Scientificité et phénomènes religieux

24-02-2022

Il nous sembe nécessaire d’écarter certains malentendus courants sur la « scientificité » en matière de foi. Sont scientifiques toutes les déclarations ou découvertes relatives à l’ensemble temporel et spatial dont nous faisons partie et qui peuvent être prouvées par des tests ou des observations reproductibles, ainsi que les conclusions qui en résultent logiquement. De cette définition, on peut immédiatement déduire que la thèse « Dieu n’existe pas » ne peut pas être une conclusion scientifique, car on ne peut pas faire de constatations expérimentales de quelque chose qui n’existe pas et, de plus, Dieu n’est par définition pas soumis aux lois qui régissent la réalité observable. On ne peut travailler qu’avec des hypothèses indémontrables telles que : « Si Dieu existe, alors… ». Notre illustre philosophe flamand, feu Étienne Vermeersch, s’est pourtant fait un devoir de réaliser cette impossible prouesse scientifique dans un “Opus Magnus” (sic). Peut-être que Dieu en avait assez ? En tout cas, le master plan pour mettre fin à la raison d’être philosophique de Dieu, est mort avec l’auteur d’une « douce mort » (1).

Contrairement à la non-existence, la possibilité et même la probabilité de l’existence de Dieu en tant que l’autorité créatrice souveraine peuvent être déduites indirectement mais logiquement, à savoir des lois complexes qui régissent la réalité que nous connaissons (2). Mais on ne peut pas allez plus loin. Puisque « l’Être » de Dieu n’est pas soumis aux limites du temps et de l’espace, nous pouvons en tirer peu ou pas d’inférences « scientifiques ». Pour la science, l’origine ultime de tout ce que nous connaissons est comme un corps céleste inaccessible, ou un « centre d’origine et/ou de décision » qui ne peut pas être localisé; dont l’existence peut être présumée, mais ne peut être prouvée par une méthode scientifique connue.

Plus généralement, on constate que certaines des réalités qui nous affectent sont difficiles ou impossibles à traiter scientifiquement, car elles appartiennent à d’autres domaines de la connaissance tels que les intuitions, les sentiments, les visions ou les croyances. Tout ce qui en relève n’est pour cela pas automatiquement « non scientifique », car cela suppose qu’elles ne puissent pas être compatibles avec la science. Pour une évaluation scientifique, il est conseillé d’utiliser des qualifications nuancées, telles que « impossible (ou difficile) à prouver scientifiquement », « scientifiquement probable (ou non) » et autres. Ces domaines ne sont pas seulement communs, mais font même nécessairement partie de notre processus de réflexion et de prise de décision humaine. Les arguments acceptés comme « purement scientifiques » sont aussi souvent subtilement influencés, infectés, ou peut-être même basés sur des présuppositions ou des théorèmes non (ou mal) étayés. Objectivement parlant, on ne peut qualifier de “non scientifique” que ce dont on peut démontrer sans aucun doute qu’il est incompatible avec les connaissances scientifiques existantes. D’autre part, il faut se méfier du label de qualification « prouvé scientifiquement ». Il est trop souvent utilisé pour imposer ses propres points de vue avec un argument d’autorité bon marché, faisant souvent référence à des déclarations d’autorités connues ou inconnues.

Miracles

Les signes directement observés de l’existence de Dieu sont appelés miracles. Pour les chrétiens, les plus importants d’entre eux sont la naissance de son Fils et ses apparitions après sa résurrection.  Les miracles appartiennent avant tout au monde religieux de la foi, et en tout cas ce ne sont pas des phénomènes reproductibles aléatoirement. Ils ne peuvent donc acquérir un certain degré d’acceptabilité scientifique que dans la mesure où ils peuvent être démontrés et enregistrés par certaines techniques, par exemple au moyen d’instruments, de photographies ou découvertes médicales bien documentées. L’Église catholique a déjà reconnu un certain nombre de miracles, mais à chaque fois, cela ne s’est produit qu’après une recherche approfondie des sources, des témoignages et des constatations. La proclamation continue de la foi n’est pas servie par la diffusion de récits de miracles bon marché ou de fantasmes, ni par un carcan de critique pseudoscientifique.

Du côté scientifique, le scepticisme à l’égard des événements miraculeux prévaut (souvent à juste titre, mais pas toujours). Scientifiquement, on ne peut que confirmer que les miracles ne sont pas conformes aux lois connues de la nature, mais on ne peut pas prouver que des exceptions à ces lois de la nature ne sont pas possibles, en raison de causes naturelles sous-jacentes inconnues ou de forces surnaturelles (qui régissent les lois de la nature elles-mêmes). La vraie scientificité se caractérise par la conscience de ses limites. Plus nous en savons, plus nous voyons ce que nous ne savons pas encore.  Ces dernières années, nous avons vu un intérêt croissant pour les phénomènes “paranormaux”, y compris de la part du monde scientifique. Il est encourageant d’un point de vue religieux de constater par le succès continu des sanctuaires reconnus (même en ces temps hypermatérialistes) que la croyance aux miracles est tout sauf morte. Les articles de ce site traitant des miracles permettent d’approfondir ce sujet (3).

Si nous appliquons ce qui précède aux sujets abordés ici, nous devons constater que de nombreux experts religieux réputés se tordent presque machinalement dans le carcan pseudoscientifique susmentionné. Curieusement, cela semble être principalement le résultat d’un souci exagéré de leur réputation scientifique. En raison de cette approche crispée, une grande partie des penseurs théologiques d’aujourd’hui sont occupés, consciemment ou inconsciemment, à scier soigneusement les branches de la foi sur lesquelles ils sont assis.

