant, mais ce n’était certainement pas seulement le cas dans les milieux catholiques. On devrait une fois pour toutes désapprendre à juger les gens en fonction de « règles sociales de jeu » qui étaient totalement différentes de celles d’aujourd’hui et d’encore appliquer cette condamnation inepte exclusivement à une catégorie de croyants pensant différemment. Jusque dans les années soixante du siècle dernier, les punitions corporelles étaient encore très courantes chez nous. Dans quasi 100% des cas, on n’en mourrait absolument pas. Nous ne voulons pas particulièrement en faire la publicité, mais c’est un fait que beaucoup qui les ont subies disent qu’ils en sont sortis plus fort sur le plan moral (alors que d’autres les utilisent comme prétexte pour ronchonner sur leur jeunesse malheureuse et sur leurs éducateurs – naturellement catholiques – sans cœur). Dans des temps pas encore si éloignés, le dicton « Qui aime bien châtie bien” était appliqué.

Mais que devons-nous conclure du grand chiffre de mortalité infantile dans le home ? Il s’agit d’environ 22 enfants par an. Nous laissons la parole à l’historien britannique Tim Stanley dans The Telegraph : “Ce n’est pas un drame catholique, mais un drame humain, ce qui est arrivé en Irlande”. Un blogger a calculé que la mortalité infantile était encore plus élevée ailleurs en Irlande : “Entre 1925 et 1937, 204 enfants sont morts, ce qui équivaut à une mortalité de 8,5%. En 1933, la mortalité infantile était de 8,3% à Dublin, 8,9% à Cork, 10,2% à Waterford et de 13,2% à Limerick.” Les causes de mortalité des enfants du St Mary’s home ont été enregistrées. Il s’agit surtout de maladies comme la TBC, la rougeole, la pneumonie et la grippe intestinale. Elles étaient facilement contractées dans ces conditions misérables et certaines sont très contagieuses, de telle sorte que les conséquences dans des communautés vivant ensembles et dans des homes en sont plus graves. Les sœurs de cette fondation ne disposaient pas non plus des moyens pour garantir des soins de santé comparables à ce que nous considérons aujourd’hui chez nous comme “normaux”, sinon elles les auraient certainement utilisés, ne fût-ce que pour leur propre prévention.

Au lieu de reprocher hypocritement des situations inacceptables qui ne sont pas la conséquence d’une conviction mais bien de circonstances sociales d’une période révolue, on ferait mieux de se poser d’autres questions pertinentes. Qui sont les vrais responsables de ce drame humain? N’est-ce pas en premier lieu les pères qui, après avoir satisfait leur appétit sexuel, ont abandonné leurs amoureuses enceintes ? S’agit-il là d’une façon d’agir typiquement catholique ou plutôt d’un acte accepté dans les milieux libertaires ? Qu’est-ce qui est le plus grave : accueillir une femme enceinte et son enfant avec les moyens misérables dont on dispose, ou bien l’envoyer vers un des abattoirs que nous appelons centres d’avortement ? Qui prend l’initiative d’une collecte à grande échelle pour un monument à la mémoire des millions qui sont morts encore avant d’avoir pu pousser leur premier cri? Est-il plus grave d’être enterré anonymement après la naissance que de disparaître anonymement avant la naissance dans un four crématoire… ????

IVH

P.S. Entretemps le journal De Standaard, par le biais de son médiateur Tom Naegels,  a lui-même envoyé l’histoire vers la corbeille (http://www.standaard.be/cnt/dmf20140610_01135529) le 11-06-2014. Malheureusement, il a jugé nécessaire de faire référence de « l’histoire sous-jacente» (nous supposons qu’il se réfère à un passé catholique « sombre », dont les blogs catholiques, qui ont été les premiers a dénoncer ce non-sens macabre, ne voudraient pas savoir). C’est un bon signe qu’un « journal de qualité » a le courage de corriger d’une certaine façon ses erreurs. Mais le dommage qui a été infligé à l’image du catholicisme est-il annulé ?

Notes supplémentaires de la rédaction.

* La Commission of Investigation into Mother and Baby Homes a enquêté sur les conditions dans les anciens refuges et a remis son rapport final au ministre irlandais concerné le 30-10-2020. Il a été publié le 12-01-2021 et a donné lieu à un nouveau raz-de-marée d’accusations anti-catholiques. Le rapport est très volumineux et esquisse une image nuancée de l’époque, avec des responsabilités partagées, dans des temps et des circonstances qui sont loin du contexte  social actuel dans nos pays de bien-être. Le rapport complet peut être consulté à l’adresse suivante:

https://www.gov.ie/en/publication/d4b3d-final-report-of-the-commission-of-investigation-into-mother-and-baby-homes/

Le taux de mortalité chez les enfants était d’environ 15% pour tous les refuges ensemble. Ce chiffre est presque deux fois plus élevé que le taux moyen de mortalité infantile de l’époque en Irlande. Jugé à partir d’une position neutre, on peut dire qu’il y a une explication évidente à cela. Diverses maladies infectieuses circulaient dans la pauvre Irlande à l’époque et dans les institutions fermées le risque d’infection, par exemple de la tuberculose, était considérablement plus élevé (comparez avec ce qui s’est passé dans nos maisons de retraite au début de la crise de Corona). Les budgets limités dont disposaient les refuges (des documents le prouvent) ne permettaient pas d’améliorer cette situation.

