Rome

Quelques aspirations dans le cadre du Synode sur la famille d’octobre 2015

1° Une définition claire de ce qu’on entend par “famille chrétienne”

La tendance actuelle de donner à des notions qui sont d’une importance fondamentale dans le domaine éthique et social une interprétation aussi élastique que possible, devrait être résolument combattue par l’Eglise. Cette tendance rend en effet impossible un enseignement de la foi compréhensible et cohérent. A l’intérieur d’une communauté des croyants, elle ouvre la porte à des interprétations qui se contredisent en grande partie ou même totalement, entre autres dans le domaine des règles de comportement. Dans tous les aspects de la vie humaine, également celles qui ont à voir avec les relations interpersonnelles, la clarté a une grande importance. Pour ce qui concerne spécifiquement les familles, c’est d’autant plus le cas, car elles sont les cellules de base des liens unissant la famille étendue, et par extension, ceux de la société à laquelle elles appartiennent.   Ce n’est pas parce qu’une législation séculière traite sur un pied d’égalité toute une série de formes de vie commune comme étant des “familles”, que des individus ou des institutions telles que l’Eglise doivent suivre cet exemple et adapter leurs principes à cet égard.

Il existe différentes descriptions divergentes de ce qu’on peut entendre au sens anthropologique ou politique large par “famille”. En partant de là, l’Eglise a pour tâche, en ces temps de confusion, d’expliquer clairement au monde ce qu’elle entend précisément quand elle parle de “famille chrétienne”, en particulier dans le cadre d’un synode des évêques qui a été réuni pour donner le meilleur soutien pastoral à ces familles. La famille chrétienne doit en grande mesure s’approcher du modèle idéal de la famille sur les plans social, éthique et religieux. Sur base de la tradition chrétienne continue, enracinée dans le message de l’évangile, nous proposons à titre d’exemple la description suivante, qui évidement peut être amélioré ou complété.

La famille chrétienne est une forme de vie commune dont le noyau consiste en un homme et une femme qui s’associent dans une relation durable pour toute la vie, basée sur les Commandements de Dieu, ayant en particulier l’obligation de participer en tant que parents à la reproduction humaine naturelle d’une façon mentalement et physiquement saine. La famille chrétienne forme ainsi une unité de base sociale où les parents inculquent une éducation salutaire religieuse et sociale à leurs enfants, sans faire de différence entre leurs descendants biologiques et ceux qu’ils ont éventuellement adoptés. Des familles chrétiennes peuvent être réduites, à la suite du départ volontaire ou non d’un des parents ou des enfants, ou par une absence involontaire d’enfants. Elles peuvent également être étendues par la vie commune avec d’autres apparentés ou de membres de la famille par alliance.  Ils tirent de l’Evangile la force d’être des exemples de solidarité, de respect mutuel et d’indulgence.  Les enfants y apprennent à respecter leurs parents et à leur obéir jusqu’à ce qu’ils quittent la maison parentale ou qu’ils deviennent eux-mêmes responsables pour une nouvelle famille. L’Eglise joue ici un rôle prépondérant de soutien en tant qu’instance inspiratrice spirituelle, confirmante sacramentelle, enseignante et conseillère.

2° La tâche pastorale de l’Eglise à l’encontre des familles chrétiennes

Cela tombe naturellement totalement en dehors de notre compétence de dicter à la direction de l’Eglise quelle politique pastorale elle doit suivre. Cette compétence repose entièrement sur le pape et les évêques. Nous souhaitons seulement exprimer ce que nous espérons de la direction de l’Eglise en tant que membres fidèles de celle-ci. Le synode sur la famille peut prescrire des directives pour la pastorale sur la famille qui sont valables pour toute l’Eglise universelle. La transmission partielle de sa compétence aux responsables hiérarchiques locaux (comme proposé par Mgr. Bonny et une grande partie des évêques allemands) serait une erreur très dangereuse. Cela conduirait irrémédiablement à une Eglise découpée en morceaux, en proie à une concurrence féroce entre différents courants théologiques.

