Réponse étayée scientifiquement à la propagande sur la pilule dans « Kerk en Leven »

31-05-2005

Nous publions ci-dessous, avec la permission de l’auteur, le Dr. Philippe Schepens, un mail destiné aux responsables locaux de Kerk en Leven (l’équivalent néerlandophone du journal francophone “Dimanche“). L’auteur est Ordinary member and past member of the board (1995-2004) of the Pontifical Academy for Life en Member of the board of the American Life League. Il réagit au compte rendu d’un livre dans Kerk en Leven, qui considère l’usage de la contraception orale (dans la langue populaire “la pilule”) comme un développement positif.

Le témoignage du Dr. Schepens dévoile comment l’industrie pharmaceutique s’enrichit aux dépens des femmes qui veulent contrôler leur fertilité “en sécurité” avec la “pilule”. Il est évident que sa réaction ne concorde pas avec la ligne “contemporaine” du rédacteur en chef Bert Claerhout (*) dans Kerk en Leven. On la cherchera donc en vain dans le journal religieux, dont ce dernier défini – apparemment en grande partie souverainement – l’orientation.  

Dieu soit loué, nous n’avons pas besoin de son autorisation pour faire profiter sans dérangements chacun qui le veut du recyclage médico-historique et éthique ci-dessous.

(Nous avons laissé de côté les appellations trop personnelles).

Traduction : J.L.C.

Chers (lecteurs),

Cette litote lourde est la conséquence de ce que je viens de lire dans le n° 46 (de K&L 2014 – ndlr.), page 3. C’est-à-dire une critique très positive du livre “De Pil” (“La pilule”) de Karl van den Broeck. Entrons directement dans le vif du sujet : Je trouve en effet inouï que, dans un journal qui jouit du soutien officiel de l’Eglise catholique – en fait qui en est même le porte-parole officiel –, une propagande évidente soit faite ouvertement en faveur de la contraception hormonale. Que ceci soit en contradiction flagrante avec l’encyclique bien connue Humanae Vitae du saint pape Paul VI, c’est un fait. Et je trouve que la directive du pape doit être suivie, sauf si un autre pape prescrit quelque chose de nouveau à ce sujet.

Mais mes objections contre la propagande pour la contraception hormonale se basent chez moi, en tant que médecin, encore bien plus sur les aspects médico-éthiques que religieux. Que ce pape eût raison contre vents et marées médico-scientifiquement parlant, cela parait clair si on se donne la peine de regarder à travers les rideaux de fumée. Ces rideaux de fumée sont le résultat d’idéologues libéraux et servent les lobbies de l’industrie pharmaceutique.  Cette industrie a hélas pris certains de mes collègues à son service. Ce ne sont pas eux qui qui vont la contredire. Comme vous le savez (ou peut-être pas), après les antibiotiques et avant les “tranquilizers”, l’industrie des contraceptifs oraux est le secteur le plus florissant mondialement de l’industrie pharmaceutique. Il y a donc d’immenses intérêts financiers en jeu.

Les raisons pour lesquelles j’ai, en tant que médecin, les plus grandes objections contre la prise d’hormones stéroïdes pour ne pas vouloir d’enfant, alors qu’il existe d’autres méthodes (**) aussi efficaces – même approuvées par l’Eglise – sont donc d’ordre purement médical. Pour connaître ces raisons en détail, il suffit seulement de lire la notice (***) se trouvant dans les boites de ces contraceptifs hormonaux. Cela en dit long. Je vous en recommande très fortement la lecture, et j’ai donné quelques exemples en-dessous de ce mail (et pas en petites lettres !).

Mon opinion au sujet de la contraception orale en tant que grand faux-pas de la médecine a déjà commencé quand j’ai appris comment a été fait la recherche sur la contraception hormonale. Car celle-ci a été réalisée d’une manière totalement non-éthique et intolérable. Quand le Dr John Rock et peu de temps après le Dr Gregory Pincus ont commencé à expérimenter avec ces hormones stéroïdes sur des humains, ces deux experts américains se sont bien abstenus de les essayer sur des femmes américaines, car ils avaient déjà remarqué des effets secondaires très graves (voir notice) sur des souris et d’autres animaux.