Nos questions matérielles et existentielles peuvent en grande partie être résolues par une combinaison de science et d’humanisme. Mais nos quêtes religieuses ne rapportent pas grand-chose si nous n’osons pas faire un usage délibéré, mais sans complexe, de la richesse des découvertes et des idées religieuses de 2000 ans de christianisme. La combinaison d’expériences et d’explications logiques que ce trésor fournit nous permet de creuser beaucoup plus profondément et d’aller plus loin dans les réalités cachées qui façonnent nos vies, qu’une approche dite “strictement scientifique”. L’exactitude probable (qui n’est pas la même chose que la régularité scientifique !) de nos points de vue croyants est favorisée par une saine autocritique.  Pour leur évaluation finale, nous devons prêter attention à leur cohérence dans l’ensemble de nos conceptions, à la signification qui les accompagne et à la valeur ajoutée qu’elles apportent à notre enrichissement spirituel ultérieur.

 Anges et visions

Au lieu de rejeter à l’avance les histoires d’anges bibliques comme des fables pieuses, elles peuvent également être considérées comme une forme de rêves ou de visions de jour ou de nuit, qui laissent une impression aussi réelle sur les personnes concernées que les événements quotidiens qui les entourent et dont les conséquences peuvent éventuellement être constatées par la suite. La différence avec les hallucinations est qu’elles ne sont pas un effet secondaire de troubles ou d’anomalies neuronales, mais se produisent spontanément chez des personnes en parfaite santé, généralement inspirées spirituellement. Il s’agit de phénomènes purement spirituels (donc miraculeux), qui ne sont pas produits par les voyants eux-mêmes, mais qui se manifestent à eux de façon très réaliste. Notre époque compte aussi beaucoup d’exemples d’expériences ou de situations physiquement inexplicables, qui ont e.a. abouti à des « stigmates », comme dans le cas du célèbre père italien Pio.

Il est trop simpliste de rejeter toutes les expériences des voyants comme des chimères ou des fabrications. Mais puisqu’en tant qu’extérieur, on n’a pas soi-même accès à des sensations similaires, on doit évaluer ces phénomènes avec beaucoup de prudence. Cela signifie, entre autres choses, que toutes les histoires sur les anges dans la Bible n’ont pas besoin d’être étiquetées comme « réellement arrivées ». Il est très probable qu’au sein d’une communauté avec une forte croyance aux anges, des événements transmis oralement aient été expliqués ou progressivement renforcés par l’implication d’anges.

Donnons un exemple fictif pour expliquer ce problème. Supposons que vers l’an 4000 par accident, une édition du journal portugais O Século (1881-1977), qui était censée être complètement perdue, est retrouvée. Il contient un article du rédacteur en chef Avelino de Almeida, qui décrit comment il a été témoin oculaire du miracle du soleil du 13 octobre 1917 à Fatima. Des articles d’autres journaux ont également fait surface, rapportant qu’environ 50 000 personnes ont regardé collectivement la danse du soleil, comme Sainte Marie l’avait prédit. Après une recherche minutieuse des sources, une équipe de spécialistes arrive à la conclusion qu’O Século était un journal anticlérical, qui était généralement considéré comme objectif et que les différents autres fragments racontent une histoire largement similaire. Puisque les chercheurs ne croient pas aux miracles et supposent que le journaliste impliqué n’y croyait pas non plus, leur conclusion est qu’il s’agit d’une histoire de science-fiction. Leurs recherches ultérieures mènent ensuite à l’évaluation « historique » suivante :

L’histoire a été publiée par l’auteur à l’époque d’Halloween avec des photos truquées, avec l’intention d’augmenter les chiffres de vente de son journal en faisant sensation. (Une vingtaine d’années plus tard, Orson Welles a également fait quelque chose de similaire avec sa pièce radiophonique encore bien connue « War of the Worlds »). Le reportage a été immédiatement repris par plusieurs autres journaux et fourni avec des détails supplémentaires. Avelino de Almeida a apparemment trouvé son inspiration dans un culte solaire anglais préhistorique, dont Stonehenge était le centre et qui était encore pratiqué à son époque par certaines sectes druidiques. Son histoire a ensuite été reprise par les communautés de foi chrétienne et largement diffusée comme authentique. Aujourd’hui encore, on en trouve des traces dans des histoires qui circulent dans les milieux conservateurs.

Cette évaluation peut-elle être qualifiée de « scientifique » ? Où sont les erreurs ? Quelles similitudes les conclusions de cette équipe de recherche fictive portent-elles avec un grand nombre de conclusions d’exégèse historico-critique contemporaine ? C’est à nos lecteurs d’y réfléchir, ou de s’informer davantage. À d’autres occasions, le sujet important et fascinant des phénomènes surnaturels sera certainement abordé (4).

(1) Le 18 janvier 2019, Etienne Vermeersch a opté pour l’euthanasie après un an de maladie.

(2) C’est ce dont nous parlons dans la discussion du livre de Jean Guitton et les frères Bogdanov « Dieu et la science. Vers le métaréalisme », Paris : Grasset, 1991. (Cf. l’article néerlandais God en de Wetenschap de cette section).

(3)  Sur ce site, seuls les événements inexpliqués pour lesquels il existe de nombreuses preuves suffisantes et solides sont traités comme des miracles (ou acceptés comme possiblement de nature miraculeuse). Il s’agit principalement de faits qui ont été officiellement acceptés comme tels par l’Église catholique, soit sur la base d’une enquête directe par une autorité ecclésiastique autorisée, soit sur la base de traditions bien étudiées et acceptées, en particulier celles de l’Ancien et du Nouveau Testament.

(4) Voir, entre autres, l’article L’authenticité des récits évangéliques de l’enfance, sous le thème « La Bible ».

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