Vers une Eglise au service de Dieu ou au service des hommes ?

08-11-2014

En fonction des circonstances, on a donné au cours du temps des titres variés à l’Eglise. On a parlé de l’Eglise souffrante, combattante, victorieuse, … En ce qui concerne notre temps et nos contrées, on pourrait peut-être ajouter quelques nouveaux qualificatifs à cette liste : “l’Eglise à problèmes” ou “l’Eglise mourante”. Sur quoi cela s’appuie-t-il et est-ce que c’est bien correct ?

Pour pouvoir bien y répondre, on doit d’abord clarifier ce qu’on entend par “Eglise”. C’est une dénomination utilisée généralement pour une association de croyants partageant en grande partie les mêmes idées, mais chez nous, on désigne ordinairement par cette appellation l’Eglise Catholique Romaine. Vue de façon purement sociétale, c’est une organisation qui peut être considérée comme une “association sans but lucratif”. Cependant, “faire du profit” fait partie de ses objectifs, mais il ne s’agit pas ici de profit financier. L’Eglise veut gagner des gens (ses opposants parlent de manière arrogante d’”âmes”) et enrichir ces gens spirituellement. Dans le péricope de l’Evangile où Jésus appelle ses apôtres à devenir des “pêcheurs d’hommes”, nous lisons comment le signal de départ de cette mission a été donné. Depuis lors, les gens qui sont ouverts au message du Christ et de son Eglise reçoivent un enrichissement spirituel, où ils apprennent à connaître la vérité sur Dieu et à découvrir le sens réel de leur existence. Cette connaissance devient dès lors déterminante pour leur chemin de vie, sur lequel l’Eglise les soutient et les guide.

Toutes les grandes communautés religieuses ou spirituelles se basent sur la foi dans un au-delà et offrent à leurs fidèles un chemin de vie qu’elles considèrent comme idéal. Les Bouddhistes mettent l’accent sur l’accomplissement personnel, la méditation et les techniques de self-control. Les Musulmans vivent leur foi en s’en tenant à leurs prescriptions, comme les rituels quotidiens de prière, le don d’aumônes, le pèlerinage (hadj) à la Mecque, … Chez les Protestants, l’accent est mis sur le lien personnel avec Dieu et sur l’étude de la Bible. Les Orthodoxes accordent beaucoup d’importance à leur liturgie. Les religions de la nature croient dans les forces spirituelles qui se cachent dans les phénomènes naturels, avec lesquelles ils entrent en contact via leurs sorciers, druides ou chamanes.

Dans l’Eglise Catholique Romaine, on trouve un riche mélange de tous ces éléments. L’accent y est mis sur la transmission fidèle du trésor de la foi (le “depositum fidei”) et l’administration des sacrements, qui règlent et maintiennent la vie religieuse en tant qu’instruments divins. Son fonctionnement complexe et englobant le monde entier est basé sur l’enseignement et la vie de son Fondateur et elle est constamment nourrie et enrichie pas son Esprit. En raison de son association spirituelle avec Lui, elle se nomme “l’épouse du Christ” et la communauté de ses fidèles forme son corps mystique, par lequel son existence terrestre se perpétue. Comme les chamanes des peuples de la nature, les prêtres catholiques y jouent le rôle de medium ou d’intermédiaire avec le monde surnaturel. Contrairement aux premiers, ils n’ont pas besoin pour cela de substances hallucinogènes, mais ils utilisent l’inspiration, les forces et les compétences qu’ils ont héritées du Christ et de ses apôtres.

Comme c’était déjà le cas durant la vie du Christ, l’Eglise d’aujourd’hui connait aussi l’opposition et la trahison en dehors et à l’intérieur de ses rangs. Elle combat le mal, mais le mal rôde toujours. Il provoque la désunion, sème le doute et frappe sans pitié là où il le peut. Faisant usage de leur faiblesse et de leur témérité, il exhorte les hommes à défier Dieu en transgressant ses interdits. Dans le récit de la Genèse, nous apprenons de façon symbolique comment il procède. L’histoire d’Adam et Eve illustre la combinaison de la faiblesse et de la témérité, par laquelle l’homme pense pouvoir franchir les limites fixées par Dieu. La pomme tentatrice apparaît en fait comme une drogue mortelle. En en mangeant, l’homme perd le contrôle de lui-même et il pénètre dans un monde irréel où il a brièvement l’illusion de posséder des forces divines. Ce fruit hallucinogène peut prendre des formes très diverses, mais il a toujours les mêmes caractéristiques de base : il menace la vie, sème la discorde, engendre un faux sentiment de supériorité et une dépendance. L’homme qui le consomme se sent pendant un temps promu en dieu, mais il se dégrade en fait en une caricature difforme de lui-même.

