Qu’est-ce que le péché ?

30-06-2021 (Propre traduction du néerlandais)

Note éditoriale précédente. Cet article contient plusieurs liens (vers des articles en néerlandais). Ces références sont fournies à titre d’illustration seulement. Elles ne doivent pas être interprétées comme une affirmation ou une approbation générale ou partielle des vues ou positions exprimées dans les textes mentionnés.

À la suite de la polémique sur la bénédiction des couples de même sexe, Mgr Bonny a parlé à plusieurs reprises dans toutes sortes de médias en tant qu’autorité à cet égard. Sa thèse se résume à ceci : on ne pèche que si l’on veut causer un préjudice délibéré en connaissance de cause et en toute liberté.

En fait il s’agit de savoir dans quelle mesure quelqu’un est coupable de faire le mal. Par exemple, si vous ne comprenez pas un panneau routier particulier ou ne connaissez pas une règle de circulation, vous pouvez enfreindre les règles de circulation, mais le faire inconsciemment et à l’insu. Cependant, le concept de péché est également utilisé dans l’Église pour désigner l’acte lui-même, indépendamment de la culpabilité personnelle. C’est ainsi qu’on parle des péchés contre la chasteté. Il s’agit alors notamment d’onanisme, de la pornographie, de la prostitution et des relations sexuelles en dehors du mariage.

Quand la congrégation de la doctrine de la foi dit que les couples de même sexe ne peuvent pas être bénis, parce qu’on ne peut pas bénir le péché, c’est à propos de l’objet de l’acte lui-même: les rapports sexuels en dehors du mariage entre l’homme et la femme. Il n’y a pas de déclaration sur le niveau de culpabilité. Ce que Mgr Bonny fait dans tous ses discours sur le péché est en fait élever une sorte d’écran de fumée. Il parle de la mesure dans laquelle les gens sont coupables du mal et ignore complètement le fait que l’Église parle aussi du péché comme une description objective de ce qui va à l’encontre de la volonté de Dieu. C’est le moins que l’on puisse dire, car il s’agit en fait aussi d’une tentative malhonnête de ridiculiser la Congrégation de la Doctrine de la Foi.

En outre, il convient également de noter que, selon la foi catholique, les principes du droit moral sont écrits dans la conscience de chaque être humain. Il faut donc faire attention à juste dire que les gens ne peuvent pas pécher quand ils n’ont aucune connaissance du bien et du mal.

Si Koen Wauters et Valerie De Booser ont rompu après de nombreuses années de mariage, ils l’ont fait, selon leurs propres mots, parce qu’ils ne voyaient plus d’avenir dans leur relation. Il n’y a pas eu d’adultère. Ils ne voulaient certainement pas se blesser non plus. Ils n’auraient probablement pas pensé que c’était un péché. Mais cela signifie-t-il que Dieu pense que c’est une bonne façon de traiter leur relation et leur parentalité ?

Patrick Stübing et Susan Karolewski sont frère et sœur et ont grandi séparément. Quand ils ont appris à mieux se connaître plus tard, ils sont tombés amoureux l’un de l’autre et ont également eu des enfants ensemble. Une interview avec Mgr De Kesel montre qu’il croit que l’amour ne devrait pas être associé au péché. Cependant, il est tout à fait naturel que l’amour incestueux entre frère et sœur soit décrit par l’Église comme un péché.

Un couple qui aime regarder porno ensemble et qui a l’impression que cela a un effet positif sur leur expérience sexuelle, commet néanmoins un péché contre la chasteté, car la pornographie affecte la dignité de ceux qui révèlent leur intimité aux autres pour gagner de l’argent.

Mgr Van Gheluwe a qualifié la situation d’abus avec son neveu de « petite relation ». Il savait que c’était mal, il est allé le confesser, mais il a continué à le faire et au début il n’a pas eu l’impression que son neveu pensait que c’était mal. Il ne comprenait pas très bien pourquoi il continuait à le faire. On peut donc se demandez dans quelle mesure il a péché. Mgr Bonny va-t-il se mettre aussi en colère quand la Congrégation de la Doctrine de la Foi qualifie ces « relations » de péché ?

Ceux qui éprouvent un fort besoin de satisfaction sexuelle en tant que célibataire ne peuvent pas s’y sentir libres, car l’onanisme reste un péché contre la chasteté.

Il y a des gens qui veulent être fidèles à leur partenaire, mais qui ont du mal avec la monogamie sexuelle et décident parfois en accord avec leur partenaire d’avoir une relation ouverte, afin même de maintenir de cette façon leur relation permanente. En outre, ils se donnent mutuellement la permission d’avoir des interactions sexuelles avec d’autres personnes dans des contacts séparés. Parfois, cela peut également être accompagné d’une relation fixe supplémentaire, sans que le premier soit arrêté. C’est ce qu’on appelle alors le polyamour. Bien que tout cela puisse s’accompagner d’amour et de nombreuses bonnes intentions, la morale catholique affirme néanmoins qu’une telle activité sexuelle en dehors du mariage est un péché contre la chasteté.

Et donc on peut dire que même si deux personnes du même sexe ont une relation fixe l’une avec l’autre, même si elles s’aiment vraiment et pensent qu’elles ne peuvent pas être heureuses d’une autre manière, elles pèchent toujours contre la chasteté s’ils ont des relations sexuelles entre eux.

Donc, la question la plus importante n’est pas de savoir s’ils veulent consciemment et librement faire le mal. Il s’agit de savoir si Dieu approuve ou non un tel comportement sexuel, s’il correspond au plan de Dieu avec l’humanité. En d’autres termes, si c’est vraiment bon pour le bonheur de l’homme. Car en fin de compte, Dieu veut seulement que l’homme soit heureux. Heureux avec lui-même, dans la relation avec les autres et par rapport à Dieu. Ce bonheur ne peut vraiment continuer que s’il est conforme à la vérité.

