Solitude

31-07-2013

“L’enfer c’est l’Autre” : une citation très célèbre de la pièce “Huis Clos” de Jean-Paul Sartre. Elle reflète une réalité existentielle dans laquelle se débattent bien des gens. Mais il y a dans notre société occidentale un point névralgique beaucoup plus grand, qui contredit pour ainsi dire cette affirmation. Son bouillon de culture est imbibé par l’idéologie des Lumières, dont le philosophe et lauréat du prix Nobel mentionné était un représentant illustre.

La confrontation avec nos semblables, symboliquement dénommés « l’autre », ne se passe pas toujours comme sur des roulettes et cela conduit parfois à des situations infernales. Mais pire encore est la situation de ceux qui expérimentent la vacuité de l’absence (physique ou mentale) d’ « autres » qui remplissent leur vie et lui donnent un sens. Un des côtés absurdes de cette situation, c’est qu’elle se produit souvent dans des endroits, tels que nos villes, où cela grouille d’« autres ». Entre les pierres et le béton des rues errent des gens seuls, tourmentés par un froid interne, tandis que le désespoir d’autres reste caché chez eux, derrière les façades muettes de nos villes agitées et criardes. Même des gens qui sont entourés par une grande famille sont parfois en proie à ce qu’on peut sûrement appeler le mal principal de notre “civilisation” matérialiste. Ils vivent dans un monde solitaire de pensées ou de sentiments qui ne correspondent pas à ceux de leur environnement et ils ne trouvent pas les bons canaux de communication pour exprimer leurs sentiments ou idées. Les « autres » sont tout simplement trop différents, trop indifférents ou trop inaccessibles.

« Des recherches récentes par l’École supérieure Thomas More et le Centre pour la recherche Longitudinale et du Cours de la vie de l’Université d’Anvers montrent qu’environ un quart de la population se sent seul par manque de contact social. » (Source : humo.be). “Près du tiers des personnes âgées se sentent parfois seules et une sur dix se sent même très isolée.” (Source : Volkskrant.nl). « La dépression causée par la solitude, se développe en une épidémie généralisée chez les jeunes britanniques de 18 à 34 ans. Les organismes de santé britanniques tirent la sonnette d’alarme, en particulier les jeunes femmes en sont victimes » (Source : hln.be)…. On peut facilement remplir un livre, ou disons des livres ou peut-être même une petite bibliothèque, avec des histoires et des commentaires au sujet de la solitude dans nos soi-disant États-providence. Pas seulement des dépressions qui conduisent parfois au suicide, mais aussi des affections physiques dangereuses telles que les maladies cardiaques et le cancer du sein, peuvent en être le résultat selon des études.

Qui a déjà visité des homes de personnes âgées sait par expérience combien de vieilles personnes y dépérissent sans jamais recevoir de visites de leurs enfants ou proches parents. Combien de gens ne trouvent plus la paix après qu’ils ont été abandonnés par leur conjoint, sans aucune faute de leur part ? Il faut vraiment fermer les yeux ou être aveuglé par sa propre réussite sociale, pour ne pas remarquer la solitude dont souffrent certaines personnes dans notre entourage. Dans les populations qui ne peuvent que rêver des ressources matérielles fantastiques dont nous disposons, on constate beaucoup moins ce phénomène. Il y a plus de communication, plus de coopération, plus de solidarité. Comment peut-on concilier cela ?