En fonction des circonstances, des doses et des intentions, à peu près tout ce qui existe peut être utile, tandis que tout peut également être converti en quelque chose de nuisible, comparable à une drogue. Dans tous les domaines possibles de la vie, les fruits défendus nous attirent. Tandis qu’une voix à l’intérieur de nous-mêmes nous avertit de ne pas franchir les limites fixées par Dieu, d’autres voix dans notre entourage proclament que tout doit être possible et permis. Via nos médias, on nous inculque que la liberté et la joie sont les plus hautes priorités et que les objections divines contre cette culture hédoniste sont infondées, ou “arriérées”, “conservatrices”, etc.., et même “non chrétiennes”.

Les formes les plus graves du mal sont celles sur le plan spirituel et religieux. Là aussi toutes sortes de fruits traîtres nous attirent, pendus à l’arbre de la confusion entre le bien et le mal. Ils font en sorte que la voix de Dieu soit pervertie, ou ils déforment l’image que Dieu nous a offerte de lui-même via la Révélation, pour le faire ressembler à la caricature qu’ils ont faite de leur propre être. Comme dit ci-avant, c’est totalement en ligne avec les attentes que l’Eglise passe continument par différentes phases où se distinguent la souffrance, le combat et la victoire. Si elle reste fidèle à l’enseignement de son Maitre et si elle ose affronter les inévitables confrontations avec l’esprit du temps, elle continuera malgré tout à grandir et à attirer de nouveaux hommes. Cela devient une autre paire de manches si elle veut lier ou attirer les gens en imitant les chants des sirènes de ce monde. Alors, elle met en branle un processus logique interne, nourri par des faiblesses comme le carriérisme, la vanité, la soif de pouvoir ou la paresse spirituelle, qui la conduit à sa perte. Nous pouvons alors parler d’une “Eglise moribonde”.

Le plus dangereux pour l’Eglise est ce que nous pouvons décrire comme la “falsification de l’Ecriture” : la perversion de la Parole et de la Volonté de Dieu. Cela se passe notamment via des réinterprétations de passages de la Bible et de déclarations du Magistère de l’Eglise, pour ainsi pouvoir formuler des conclusions qui facilitent l’adaptation de l’Eglise aux idées “avancées” et aux nouveaux styles de vie. Certaines institutions théologiques y jouent un rôle de premier plan, faisant preuve d’une grande ingéniosité. Dans la récente lettre de Mgr. Bonny au synode sur la famille (*), nous retrouvons à différents endroits la marque de leurs réinterprétations créatives. A l’aide d’une technologie de pointe théologique, on peut sans trop de peine adapter des parties du “Depositum Fidei” aux exigences du “sensus fidei” (le ressenti des fidèles, ou mieux, d’une majorité supposée des fidèles – cfr. la lettre Mgr. Bonny, page 8). Au besoin, on peut ici faire usage de majorités locales, si le reste du monde ne suit pas ou ne s’apprête pas à sauter dans le char moderniste (idem, pages 3- 4).

Les tensions encourues à l’intérieur de l’Eglise en conséquence des tentatives d’adapter le dogme aux soi-disant besoins pressants d’une pastorale moderne, ont reçu récemment une décharge pendant la première ronde du Synode sur la famille. Il était conçu de façon relativement ouverte, de sorte que le monde extérieur a pu apprendre quelque chose sur quelques situations inquiétantes pendant cette réunion des plus hautes instances religieuses. On a triché sans honte avec des documents qui ne reflétaient absolument pas l’opinion de la majorité des évêques. Grâce à la protestation ferme de cette majorité, avec comme occasion la marginalisation de fait des évêques africains, on a mis les points sur les i. Les “progressistes” ont tout perdu en voulant tout gagner, grâce à l’application cohérente de la “collégialité” de laquelle ils faisaient si volontiers grand cas. Le document final qui forme la base de la ronde suivante en 2015 ne contient aucune concession dans le domaine du dogme de l’Eglise.

Comme il ressort de la lettre de Mgr. Bonny, en Belgique, après plus de 50 ans de mauvaise gestion ecclésiastique avec les résultats que l’on connait, on n’a apparemment pas appris grand’ chose. Des déclarations chauvinistes dans les médias (qu’on retrouve également dans la lettre de Mgr. Bonny), doit apparaître le grand rôle que des “experts” belges ont joué pendant le Concile Vatican II. Si nos évêques avaient, à son issue, suivi les conclusions des vrais principaux protagonistes (les papes depuis Paul VI jusqu’à Benoit XVI) avec un chauvinisme religieux équivalent, les choses se seraient déroulées de façon totalement différente dans notre diocèse et il n’aurait pas été question d’une “Eglise à problèmes”.