Une bonne pastorale de la famille doit selon nous anticiper et ne pas courir après les évènements.  Cela signifie concrètement qu’en premier lieu on doit prêter attention à une bonne préparation du mariage chrétien. L’accompagnement de relations qui ne répondent pas (plus) à l’idéal du mariage chrétien, mais qu’on espère pouvoir (ré)intégrer dans la vie chrétienne est aussi importante, mais cela est de second rang. Il vaut en effet toujours mieux prévenir que guérir. Nous partageons entièrement le grand souci du pape François pour ceux qui se sont égarés. Mais les efforts pastoraux d’offrir un soutien spirituel à ce groupe grandissant ne doivent pas se faire aux dépens de la préparation des nouvelles générations à l’idéal du mariage chrétien et de l’accompagnement des familles chrétiennes existantes, ou aboutir à une permissivité qui mine la dignité du mariage chrétien.

“Ce qu’on apprend au berceau dure jusqu’au tombeau”. L’éducation à une parentalité chrétienne responsable doit être idéalement entreprise dès le plus jeune âge. Cela se passe théoriquement en premier lieu dans les familles chrétiennes existantes, mais dans la pratique moderne, cette tâche parentale est souvent croisée ou en grande partie reprise par ce que les jeunes apprennent à l’école, aussi bien par la matière enseignée que par les exemples auxquels ils sont confrontés tous les jours.     Dans notre pays, nous disposons d’un puissant réseau d’enseignement qui s’appelle encore toujours “catholique”, mais dans lequel nos évêques n’ont plus rien à dire ou très peu. Les cours sur la formation de relations affectives et sur la sexualité sont en grande partie basés sur des moyens didactiques fourni par des organisations séculières (telles qu’entre autres Sensoa), dans lesquels sont enseignés des valeurs et des comportements qui contredisent complètement la morale catholique. C’est pourquoi nous insistons pour un contrôle efficace des évêques sur cette matière, dans les écoles où ils peuvent encore exercer une influence suffisante. Là où les choses sont à ce point hors de contrôle qu’il n’y a plus de remède, nous espérons que nos responsables religieux offrent des cours en dehors de l’école. Là nos enfants pourront prendre connaissance de la saine morale catholique du mariage et apprendre les capacités relationnelles qui favorisent une relation de mariage durable.

Préparation au mariage. Une autre mesure que nous considérons comme nécessaire est l’obligation pour ceux qui veulent se marier religieusement de participer à une série convenable de leçons préparatoires. Chez nous, la bénédiction religieuse du mariage a été en grande partie dégradée en une tradition romantique ou une démonstration de luxe, où les ingrédients catholiques sont considérés par beaucoup de participants comme étant du folklore ou totalement dépassés. Ces leçons feraient bien de se baser sur la catéchèse détaillée du mariage des papes postconciliaires Paul VI, Jean-Paul II et Benoit XVI, déjà mentionnée explicitement dans le Relatio Synodi actuel. Ondevrait poliment mais fermement refuser les candidats au mariage religieux qui ne semblent pas être d’accord avec cet enseignement. En première instance, ceci conduira probablement à une diminution du nombre de bénédictions de mariage catholiques. A terme néanmoins, cette approche relèvera le prestige du mariage religieux et l’Eglise récoltera les fruits d’une politique visionnaire cohérente.

Formation des prêtres. Dans les séminaires, les candidats à la prêtrise devraient être préparés de manière extensive aux difficultés et aux possibilités qui font partie d’une pastorale de la famille fertile. L’Eglise dispose à cet effet d’un trésor énorme d’expertise et des experts du vécu. Comme instruments importants pour une politique efficace au service des familles chrétiennes, nous considérons entre autres, les visites pastorales aux familles, les célébrations pénitentielles régulières (actuellement, chez nous, jetées presque complètement aux oubliettes dans la plupart des paroisses), les actions de solidarité pour les familles dans le besoin et la visite des malades. Il est important ici d’avoir une saine répartition des tâches entre prêtres, diacres et laïcs, afin que les missions principales sacramentels et ecclésiastiques des prêtres ne soient pas négligés.