Les chercheurs font principalement une distinction entre deux formes différentes de solitude : sociale et émotionnelle, chacune avec leurs causes et leurs thérapies possibles. C’est cependant oublier une autre forme de solitude, à savoir la métaphysique, résultant d’une autre cause : la confusion idéologique et l’incertitude spirituelle dans laquelle est plongé l’homme moderne. Si on a le courage de creuser plus profondément, on remarquera même que la solitude métaphysique est le terreau ou le catalyseur de beaucoup de solitude sociale ou émotionnelle. Elle est accompagnée par un sentiment de vide qui est comparable à celui d’un orphelin : un manque résultant de l’absence de contact avec la source fondamentale de notre existence. C’est l’une des raisons (et peut-être la plus importante) pour laquelle la solitude se produit nettement moins dans les pays pauvres ou moins « développés », qui n’ont pas perdu la foi qui est le ciment de leur identité commune. La solitude chez nous est en grande partie due à la culture généralisée du manque de sens, dans laquelle la mort est légalement et socialement acceptée comme l’issue la plus simple pour tous les problèmes dont nous ne connaissons plus de solutions spirituelles ou morales. (Cf. les propositions sur la table concernant l’expansion de l’euthanasie belge).

Sartre considérait l’existence de Dieu comme impossible, car elle ne rentrait pas dans l’ensemble philosophique qu’il avait développé. Sa conclusion logique était que l’homme avait une liberté radicale. Les valeurs auxquelles adhère l’homme ne sont déterminées que par lui et par lui seul. Cette thèse philosophique a exercé une grande influence sur la pensée de nos contemporains. Le résultat est que beaucoup vivent maintenant, ou essaient de vivre, selon des “valeurs” dictées arbitrairement par leur cerveau, leurs instincts ou leurs émotions spontanées. Dans la cacophonie résultante des opinions et des concepts de vie, ne reste finalement qu’un principe en place en tant qu’agent de liaison hors duquel il n’est point de salut : la loi mathématique de la majorité. La moralité stable basée sur la croyance religieuse cède la place à une morale de l’État, concoctée par les cellules de réflexion des majorités changeantes, souvent formées grâce aux médias, qui sont eux-mêmes contrôlés par ceux qui y tirent les ficelles. Ces derniers sont généralement en contact étroit avec ceux qui sont au pouvoir, ce qui ferme la boucle. Finalement, ceci forme dans nos soi-disant démocraties ce qui est accepté comme “politiquement correct” et imposé via de juridiques “bâtons derrière la porte”, à l’attention de ceux qui en osent penser différemment.

Il est clair qu’une morale dominante de l’État, qui repose sur l’arbitraire et le non-sens métaphysique, ne convient pas pour créer des préceptes unanimement reconnus et une société solidaire, où les gens ne se sentent pas seulement superficiellement unis. La morale, bien et légèrement emballée que nous servent presque en passant nos chaînes nationales, est apparemment tolérante, mais en fait socialement dissolvante à bien des égards. Foyer, famille, communauté ecclésiastique, tout ce qui promeut un vivre ensemble où les gens partagent joie et peine, en est affecté. Dans un monde où tout le monde peut soi-disant déterminer ses propres valeurs, s’appliquent finalement les lois du « d’abord moi » et du « plus fort socialement ». Cela devient une société de « losers » et « winners » dans lequel l’attention et les médias se concentrent principalement sur ces derniers, tandis que les premiers sont évités ou ignorés. Un show clinquant et vide de sens, un discours stupide et vulgaire, y déterminent l’atmosphère. La beauté extérieure, la richesse et le succès sont les idoles adorées, à qui sont sacrifiées les plus vulnérables et ceux qui ne tournent pas rond dans ce carrousel social. L’augmentation de la solitude, la pauvreté cachée et les problèmes d’éducation croissants en sont les symptômes concomitants, nonobstant tous les palliatifs sociaux.