Vu la mentalité de l’époque, les sœurs pratiquaient une œuvre de miséricorde, car elles donnaient aux mères célibataires rejetées par leur famille une chance de construire une nouvelle vie. Avec l’essor des contraceptifs et la révolution sexuelle, une nouvelle mentalité a été créée. Ce qui est positif, c’est que les mères célibataires sont mieux acceptées et que leurs enfants ne sont plus marginalisés. Mais on ignore le côté obscur de la médaille : l’augmentation de la permissivité à l’égard de l’avortement, ou en d’autres termes, l’infanticide prénatal. Nos sociétés actuelles sont soi-disant devenues plus favorables aux enfants, mais seulement pour ceux qui échappent à l’industrie de l’avortement subventionné.

Plutôt que de tirer des leçons constructives de cette triste histoire, il est bien sûr plus facile d’abuser du rapport pour mettre unilatéralement au pilori l’Église catholique. Sans aucun doute, de nombreuses erreurs (en particulier de dureté) se sont produites au sein des institutions catholiques impliquées, tout comme sans aucun doute beaucoup de bien s’est produit. La cause profonde de la souffrance des mères et des enfants célibataires était la culture hypocrite du silence et de la dissimulation qui prévalait à l’époque. Heureusement, c’est une chose du passé, et nous, en tant que catholiques, enseignons que la discrimination est un péché, que toute vie humaine est égale et doit être aimée, et qu’il est écrit dans la Bible : « Ne jugez pas, afin de ne pas être jugés » (Mt 7, 1).

* Du Katholiek Nieuwsblad du 15-01-2021, nous citons les paragraphes suivants (trad. propre) :

La responsabilité du « traitement dur » des mères célibataires « incombe principalement aux pères de leurs enfants et à leurs propres familles proches », indique le rapport. Cependant, l’Église et l’État l’ont approuvé, selon le rapport. Les refuges ont fait preuve d’un manque de compassion, conclut le rapport.

Dans un communiqué, sœur Eileen O’Connor de la Congrégation du Bon Secours a reconnu que « nos sœurs du Bon Secours faisaient partie de cette triste histoire ». La congrégation a dirigé la maison Sainte-Marie à Tuam de 1925 à 1961. « Nous n’étions pas à la hauteur de notre christianisme quand nous gérions la maison. Nous n’avons pas respecté la dignité inhérente aux femmes et aux enfants qui sont venus à la maison. Nous ne pouvions pas leur offrir la compassion dont ils avaient désespérément besoin. Nous faisions partie du système dans lequel ils souffraient de difficultés, de solitude et de douleurs terribles. »

Mgr Martin, président de la Conférence épiscopale irlandaise, reconnaît également le rôle de l’Église. « Je crois que l’Église doit continuer à reconnaître au Seigneur et aux autres qu’elle a participé à l’appui de ce que le rapport décrit comme une « atmosphère dure … froide et indifférente », a déclaré l’archevêque. Il dit que l’Église faisait clairement partie d’une culture « dans laquelle les gens étaient souvent stigmatisés, condamnés et rejetés ». Il présente ses « excuses inconditionnelles » pour ce rôle dans cette culture et pour la « douleur et la souffrance émotionnelle à long terme qui en ont résulté ».

Murphy (le juge d’instruction, ndlr.) n’a rencontré qu’un petit nombre de plaintes concernant des abus physiques. De nombreuses femmes ont été victimes de violences émotionnelles et ont souvent fait l’objet de commentaires désobligeants. Ils ont reçu peu de gentillesse, surtout pendant l’accouchement, selon le rapport. L’État et l’Église ont également eu leur part dans ce domaine. Dans le même temps, la commission a estimé qu’« il faut reconnaître que les institutions examinées offraient un refuge – dans certains cas un refuge dur – alors que les familles n’offraient aucun refuge ».

Le comité a déclaré que « la seule différence entre les femmes dans les foyers de mère et de bébé et leurs sœurs, camarades de classe et collègues était qu’elles sont tombées enceintes alors qu’elles n’étaient pas mariées ». Cette grossesse et les réactions de leur père, de leur famille et de leur communauté au sens large ont dévasté leur vie, selon le rapport.

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