Les futurs prêtres doivent également être très bien mis au courant des possibilités et des avantages du planning familial naturel et apprendre comment attirer au mieux l’attention des fidèles en général et des familles chrétiennes existantes en particulier sur cette méthode.  Pour cela, un vrai changement de mentalité est requis au sein de la direction de notre province ecclésiastique, qui a surtout nié et plus combattu que propagé les sains principes de Humanae Vitae.

Soutien aux mouvements familiaux chrétiens et aux initiatives pro-famille. Bien que de telles initiatives existent chez nous, elles se font en général à petite échelle et en ordre dispersé. Elles sont apparemment encore insuffisamment soutenues par la direction actuelle de l’Eglise. Nous insistons pour cela sur une plus grande attention sur les possibilités qui sont offertes par les forces dynamiques à l’intérieur des familles chrétiennes elles-mêmes. L’Eglise devrait systématiquement soutenir les initiatives laïques saines qui rassemblent les familles chrétiennes et les renforcent socialement. Un accompagnement religieux qualifié de ces initiatives augmente la force de résistance spirituelle dont les familles chrétiennes ont besoin pour surmonter les difficultés qui les menacent avec l’aide de Dieu. Les familles chrétiennes se rendraient alors compte qu’elles ont des pasteurs qui sont solidaires à leur côté face aux soucis et incertitudes qui peuvent les tracasser et qui les aident à trouver les solutions chrétiennes justes aux problèmes qui forment une menace pour leur survie.

Accompagnement des divorcés non remariés. Tous les chrétiens qui sont abandonnés par leur conjoint ne commencent pas pour cette raison une nouvelle relation. Certains restent fidèles à leurs vœux de mariage, même dans ces circonstances. Il existe des initiatives louables pour unir les gens qui se trouvent dans cette situation psychologiquement et socialement difficile, afin qu’ils puissent se soutenir mutuellement dans leur choix, qui souvent peut être appelé héroïque. L’Église devrait guider ces chrétiens cohérents plus et mieux et encourager leurs associations, entre autres en les portant régulièrement à l’attention des fidèles.

3° La tâche pastorale de l’Eglise vis-à-vis de liens familiaux qui ne peuvent pas ou plus être considérés comme authentiquement chrétiens

Il s’agit ici plus précisément de la pastorale vis-à-vis des divorcés catholiques remariés et des couples homosexuels. Ce n’est pas notre intention de condamner ou de clouer au pilori les fidèles se trouvant dans de telles situations. Ceci n’est pas une attitude évangélique. Le Christ nous a appris à prier même pour nos ennemis, d’autant plus nous devons éviter de marginaliser inutilement par notre attitude des gens qui croient en Lui, mais qui, pour des raisons ou des causes qu’ils ne comprennent peut-être pas eux-mêmes ou ne contrôlent pas, ne vivent pas suivant les commandements de Dieu. Nous devons nous rendre compte que nous sommes tous d’une manière ou d’une autre pécheurs devant Dieu et que le plus grand des commandements est et reste celui de l’amour.

Cela ne signifie cependant pas qu’une attitude de compassion chrétienne puisse conduire à des malentendus au sujet de la doctrine catholique et certainement pas à sa “révision” (comme proposé par certains théologiens et même des évêques). Le Christ nous a appris explicitement que personne n’est autorisé à “changer ne fut-ce qu’une lettre ou un point aux lois de Dieu”. Le souci pastoral pour les croyants qui sont dans une situation de famille qui ne correspond pas (plus) aux normes de foi catholiques est important et doit être aligné sur la parabole du Christ du fils prodigue ou du berger qui va rechercher la brebis égarée. Dans cette dernière parabole, la brebis reste “égarée” jusqu’elle soit retournée à la bergerie, tout comme le fils prodigue tant qu’il n’était pas revenu à son père. Les mots du Christ ne peuvent certainement jamais être perçus comme une excuse pour prendre les lois de Dieu à la légère ou de les affaiblir. C’est soit une forme contrefaite de la miséricorde, ou une preuve d’incroyance dans le message évangélique, qui selon les normes temporelles peut paraître exigeant, mais qui indique les bons chemins dans le plan de salut de Dieu.