Il aurait été possible qu’une partie des Catholiques aient décroché, parce que l’Eglise ne satisfaisait pas à leurs attentes humaines, mais le lien avec l’Eglise-mère à Rome n’aurait pas été rompu et le reste des fidèles n’aurait pas continué à vivre dans une confusion spirituelle croissante. C’est à partir de là qu’a commencé la descente constante de l’Eglise. Comme nous l’avons indiqué ci-avant, c’était inévitable. Il n’y a en effet rien de plus néfaste pour la crédibilité d’une Eglise que la contradiction interne. Elle n’existait (et n’existe) pas seulement en ce qui concerne des directives spécifiques de Rome, mais aussi en ce qui concerne l’enseignement continu de l’Eglise. Il s’agit de toute une série de points importants, surtout éthiques et moraux, mais aussi dogmatiques (entre autres l’incrédulité croissante au sujet de la présence corporelle du Christ lors de la communion), liturgiques (comme des expériences illicites avec des célébrations de messes), religieux (négligence des célébrations de la confession, non respect de la promesse du célibat), la transmission de la foi (catéchèse et enseignement de la religion misérables), etc… En bref, une confusion lamentable et honteuse, qui a en grande partie miné ce qui restait de l’autorité du clergé.

Les braves professeurs de religion, les assistants paroissiaux, pères, prêtres, sœurs ou curés qui ne montraient pas d’enthousiasme pour participer à cette kermesse, ont été systématiquement marginalisés. Les positions-clés stratégiques dans l’appareil religieux ont été petit à petit prises par des gens aux idées progressistes marquées. Seuls quelques évêques se sont réellement opposés durant ces années contre cette décadence. Nous préférons ne pas citer leur nom ici, car ce-faisant nous irions trop loin en tant que laïcs, mais ils méritent de notre point de vue une place d’honneur dans l’histoire religieuse de notre pays. Entretemps, nos séminaires se sont vidés et la pratique religieuse s’est réduite à un bon 5% de la population, dont une grande partie déjà d’un âge respectable. Malgré cela, nos autorités religieuses continuent aveuglément à chercher une solution dans le “dialogue avec le monde”, ce qui, exprimé populairement, correspond environ à “se confesser auprès du diable”. Ils ne veulent même pas apprendre de nos voisins du nord catholiques, qui ont connu le même creux, mais qui entretemps ont quand même tiré quelques précieuses leçons de cette expérience.

Quand on a demandé à Jésus quel était le commandement le plus important, Il a répondu que c’était l’amour de Dieu et que le deuxième commandement lui correspondait : l’amour de ses semblables. Cela signifie en pratique que nous devons en premier lieu obéir à la volonté de Dieu et que c’est ainsi que nous sommes le mieux au service de nos proches. Le retournement de cette priorité est une falsification grave de l’Ecriture et c’est précisément là où le modernisme pèche le plus. Donnons-en un exemple concret.

Nous ne devons et ne pouvons pas, par exemple, enseigner à nos enfants comment on utilise un condom et avec quelles pilules ils peuvent jouer à des jeux sexuels sans risques, parce qu’un monde sans Dieu nous fait croire que c’est l’éducation sexuelle idéale. C’est contre la volonté de Dieu et les conduit à la tentation d’une vie sexuelle libre irresponsable et nuisible. Nous devons au contraire leur apprendre comment gérer la sexualité sur base d’une anthropologie chrétienne authentique, où la vraie signification de nos penchants et désirs humains est abordée, aussi bien d’un point de vue naturel que d’un point de vue religieux. Dieu a placé dans la nature humaine des possibilités fantastiques, comme celle d’une régulation naturelle des naissances sure, qui offre beaucoup d’avantages. Elle n’introduit aucun élément artificiel entre l’acte sexuel et son but biologique principal qui est la reproduction; elle favorise l’engagement mutuel réciproque; elle renforce le self-control; elle régule d’une façon saine l’échange entre la tension sexuelle et le plaisir commun de l’évacuer; elle n’a pas d’effet secondaire nuisible; elle est instructive, efficace, et en plus gratuite; elle ne peut pas être utilisée au service d’intérêts commerciaux, économiques, démographiques, politiques ou autres. Est-ce qu’il ne devient pas doucement temps d’éclairer à fond nos instances de l’enseignement “catholique” à ce sujet ?

Cet exemple illustre bien comment nous pouvons mettre l’humanité au maximum sur le chemin d’un bonheur authentique et sain, simplement en respectant les commandements de Dieu. N’est-ce pas le plus grand souhait de la majorité des gens ? Espérons donc que le besoin d’une telle éducation en préparation au mariage soit un point important de l’agenda de la prochaine réunion du synode sur la famille.  Nous pouvons peut-être nous tourner avec cette prière vers Paul VI, déclaré récemment bienheureux par le Pape François, qui a une grande admiration pour lui. Prions enfin que Dieu bénisse nos évêques et qu’il renforce leur volonté de servir les hommes en harmonie fidèle avec Sa volonté.

I.V.H.

(*) La lettre de Mgr. Bonny peut être lu sur :

http://www.cath-vd.ch/wp-content/uploads/2015/06/140901-Mgr-J.-Bonny-attentes-dun-%C3%A9v%C3%AAque.pdf

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