De la Crèche à la Croix

23-04-2014

Il est plus facile pour un chameau de passer par le chas d’une aiguille que pour un riche d’entrer dans le royaume de Dieu” (Mt. 19 :24). Cette comparaison de Jésus nous parait très étrange, car cela reviendrait en fait à dire que l’accès au ciel est formellement interdit pour tout qui peut être considéré comme “riche”. Notamment une grande partie de la population de l’Occident riche aurait alors peu ou pas de chance d’avoir une place dans le royaume des cieux.  De plus, l’interprétation littérale de ces paroles est en contradiction avec une autre affirmation de Jésus où il conseille aux riches d’assurer leur salut futur en se faisant des amis “par le Mammon inique » (l’argent).

Ces mots de Jésus deviennent beaucoup plus compréhensibles et moins fatalistes si on sait que dans le Jérusalem de son temps un ou plusieurs portillons étaient si petits qu’un chameau chargé ne pouvait y passer. C’est pour cela qu’on les appelait « le chas d’une aiguille ». Le chameau devait d’abord être déchargé et pouvait seulement alors se glisser avec peine par le portillon. Jésus voulait donc manifestement dire qu’un riche devrait abandonner son attachement à ses possessions matérielles avant qu’il puisse avoir accès au royaume spirituel de Dieu. Il a d’ailleurs prononcé ces paroles après qu’Il eut invité le jeune homme riche à tout abandonner et à Le suivre, une mission qui sembla trop lourde à ce jeune homme très pieux.

La propre vie de Jésus était l’exemple parfait du détachement total. Il nous a appris que nos futilités terrestres, nos addictions ou besoins extravagants étaient en conflit permanent avec les exigences de l’amour vrai. Notre propre conscience nous dit la même chose en temps et en heure, si celle-ci est vraiment bien formée. Qui n’a jamais été tenté de “bousculer un peu” la vérité, dans le but de faire tourner certaines situations en son avantage ? Qui n’a jamais choisi pour lui-même en cachette ou ouvertement si il devait choisir entre la satisfaction de ses propres besoins et ceux d’un autre ? Qui a l’honnêteté morale de refuser une promotion qui peut être obtenue via des relations, mais au détriment d’autres candidats qui sont plus compétents ? Qui n’agit jamais, consciemment ou inconsciemment, selon la “loi du plus fort, du plus malin ou du moins scrupuleux” ?

La logique économique du “système de libre marché” dominant, dans lequel nous sommes un des nombreux rouages en tant que producteur ou consommateur, repose sur l’idée de concurrence mutuelle, ce qui favorise une mentalité de « moi d’abord, les autres ensuite ». Dans un tel contexte, l’idéal de l’amour chrétien du prochain n’est plus vécu que par une minorité, tandis que la majorité est entraînée dans la ruée vers plus de confort et plus de considération sociale. La vraie éthique de l’amour humain y est remplacée par des normes soi-disant “humanistes” et des “droits de l’homme” dictés par la classe politique dominante, les exigences impérieuses de l’apparence extérieure et les priorités de la « qualité de vie » à poursuivre.

L’image sociétale qui en est la conséquence nous montre une augmentation à grande échelle de ce que Jésus voulait dire avec le riche qui ne passait pas par le chas de l’aiguille. C’est l’image d’une foule qui essaye de se hisser à travers des portillons étroits vers une position sociétale et un confort de vie le plus haut possible, les idéaux qui définissent les normes de la majorité. Plus on s’imagine avoir « atteint » l’autre côté, ou – comme le dit le parler populaire – avoir “réussi”, plus haute est la fausse “sensation de bonheur” qui l’accompagne. Les chiffres de suicides en augmentation dans les pays prospères contredisent cependant les résultats optimistes des enquêtes sur le bonheur dont nous sommes régulièrement abreuvés par nos médias.

L’Eglise catholique s’est distanciée de plus en plus depuis plus d’un siècle de l’idée de pouvoir médiévale et des structures antisociales qui ont été cultivées et propagées par les couches plus riches de la société dans leur propre intérêt. Depuis l’encyclique Rerum Novarum du pape Léon XIII en 1891 jusqu’à l’encyclique Caritas in veritate du pape Benoît XVI en 2009, toute une série d’encycliques et une lettre apostolique ont systématiquement développé et clarifié la doctrine sociale de l’Eglise. Le pape actuel, François, nous montre en paroles et en actes que l’Eglise doit se trouver aux côtés des nécessiteux et des faibles. Notre mission chrétienne en ces temps est, à contre-courant, de continuer à montrer aux gens le chemin vers le vrai bonheur impérissable : le chemin de la simplicité, de la serviabilité et de la solidarité, qui nous est montré par Jésus, notre Sauveur.

Ceci ne signifie pas que la richesse est par définition un péché, mais bien que son utilisation erronée est une injustice. Seul un petit nombre dispose de la sagesse de bien se rendre compte que, plus on a, plus grande est la responsabilité qu’on porte pour une bonne gestion de ces biens matériels. Jésus a nommé la richesse le “Mammon inique”, parce que la possession de biens en surabondance est généralementmal utilisée, ce qui veut dire d’une façon égocentrique

Le Fils de Dieu a choisi de naître dans une étable abandonnée, avec comme berceau une mangeoire, et de mourir pour nous comme un innocent condamné, qui a été cloué nu sur la croix par l’establishment politique et religieux de son temps. Il s’est ainsi identifié à tous ceux qui n’ont pas « réussi ». Il a vécu la vie des démunis. Jusqu’au bout, Il a souffert comme ceux qui sont morts dans des circonstances “indignes”, à la place de mourir « dignement », selon les normes d’euthanasie qui ont cours dans la partie prospère de l’humanité actuelle.   

De la crèche à la croix, le Fils de l’Homme a donné l’exemple salvateur d’un renoncement total à lui-même au service de ses “prochains” : ses frères humains égarés et aveuglés. Il était l’Agneau prédit qui s’est laissé mener à l’abattoir sans résistance pour notre salut spirituel. Il nous a ainsi donné l’exemple d’un total abandon à la volonté de Dieu et une confiance inébranlable en Dieu.  C’est surtout cette dernière qui manque parfois, même parmi les croyants les plus zélés et les plus dévots. Si nous commençons à nous en rendre compte, alors nous sommes sur le bon chemin pour porter sans rouspéter notre croix personnelle, la marque presque inévitable d’une vie fertile, au service de Dieu et de nos semblables.

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