Il est difficile d’accepter qu’un évêque ignore les enseignements de l’Église. Il semble donc plus probable qu’en adoptant une approche unilatérale du concept de péché, il ait voulu mettre la discussion de côté, afin de ne pas dire littéralement qu’il rejette les enseignements de l’Église.

Celui qui regarde dans son contexte le discours qui est mené sur ce sujet dans certains milieux ecclésiastiques, sait que l’on veut interpréter la Bible de telle sorte que l’interdiction de l’homosexualité ne devrait pas être appliquée aux relations fidèles et aimantes. Ce n’est pas la doctrine officielle, mais à partir d’un certain courant théologique, on met en avant cette réinterprétation de la bible.

On rejette en fait le plan de création de Dieu, qui a fait l’homme mâle et femelle et donc physiquement, du point de vue de la fertilité, a ordonné la sexualité comme une relation entre l’homme et la femme. Désapprouver l’homosexualité, c’est tout simplement montrer du respect pour Dieu en tant que bon et tout-puissant Créateur de la nature, de l’homme. Puisque l’homosexualité est contraire au plan de Dieu pour l’homme, elle ne peut pas être bonne pour le bonheur de l’homme.

On dira souvent que si Dieu a tout fait, alors Dieu a aussi fait en sorte que l’homosexualité existe. Le simple fait que quelque chose existe et soit basée sur certaines qualités, sentiments et besoins innés signifierait que Dieu l’a voulu de cette façon. Dans ce cas, par exemple, la pédophilie serait aussi voulue par Dieu, et Dieu donnerait consciemment aux gens certains handicaps dès la naissance. Et d’où viennent tous les vices ? Tant qu’on veut encore croire en un bon Créateur intelligent, omni-semblable, on doit être capable de bien distinguer. Les vices (l’orgueil, l’envie, la colère, la paresse, l’avarice, la gourmandise et la luxure) sont considérés comme le résultat d’une dégénérescence de sentiments qui sont eux-mêmes neutres. Un désir de justice peut dégénérer en désir de vengeance. La faim ou un désir de jouissance peut dégénérer en gourmandise. L’autoprotection peut dégénérer en avarice. Un besoin d’amour et un désir sexuel peuvent dégénérer en luxure. Des sentiments et des besoins qui ne sont essentiellement pas mauvais (en ce sens, on peut dire qu’ils font partie de la nature humaine créée par Dieu), sont donc à la racine des vices, sans que Dieu ne fasse ces vices lui-même. Ils peuvent plutôt s’expliquer par une combinaison d’éléments de notre orientation, d’influences extérieures, de façons d’interpréter tout cela et de notre libre arbitre.

L’origine de l’homosexualité n’est en fait pas claire scientifiquement. Cavaria (1) lui-même reconnaît cela littéralement dans sa propre brochure en ligne que tout le monde peut consulter. L’American Psychological Association parle d’une combinaison complexe de nature et d’éducation.

L’idée que quelque chose est inné est utilisée pour échapper à toute responsabilité morale. « C’est comme ça que je suis, donc je n’ai pas le choix, je ne peux pas changer et donc je ne peux pas être blâmé si j’agis selon mon orientation. Ce serait même nuisible si je n’agissais pas comme ça, parce qu’alors je ne peux pas être moi-même. » Toutefois, l’extension de ce raisonnement à d’autres questions montre clairement qu’il ne s’agit pas d’un bon argument. Un cleptomane commet toujours un crime lorsqu’il vole. Certains prétendent que la pédophilie est innée. Les personnes dites « transabled » (TIIC, appelé aussi trouble de l’identité amputée) peuvent sentir dès leur plus jeune âge qu’elles ne sont pas satisfaites d’un corps normal et sain. La violence s’explique pour certains également en partie par la biologie.

Dans tous ces cas, nous pouvons tacher de comprendre les sentiments des gens, mais cela ne signifie pas que nous devons approuver, en tant que société, leurs souhaits et leur comportement. Ce n’est que si l’homme est naturellement parfait que vous pouvez dire qu’avoir une orientation signifie automatiquement qu’il est bon d’agir en conséquence. D’un point de vue chrétien, vous pouvez croire qu’à l’origine Dieu a rendu l’homme parfait, mais que notre nature a été blessée par le péché, ce dont parle l’histoire de la Genèse. L’harmonie entre Dieu et l’homme, entre les gens, et entre l’homme et la nature n’est plus parfaite. Montrer sa compréhension de la faiblesse humaine tout en gardant à l’esprit qu’à l’origine Dieu ne l’a pas voulu de cette façon et qu’Il veut toujours nous aider sur le chemin de la sainteté, est un art de l’équilibre qui peut exiger beaucoup d’efforts de notre part à tous et ce pour toute la vie. « Faites tous les efforts possibles pour entrer par la porte étroite. » (Luc 13,24)

Grâce à de tels efforts, nous pouvons essayer de concentrer notre libre arbitre sur le bien. Avoir de bonnes intentions est déjà une bonne chose. Les personnes qui font quelque chose de mal avec de bonnes intentions ne peuvent peut-être peu ou pas être culpabilisés personnellement. Mais bien sûr, il est aussi important que ces bonnes intentions se concentrent sur ce qui est vraiment bon. Cela nécessite de la sagesse et une bonne compréhension de la vérité. Plus notre libre arbitre est concentré en vérité sur le bien, plus nous vivons en harmonie avec Dieu.

D.B.

(1) Çavaria est le défenseur flamand des personnes LGBTI et l’organisation faîtière des organisations LGBTI.