Quand Jésus-Christ partagea notre vie terrestre, dans un coin reculé de l’Empire romain, il y avait aussi beaucoup de misère. Cet Empire hébergeait alors aussi une cacophonie culturelle qui, après le premier empereur Auguste, fut gérée par chaque détenteur du pouvoir dans une succession toujours plus rapide. Contrairement à la fausse paix de la « Pax Romana », basée sur la violence de l’État, Il a enseigné les lois de l’amour authentique, magistralement exprimées dans son Sermon sur la montagne. Il n’a promis aucun âge d’or sur la terre, comme c’est l’habitude dans un discours politique, mais Il a purifié les âmes et a ouvert les yeux sur le véritable avenir ultime de chaque être humain. De cette façon, Il a aplani, dans les cœurs de ceux qui ont écouté ses paroles, la seule voie qui peut conduire à une paix durable. Son remède était : « Aime Dieu et aime ton prochain ». Pour tous ceux qui supportaient seuls ou sans espoir les souffrances de la vie, Il a donné l’assurance : « Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés ».

Dans ses pas, d’innombrables personnes et organisations ont depuis lors fait de leur mieux pour soulager les souffrances de leurs semblables, pour aider les pauvres et réconforter les isolés. Encore aujourd’hui, les organisations de bienfaisance les plus nombreuses et les plus actives sont d’inspiration chrétienne. Pensons par exemple à la Communauté de Sant Egidio, Poverello, Caritas International, l’Église en Détresse, la Fondation Damien, Emmaüs, les Îles de Paix, pour n’en nommer que quelques-uns des plus connus, mais il y en a beaucoup plus (souvent sans aucune subvention gouvernementale) qui, au nom de Jésus Christ, dans nos villes et nos villages, accueillent ceux qui ne trouvent pas ou plus leur place dans notre société de la réussite. Ils sont rarement mentionnés dans nos médias politiquement corrects, dans lesquels les extravagances de tous ceux qui sont riches et puissants sont étalées et expliquées en détail, et où surtout Flamands et Wallons Connus et Fortunés peuvent avoir leur mot à dire.

Mais, comme nous l’avons vu – en dépit du fait que, chez nous et dans nos pays voisins, existent de nombreuses organisations sociales et charitables – le besoin face à ce que nous nommons « solitude » est entretemps de plus en plus grand. Un facteur important dans cette triste histoire, c’est que la solitude intérieure ou émotionnelle installe une barrière de communication qui tend à se maintenir et même se renforcer. Elle est généralement plus difficile à détecter que la solitude due à des facteurs sociaux ou économiques. Ceux qui y sont confrontés trouvent rarement par eux-mêmes le chemin pour en réchapper, leur attitude psychologique le leur permet difficilement. Ils dépendent donc de la vigilance et des préoccupations d’un cercle de connaissances qui généralement n’est pas grand et varie peu. En fait, nous devrions être entraînés à reconnaître à temps les symptômes de leur douleur cachée et y répondre avec le tact et la patience nécessaire. Beaucoup de souffrances et de tragédies pourraient ainsi être évités.

Dans les cercles dans lesquels nous évoluons, il y a presque toujours des personnes qui sont marginalisées, pour une raison ou pour une autre. Parfois, cela est dû à leur propre comportement peu amical, mais dans de nombreux cas ils ne sont tout simplement pas la compagnie idéale, avec qui nous aimons traiter, parce qu’elle est intéressante, agréable, attractive, ou parce qu’elle offre des perspectives sur la promotion sociale, etc… Qui d’entre nous aime fréquenter un plaintif, quelqu’un qui a l’air généralement maussade ou triste, qui « ronchonne » beaucoup, qui n’est pas bien soigné, qui a des manières grossières ou une voix désagréable, qui a une apparence moche … ? C’est pourtant en particulier dans leur direction que, en tant que chrétiens, nous devrions regarder si nous voulons vivre, comme notre Sauveur, en bienfaisant et guérissant. Ce n’est certainement pas une tâche agréable, mais une qui ne doit pas être organisée ou subventionnée et grâce à laquelle l’on peut sortir les gens d’un isolement qui menace de détruire leur vie. En compensation, nous obtenons une plus grande tranquillité d’esprit, nous aidons à prévenir notre propre solitude potentielle et nous pouvons aspirer au jour où nous aurons les joies éternelles du ciel en partage avec “ceux qui pleurent”.

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