Ils n’ont pas choisi non plus un pays en voie de développement, parce que les USA étaient alors occupés à chasser les pays européens d’Afrique et d’Asie, sous prétexte de décolonisation. C’était en fait pour pouvoir extraire les matières premières sur place directement, sans être dépendants des colonisateurs européens. (On peut lire l’encyclique “Populorum progressio“, pour avoir une vision plus objective de la colonisation). Ils n’ont pas voulu non plus provoquer d’incidents diplomatiques avec les pays du Tiers Monde. C’est pour cela qu’ils ont choisi d’effectuer les expériences sur des gens à Puerto Rico, une île hispanophone que les USA avait pris aux Espagnols en 1899, en même temps que la Floride et les Philippines. Ils n’ont pas voulu donner l’indépendance à Puerto Rico, mais ont fait de l’île un “US territory” sans lui donner l’autonomie d’un “US state”. C’est en fait une sorte de statut néocolonial. Ce qui s’est passé là dépasse toute imagination, et tout a été très soigneusement tenu secret par les autorités et par les médias, parce qu’on se rendait bien compte que les intérêts commerciaux étaient immenses. Surtout que les contraceptifs oraux étaient alors encore purement dans les mains d’entreprises américaines.

Ces situations affreuses ont été portées à ma connaissance quand j’ai passé une soirée, il y a une vingtaine d’années, chez un médecin portoricain. Ce docteur a vécu toute cette histoire dans sa propre pratique. Je l’avais rencontré auparavant par hasard aux USA lors d’un congrès de médecine. Si je n’avais pas parlé Espagnol, m’a-t-il dit, il n’aurait pas osé m’en faire le récit en Anglais, parce que selon lui (et à juste titre), il s’agissait d’un sujet “trop explosif”.

La contraception, donc l’infertilité temporaire, avait alors à Puerto Rico un succès énorme. Les femmes pouvaient “enfin” avoir des relations sexuelles sans risque d’avoir un enfant. Mais le prix que les femmes locales ont dû payer pour cela était superlourd… Des dizaines de jeunes femmes saines, dont beaucoup avaient déjà des enfants, sont décédées d’accidents cérébraux-vasculaires. Encore beaucoup plus de ces femmes devinrent paralysées ou furent frappées d’autres phénomènes d’attaques neurologiques, par suite de lésions cérébrales à cause d’hémorragies ou de la formation de caillots sanguins. Ceci s’est passé pendant et juste après la deuxième guerre mondiale. Les Américains ont veillé à ce qu’il soit très difficile pour les non-initiés d’entrer à Puerto Rico et pour les Portoricains de quitter leur île, soi-disant pour des raisons de sécurité. Ainsi le “pot-aux-roses” restait bien à l’abri.

Que “Rome”, et les papes d’alors Pie XII et Paul VI, aient été au courant, il ne peut en être autrement, car les médecins catholiques portoricains avaient mis leur archevêque au courant. J’ai reçu en 1984 du (alors futur) cardinal Schotte une explication détaillée sur comment le transit des informations des Eglises périphériques vers Rome est organisé et combien il était efficace. C’est pour cela qu’il est certain que, si un évêque local est informé de faits graves dans son diocèse, il met pratiquement “automatiquement” le Vatican au courant de ceux-ci au plus haut niveau.

