Monde

Le simplisme alternatif du Recteur Rik Torfs

03-09-2014

La veille de la rentrée scolaire, le samedi 30-08-2014 au matin, la chaîne flamande Radio 1 nous a encore une fois régalé d’une interview de Rik Torfs, l’actuel recteur de KU Leuven, la figure médiatique que nous avons déjà pris une fois dans le collimateur de nos commentaires, en raison de ses idées religieuses très « personnelles ».

Comme nous en avons déjà l’habitude de sa part, il a combiné pendant cette interview, dans son style connu doucement ironique, des jugements excellents avec des affirmations au contenu sujet à caution. En ce qui concerne ces dernières : de la part de quelqu’un qui est volontiers critique et même parfois sarcastique au sujet des idées à la mode et des situations dans l’Eglise et dans la société, on pourrait quand même attendre autre chose que la répétition d’erreurs largement répandues, contribuant ainsi à la perpétuation de clichés qui n’ont certainement pas une origine catholique.

Interrogé sur son opinion au sujet des soi-disant “combattants syriens” qui sont partis de notre pays rejoindre le groupe terroriste ISIS (*), il s’est opposé à l’idée que ce soit un phénomène religieux. Une telle explication est selon lui la conséquence du “simplisme” chez beaucoup d’intellectuels (en particulier dans notre pays) qui partent du principe que la religion serait naturellement “criminogène”, c’est-à-dire une cause de violence criminelle. Concernant cette dernière réfutation, nous pouvons parfaitement l’approuver. Mais il a remplacé ce simplisme rejeté par une autre explication de cause qui est tout aussi répandue et en fait encore moins réfléchie. Il s’agirait selon le professeur Torfs d’une sorte de « lutte des classes » (sic), où des jeunes défavorisés chercheraient une issue aux frustrations qu’ils endurent dans notre société, qui ne leur offre aucune perspective d’avenir.

Il y aura forcément des cas d’individus qui cherchent une issue à un statut social peu attirant via le rattachement à un groupe terroriste. Mais pour tout observateur objectif, il devrait être évident que, certainement en ce qui concerne ISIS, AL NOUSRA, AL QUAIDA, BOKO HARAM et apparentés, il s’agit bel et bien d’un phénomène religieux dont l’attrait se limite surtout à des machos en mal de se battre. L’état psychologique et la motivation des recrues varieront forcément d’une personne à l’autre et de la sorte d’endoctrinement que l’intéressé aura subi. Il est par exemple difficile de retracer dans quelle mesure la perspective d’avoir un harem important de vierges dans l’au-delà pour celui qui tomberait comme “martyr” sur le champ de bataille aurait pu jouer un grand rôle. Pour les candidats, il y a déjà la certitude de la dominance masculine sans limites dans l’Etat Islamiste, allant éventuellement de pair avec le fait de disposer d’une partie du butin des “Kafirs” (= incroyants, dans ce contexte, tout qui n’est pas d’accord avec une interprétation extrémiste du Coran) féminines qui n’ont pas été décapitées. Le fait est qu’en tout cas, le groupe terroriste ISIS est constitué de fanatiques islamistes, de préférence affublés de la barbe prescrite par le Coran.

Les cas connus de combattants ISIS ou de frères musulmans des autres mouvements terroristes n’indiquent certainement pas un groupe constitué principalement de cas sociaux en marge de la société. Il s’agit même plutôt la plupart du temps d’individus ayant une éducation assez poussée. C’est entre autres le cas du bourreau suspecté de l’assassinat de James Foley, le reporter photographe américain décapité. Jejoen, le jeune homme qui a eu la chance de pouvoir fuir la violence d’ISIS ne peut certainement pas se plaindre de son père. Cet homme s’implique encore toujours, au péril de sa vie, pour sauver d’autres jeunes qui ont été pris au piège du jihadisme islamiste. Jejoen n’était donc certainement pas un défavorisé. Il est tombé amoureux d’une Marocaine et il s’est converti à l’Islam, ce qui lui a presque été fatal. Il y a bien assez d’autres exemples connus « d’autochtones » convertis qui se sont enrôlés chez ISIS. Cela n’a donc aucun sens de continuer à se cacher derrière l’histoire enfantine de “l’arriération sociale d’allochtones défavorisés” comme modèle d’explication du succès du recrutement de cette organisation terroriste impitoyable.