Nous ne sommes pas du tout d’accord avec ceux qui qui affirment que la doctrine catholique “doit s’adapter à l’environnement culturel changeant” (Sur quelles bases bibliques solides ceci est-il basé ?). Nous soutenons les initiatives pastorales qui ont pour but d’accompagner spirituellement les croyants qui ne vivent pas entièrement selon la doctrine catholique. Cela signifie concrètement à nos yeux que, d’un côté, on ne les abandonne, mais que d’un autre côté, ils ont droit comme chacun aux vérités et aux commandements authentiques et éternelles que Dieu lui-même nous a enseignés par les prophètes et par Son Fils. A cela appartiennent l’indissolubilité du mariage chrétien et la condamnation de relations sexuelles qui ont lieu en dehors du mariage. 

A nos yeux, la direction actuelle de l’Eglise belge est trop marquée à ce sujet par le manque de clarté et même dans une certaine mesure par une permissivité coupable. La pratique a déjà plus que suffisamment démontré que ceci ne conduit certainement pas à un plus grand attachement à l’Église et qu’il s’agit donc avec certitude d’une attitude pastorale complètement erronée.  Nous proposons, pour les croyants qui ont une relation qui n’est pas conforme avec la doctrine de l’Eglise, une pastorale d’accompagnement spirituel sans compromis doctrinaires ou “adaptations”. Les prêtres qui procurent ce soutien spirituel ne doivent pas se laisser intimider par des affirmations de soi-disant “autorités” qui semblent mieux savoir ce qui est bon pour l’Eglise que tous les papes précédents réunis. On peut difficilement détailler les modalités de cette pastorale sans compromis. Le mieux nous semble de se laisser inspirer par des exemples positifs qui ont mené à de bons résultats. On peut aussi éventuellement trouver des exemples fructueux dans d’autres domaines pastoraux difficiles, comme l’accompagnement spirituel de prostituées ou de drogués (nous ne visons naturellement ici aucune forme de comparaison avec ces groupes cibles).

Enfin, nous insistons pour que nos autorités religieuses condamnent ouvertement les parades “gay” choquantes, comme étant une forme de décadence culturelle ou de dépravation morale.

4° La tâche pastorale de l’Eglise à l’égard des célibataires

Nous ne pouvons certainement pas non plus perdre de vue nos frères qui, pour une raison quelconque, vivent en célibataire en dehors d’un lien familial fixe. Ils jouent également un rôle dans notre société, alors qu’ils ont plus vite à faire avec des sentiments de solitude. Nous espérons qu’également pour ce groupe un bon accompagnement pastoral soit développé. Etant donné qu’ils disposent généralement de plus de temps libre, il est indiqué de les intéresser le plus possible aux tâches qui profitent aux communautés paroissiales. Les personnes âgées célibataires qui n’ont pas d’emploi permanent pourraient, par exemple, occuper un emploi rémunéré – aussi petit soit-il – avec des prêtres (plus âgés) ou pourraient être utilisées comme personne d’accueil ou comme guide dans les églises.

5° L’attitude pastorale à l’égard des développements sociaux qui contredisent l’anthropologie et la morale chrétiennes

Nous pensons en particulier à la légalisation de l’avortement et à la théorie du genre. Ce sont deux fléaux qui sapent l’avenir de la famille chrétienne. Ce sont les conséquences d’une mentalité hostile à l’enfant et hédoniste, qui est toujours en hausse, en particulier dans les pays riches. Á notre avis, il fait partie des obligations pastorales familiales de l’Église de combattre ces développements ouvertement et aussi efficacement que possible.

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