Les expériences sur ces femmes portoricaines n’ont pas empêché de mettre ces hormones stéroïdes sur le marché, sous une forme naturellement « plus légère » pour des raisons compréhensibles. Le nombre de complications a diminué, mais elles sont restées bien présentes partout jusqu’aujourd’hui. Je joins à ce mail un peu de documentation à ce sujet. Pour ne pas alourdir ce mail, je l’ai mis sur ce site : http://www.mijnalbum.nl/Album=FV8X7NKE. Si vous ne pouviez pas ouvrir ce lien, je vous enverrais ces quelques photocopies (scannées) par mail séparé. De temps en temps, la presse en a quand même parlé de façon parcimonieuse.  Même l’OMS (Organisation Mondial de la Santé de l’ONU) y a consacré tout un “report” (The Contraception report ; avril 1996, vol.VII N°1 “Risk of venous Thromoboembolism with Third generation OC’s”). (OC= Oral Contraceptives). Il s’agissait de l’hormone stéroïde contraceptive la plus légère que l’industrie pharmaceutique avait mise sur le marché, mais les accidents cérébraux-vasculaires continuaient à arriver…

J’ai moi-même connu personnellement différents cas, malgré le fait que je travaillais dans un hôpital dans un secteur totalement différent de la médecine en tant que chef de service. Mais j’ai également été pendant plus de 15 ans président de la commission éthique. C’est par ce canal que certains de ces cas de mort, ou le plus souvent de mutilations plus ou moins graves de jeunes femmes, sont venus à mes oreilles. Le dernier cas s’est passé il y a quelques mois, il concernait la fille de certains de mes amis. Cette jeune femme, mère de trois enfants, est soudain décédée d’un accident cérébraux-vasculaire. Elle était auparavant en très bonne santé.

Le plus grave avec la contraception orale hormonale est qu’on donne des hormones stéroïdes, donc des produits qui comportent de grands risques, à des personnes qui ne sont même pas malades, donc en pleine santé. Ceci parce qu’on veut résoudre un problème qui n’est pas médical. N’est-ce pas une perversion de la médecine ? L’enfant n’est pas, à ma connaissance, un parasite nocif qui menace le corps de la femme, et qui doit être combattu. Plus encore : Ces hormones stéroïdes sont apparentées aux hormones stéroïdes que la maffia des hormones donne au bétail pour accélérer son engraissement et qui sont interdites pour l’homme dans tous les pays d’Europe, etc., pour raisons de santé. Ce qui est interdit pour le bétail ne l’est pas pour des femmes saines, pour résoudre un problème qui peut être résolu autrement. Car les méthodes naturelles de planning familial ont aussi connu un immense progrès, depuis les méthodes traditionnelles utilisant calendrier et thermomètre (Note de la traduction : en particulier méthode Ogino-Knaus). Maintenant le “failure rate” (le pourcentage d’échecs de la méthode) est aussi bas que pour la prise de pilules contraceptives. Ceci est admis officiellement par des athéistes et des féministes eux-mêmes : http://www.patheos.com/blogs/lovejoyfeminism/2012/11/lets-talk-about-natural-family-planning.html .

Ce n’est pas pour rien que le Japon, qui n’est pourtant pas un pays chrétien, n’a autorisé la contraception orale que depuis peu, sous la pression économique de qui on peut s’attendre. Les arguments, que les autorités japonaises avaient avancés pour interdire la contraception hormonale dans leur pays, étaient purement médicaux. Á savoir parce que cette “médication” était nocive pour la femme. C’était à juste titre.

Un problème supplémentaire, pourtant très important à mes yeux, est que le mécanisme de fonctionnement des pilules contraceptives hormonales est assez variable. Dans ce sens que, dans certains cas, les hormones stéroïdes rendent la fécondation en effet impossible, mais dans d’autres cas, non. Mais aussi par le fait qu’elles modifient la membrane muqueuse de l’utérus et rendent ainsi impossible la nidification de l’embryon humain sur la paroi de celui-ci. De ce fait, la contraception hormonale orale provoque un avortement très précoce, sans que la femme en soit consciente (****). Malgré les tentatives effrénées de désinformation qu’on lit dans la presse, c’est un fait que la vie humaine individuelle en tant qu’être humain commence déjà à la fécondation (la fin de la télophase de la première mitose ou division cellulaire). Autrement dit, un nouvel être humain existe dès ce moment, dont toutes les cellules ont le même matériel génétique que les cellules de l’individu adulte qui se baladera sur notre planète 20 ans plus tard. Mais elles seront différentes des cellules du père et de la mère dont il/elle est issu(e). Si on empêche la nidification de cet être humain, on tue cette personne. Parce qu’il n’y a pas d’individus humains qui ne sont pas des personnes, contrairement à ce que revendiquaient nos voisins de l’Est, peu avant et pendant la guerre, pour “pouvoir se débarrasser” des “indésirables”.