Cette explication sociologique banale stéréotypique de l’ex-politicien et du juriste ecclésiastique Rik Torfs, a été suivie d’une autre gaffe qui indique également de sérieuses idées fausses dans son monde de pensée religieux. A la question au sujet de son point de vue sur la nécessité pour les communautés islamiques de prendre ouvertement leurs distances avec la violence d’ISIS, il a répondu par une explication « jésuitique » peu plausible. Nous devons selon lui simplement assumer que la toute grande majorité des Musulmans condamne naturellement les atrocités d’ISIS et qu’une distanciation islamique officielle n’est donc pas nécessaire, sinon “ce n’est pas spontané” (sic). Les représentants des Musulmans ne doivent donc selon lui prendre aucune responsabilité dans cette affaire. Nous citons Rik Torfs littéralement : Vous devez, je pense, créer un climat où les gens prennent leurs distances d’une manière naturelle, ce que font aussi la plupart des Musulmans… pour la plupart des Musulmans, il est quand même évident que l’Etat Islamique est une aberration. Mais faut-il donc aller le dire ? Devez-vous par exemple demander à un Chrétien de prendre ses distances de certains fondamentalistes protestants aux Etats-Unis qui abattent des docteurs pratiquant l’avortement… il n’est quand même pas nécessaire de prendre ses distances de fanatiques quand tout indique que vous ne suivez ces gens en aucune façon.”

Cette excuse politiquement correcte d’un silence qui est considéré comme inacceptable par chaque personne saine d’esprit vis-à-vis de situations avilissantes au nom de sa propre religion, montre l’autre visage du Rik Torfs « critique ». Il appuie son point de vue par un exemple complètement tiré par les cheveux : celui des rares cas où un protestant extrémiste s’est senti appelé à assassiner un avorteur. La comparaison avec les atrocités systématiques à grande échelle commises par ISIS et par les autres mouvements terroristes musulmans est ici totalement boiteuse. Ces terroristes tuent impunément au nom d’Allah un grand nombre de gens désarmés qui ne constituent aucun danger pour personne. Au contraire, le protestant auquel il s’en prend commet un crime en s’attaquant à une personne précise qui a sur les mains le sang d’innocents à naître, avec l’intention de sauver des vies humaines en sachant qu’il sera puni pour cela.  

Personne n’attend de l’Eglise catholique ou de la direction spirituelle des autres religions qu’ils prennent à chaque fois spécialement leurs distances de crimes individuels. Ce n’est forcément pas faisable et, de plus, la doctrine religieuse elle-même suffit à cet effet. Mais quand il s’agit de violations systématiques à grande échelle des droits de l’homme ou de génocides au nom d’une religion, alors le silence est sans plus une forme de complicité. C’est d’autant plus le cas de l’Islam dont le livre sacré, le Coran, contient des passages qui semblent justifier de tels actes. L’obligation du « jihad » est même un des piliers fondamentaux de l’Islam.

L’Eglise catholique s’est clairement et officiellement distanciée des crimes commis par l’IRA en Irlande au nom du catholicisme. L’Eglise s’est également excusée ouvertement à plusieurs reprises au sujet d’autres crimes commis dans le passé, lointain et récent. Du côté islamique, on ne constate jusqu’ici rien ou très peu d’une attitude similaire. Les Turcs nient même encore toujours l’holocauste des Arméniens chrétiens. Mais cela ne semble pas du tout empêcher Rik Torfs de dormir. Tout comme il n’a apparemment pas trop de problèmes avec les massacres commis par les avorteurs, ou avec ce qui se passe avec des embryons humains dans sa propre université.

Ainsi, Rik Torfs perd complètement son apparence d’homme sympathique à l’humour fin, car sa gaffe n’est certainement pas un signe de grande préoccupation pour le sort de ses coreligionnaires. Par son attitude, il promeut l’attitude de « Je suis naturellement contre, mais pour le reste, laissez-moi tranquille ». On pourrait quand même attendre d’un recteur qu’il se rende compte qu’un signal officiel fort de la communauté musulmane elle-même peut avoir un grand impact et donc sauver pas mal de vies humaines. Mais peut-être le juriste religieux Rik Torfs classe-t-il toute critique contre d’autres instances religieuses que sa propre « institution Eglise » comme un « délit raciste » ? Ou, qui sait, comme un crime, aussi intolérable que celui du protestant qui tue un avorteur et aussi inadéquat pour sauver des vies humaines ?

(x) La Belgique est en tête des pays fournisseurs des “combattants syriens” : 22 par million d’habitants, suivi par la France avec seulement la moitié de ce nombre.