Par cette digression, je veux exprimer mon étonnement, et même mon horreur pour un tel article ; et ce dans un journal officiel qui est propagé comme tel par les diocèses. Ne trompe-t-on pas par-là les Chrétiens ? N’est-il pas écrit dans l’Evangile que toute maison qui est divisée est condamnée à la ruine ? (Mathieu 12:25). N’est-il donc pas temps que tous les Chrétiens se rassemblent aussi unanimement que possible derrière la doctrine de l’Eglise ?

Ma femme et moi-même envisageons très sérieusement de résilier notre abonnement à Kerk en Leven, en raison de cette publication. D’autant plus qu’il est écrit à la fin que le “vrai père de la pilule”, le docteur flamand Peeters, a obtenu une récompense papale. C’est tout simplement laisser supposer au lecteur que l’Eglise n’a plus d’objections à l’usage de pilules contraceptives. Autrement dit, que la contraception orale n’est plus seulement permise par l’Eglise, mais même encouragée par elle. Est-ce qu’on ne donne pas ici à l’homme un serpent quand il demande un oeuf? (Mathieu 21:42).

Entretemps, je vous envoie mes salutations les plus chaleureuses,

Philippe Schepens (30-11-2014)

(*) Ndlr.  Bert Claerhout a été rédacteur en chef de Kerk en Leven (hebdomadaire des diocèses flamands) de 2009 à 2015 et a été remplacé par Luk Vanmaercke. Les idées de Claerhout sont en ligne avec le néo-modernisme et sont redevables à de nombreuses idées d’Edward Schillebeeckx  (https://nl.wikipedia.org/wiki/Bert_Claerhout). 

(**) Ces méthodes sont appelées dans la littérature anglophone, médicale et autre, NFP (= Natural Family Planning): http://americanpregnancy.org/preventing-pregnancy/natural-family-planning. http://www.aafp.org/afp/2012/1115/od1.html. Que ces méthodes soient aussi efficaces que la “pilule” et autres moyens similaires, est reconnu même par les athéistes et les féministes: https://www.patheos.com/blogs/lovejoyfeminism/2012/11/lets-talk-about-natural-family-planning.html

(***) Voici quelques notices: http://db.cbg-meb.nl/Bijsluiters/h08859.pdf,  Marvelon. http://db.cbg-meb.nl/Bijsluiters/h08205.pdf, Microgynon. http://db.cbg-meb.nl/Bijsluiters/h12575.pdf, Minulet. Les raisons pour lesquelles les firmes pharmaceutiques veulent faire connaître tous les effets indésirables de leur produit n’ont rien de philanthropique. Cela vient du fait que, dans le cas où ces complications apparaîtraient, on ne puisse pas les rendre juridiquement responsables et leur faire payer un dédommagement. Il s’agit donc purement d’une protection financière.

(****) Ndlr.  Sans contraceptifs, on estime que seulement la moitié des ovocytes fécondés s’installent dans la paroi utérine. Tant qu’elle n’a pas fait l’objet d’une enquête ou qu’elle peut être examinée, on ne sait toujours pas si et dans quelle mesure la pilule contraceptive est abortive. Ce serait moins ou pas du tout le cas pour les premières générations (plus dangereuses) de pilules contraceptives. Dans la génération actuelle, l’effet « abortif-précoce » possible est plus grand et aurait même été pris en compte lors du développement de ces pilules.

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