Peut-être Rik Torfs ferait-il mieux d’examiner d’un œil critique s’il n’y a pas de lien de cause à effet avec la qualité pédagogique et religieuse dans nos écoles, plus particulièrement dans celles du réseau où la faculté théologique de son université donne le ton pédagogique.

Une remarque ajoutée :

Une bonne illustration de ce que nous entendons par notre critique ci-dessus du recteur Rik Torfs pouvait être lu dans un message dans le De Standaard du 10/01/2014. Nous citons de celui-ci le passage suivant :

Un homme de 35 ans de Kessel-Lo s’est en allé vers la Syrie à la fin du mois d’août pour rejoindre les combattants du groupe de terreur État Islamique. Les autorités turques l’auraient ramassé et laissé en liberté dans le cadre d’un échange de prisonniers avec l’Etat islamique. En ce moment, il serait en Syrie.

J.C.B. est un homme dans la trentaine hautement qualifié, le père de cinq enfants et le fils d’un professeur émérite de la KU Leuven (l’Université « catholique » de Louvain). Après la mort d’un ami proche, l’homme et sa femme se sont convertis à l’islam et J.C.B. a laissé pousser sa barbe. Trouver du travail ne semblait ne pas réussir, malgré un diplôme de Business Management et une formation en informatique.

Il disait à sa femme qu’il « voulait chercher un emploi en Jordanie », selon sa mère dans le journal Het Laatste Nieuws. « Mais maintenant il semble qu’il avait l’intention d’aller en Syrie. »

Il s’agit bien sûr d’un cas individuel, mais il nous apprend beaucoup sur le fond de l’affaire, qui est bien de nature religieuse (extrémiste) et qui n’a rien à voir avec la formation ou les possibilités sociales. À moins que l’ « offre d’emploi » d’ISIS serait considérée comme une des possibilités acceptables pour résoudre nos problèmes de chômage.

D’autre part cette nouvelle éclaire aussi l’attitude plus que douteuse de l’État de Turquie, le principal pays de passage (et selon nos informations aussi des camps d’entrainement originelles) des terroristes d’ISIS.

Voici un article qui soutient scientifiquement notre position concernant le recrutement de combattants pour la Syrie.

Source : Bulletin du journal De Standaard, 02/02/2015 – Traduction

L’enquêtrice Marion van San paraitra aujourd’hui devant la commission “Radicalisation” au Parlement flamand pour donner sa vision sur les combattants de Syrie. Dans un article d’opinion dans De Standaard, elle s’oppose à la position selon laquelle les jeunes qui partent en Syrie sont surtout des victimes d’une société qui ne les accepte pas.

‘Les familles belges d’où les jeunes sont partis ne sont pas toutes issues de la classe inférieure’, dit Van San dans son article d’opinion. ‘Les jeunes qui sont partis ne sont pas tous de faible qualification et frustrés et, en ce qui concerne la discrimination dont ils auraient été victimes, on en trouve pour la plupart des cas que peu de preuves empiriques.’

Exclusion

Van San fait depuis quelques années déjà une enquête descriptive sur les familles des jeunes qui ont voyagé vers la Syrie, grâce à laquelle elle a des contacts étroits avec environ nonante familles concernées. Il s’agit de familles très diverses, vivant souvent harmonieusement. Ces contacts font souvent apparaitre l’impuissance des parents à contrer la radicalisation de leur enfant.

Van San penche plus pour la position ‘mieux les jeunes sont intégrés, plus la chance est grande qu’ils se radicalisent’. Les enfants et les petits-enfants des immigrés sont nés et ont grandi ici, et veulent être acceptés. ‘La conséquence en est qu’ils ont de plus grandes attentes sociétales et qu’ils sont souvent plus sensibles à l’exclusion et à la discrimination (présumée)’, écrit Van San.

Orientation occidentale

Elle trouve la preuve pour cette affirmation dans le fait que les jeunes radicalisés sont souvent très “orientés Occident’, qu’ils sortent, qu’ils consomment alcool et drogue, et qu’ils se sont convertis plus tard’. Dans beaucoup de cas, ils ont terminé leur scolarisation et ont un cercle d’amis ethniquement diversifié.

En conclusion, elle prévient contre le fait de combattre le problème des jeunes en voie de radicalisation avec des ‘fausses solutions’. ‘Ceci n’est pas un plaidoyer pour saper les fondements de la lutte contre la pauvreté ou de ne plus travailler à la discrimination amplement démontrée sur le marché du travail. Mais on ne doit pas se bercer d’illusions que ces mesures contreront le radicalisme et l’extrémisme.’

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